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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2208485

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2208485

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2208485
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSCP FESSLER JORQUERA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Punzano, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative d'ordonner une expertise aux fins de déterminer les conséquences de l'accident dont il a été victime le 21 août 2018 alors qu'il exerçait ses fonctions d'adjoint technique territorial à Grenoble Alpes Métropole.

Il soutient que :

- l'expertise présente une utilité dès-lors qu'elle permettra qualifier la pathologie de M. B ;

- elle permettra d'évaluer ses préjudices ;

- elle permettra de déterminer s'il est apte à reprendre le travail ;

- elle permettra éventuellement de déterminer ses droits à l'allocation temporaire d'invalidité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2023, la métropole Grenoble Alpes Métropole, représentée par Me Fessler, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge du requérant une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la demande d'expertise présentée par M. B est irrecevable dès-lors qu'un éventuel recours en excès de pouvoir contre la décision du 4 mars 2021 par laquelle Grenoble Alpes Métropole a refusé de reconnaitre son accident comme imputable au service serait forclos ;

- un éventuel recours indemnitaire serait également irrecevable ;

- la demande ne présente pas de caractère utile dès-lors que de nombreuses expertises ont déjà été réalisées et que M. B ne produit aucun nouvel élément sur son état de santé dont les experts auraient déjà eu connaissance.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 6 février 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ". il résulte notamment de ces dispositions que le juge des référés statue lui-même sur une demande d'expertise, sans audience publique.

2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

3. Il résulte de l'instruction que M. C a été victime d'un accident le 21 août 2018 alors qu'il exerçait ses fonctions d'adjoint technique territorial. M. C a été placé en congé maladie jusqu'au 20 mai 2020. Il lui a notamment été diagnostiqué des discopathies L4-L5. Le 4 mars 2021, Grenoble Alpes Métropole a, après avis de la commission de réforme du 11 février 2021, refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident du 21 août 2018.

4. Si en défense, Grenoble Alpes Métropole avance que M. B n'est plus recevable à contester la décision du 4 mars 2021 dès-lors qu'elle est aujourd'hui définitive, cette circonstance est toutefois sans incidence sur la recevabilité d'une demande au fond qui tendrait non pas à l'annulation de cette décision mais à la réparation des préjudices qui résulteraient de son illégalité fautive. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de ce que la présente d'expertise serait insusceptible d'être rattachée à une instance au fond doit être écartée.

5. Ainsi, la demande d'expertise présentée par M. B aux fins de déterminer les conséquences de l'accident dont elle a été victime le 21 août 2018 alors qu'il était en service, présente donc un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Par suite, il y a lieu d'y faire droit dans les conditions précisées au dispositif de la présente ordonnance.

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1 : Le docteur E D, domicilié 495 chemin des Vachers à Saint-Martin d'Uriage (38410), est désigné comme expert avec pour mission de :

1° - prendre connaissance des dossiers médicaux et de tous documents concernant M. C, détenus ou produits par Grenoble Alpes Métropole et par M. C et examiner l'intéressé ;

2° - décrire l'état de santé de M. C, faire l'historique de son évolution, préciser les causes de cet état de santé et dire si une pathologie préexistait à l'accident survenu le 21 août 2018 ;

3° - donner son avis sur les causes des arrêts de travail dont M. C a bénéficié à compter du 21 août 2018, ainsi que des suites de ces arrêts de travail ; en cas de pluralité de causes, déterminer la part d'imputabilité de chacune ;

4° - proposer une date de consolidation de l'état physique de M. C, et évaluer l'importance et la durée du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances physiques ou mentales endurées, du déficit fonctionnel permanent, du préjudice d'agrément et du préjudice sexuel, ou de tout autre préjudice extrapatrimonial dont celui-ci ferait état ; évaluer le cas échéant le taux d'incapacité permanente partielle, susceptible d'être retenu ;

5°- préciser le montant des dépenses de santé et des frais divers supportés jusqu'à la date de consolidation et évaluer la nature et le montant des dépenses de santé futures, le cas échéant, indiquer quels seront les besoins d'adaptation du logement et du véhicule de M. C compte tenu de son handicap, dire dans quelle mesure il aura besoin de l'assistance d'une tierce personne; indiquer dans quelle mesure ces soins sont imputables à son accident de; en cas de pluralité de causes, déterminer la part d'imputabilité de chacune ;

6° - évaluer chacun de ces préjudices, même en l'absence de lien de causalité, y compris partiel, avec sa pathologie ; pour chacun d'entre eux, distinguer la part imputable à l'accident du 21 août 2018 de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

7° - de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de M. B et de Grenoble Alpes Métropole.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C, à Grenoble Alpes Métropole et à l'expert.

Fait à Grenoble, le 4 avril 2023.

Le président,

J-P. WYSS

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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