lundi 23 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2208618 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 8 |
| Avocat requérant | VIAL-GRELIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 décembre 2022 et le 30 octobre 2024, M. B C, représenté par Me Vial Grelier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 7 novembre 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a rejeté son recours préalable et a confirmé le bien-fondé de l'indu de prime d'activité d'un montant de 482,22 euros pour novembre et décembre 2021 ;
2°) d'annuler la décision du 28 février 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 5 773,56 euros pour la période du 1er août 2020 au 31 juillet 2021 ;
3°) d'annuler la décision du 5 mars 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2020 d'un montant de 152,45 euros ;
4°) d'annuler la décision du 1er octobre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie lui a notifié un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 150 euros pour novembre 2020 ;
5°) d'annuler la décision du 25 octobre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 2 260,40 euros concernant la période d'août 2021 à septembre 2022 ;
6°) d'annuler la décision du 29 octobre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2021 pour un montant de 152,45 euros ;
7°) d'annuler la décision du 4 octobre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie lui a notifié un indu de revenu de solidarité active de 191,04 euros ;
8°) d'enjoindre au département de la Haute-Savoie et la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie de calculer à nouveau ses droits au revenu de solidarité active, à la prime d'activité et des primes exceptionnelles ;
9°) de le décharger de l'obligation de payer les indus litigieux ;
10°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie et du département de la Haute-Savoie au profit de son conseil une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la somme versée par son père est un prêt familial et n'est pas une libéralité et qu'il ne doit pas être pris en compte dans le calcul de ses ressources ;
- les décisions ne sont pas motivées et ne permettent pas d'établir l'exactitude des montants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2023, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2024, le département de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est tardive en tant qu'elle concerne la décision du 20 juin 2022 ;
- la requête est irrecevable au titre des décisions du 4 octobre et 25 octobre 2022 pour défaut de recours administratif préalable obligatoire ;
- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par une décision du 11 octobre 2023, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;
- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;
- le décret n° 2020-1453 du 27 novembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à la crise sanitaire aux ménages et aux jeunes de moins de vingt-cinq ans les plus précaire ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Au cours de l'audience ont été entendus :
- le rapport de M. A ;
- et les observations de Me Vial Grelier, avocat de M. C et de M. C.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, travailleur indépendant depuis 2020, était titulaire de la prime d'activité et du revenu de solidarité active. Il a également perçu les primes exceptionnelles de fin d'année 2020 et 2021 et l'aide exceptionnelle de solidarité en novembre 2020. Suite à un contrôle de ressources, l'administration a modifié ses ressources professionnelles en 2021 et a pris en compte des virements effectués régulièrement sur son compte par son père. Des indus lui ont été ainsi successivement notifiés les 10 janvier 2022 (prime d'activité d'un montant de 482,22 euros pour novembre et décembre 2021), 28 février 2022 (revenu de solidarité active d'un montant de 5 773, 56 euros pour la période du 1er août 2020 au 31 juillet 2021), 5 mars 2022 (prime exceptionnelle de fin d'année 2020), 1er octobre 2020 (aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 152,45 euros), 4 octobre 2022 (indu de revenu de solidarité active de 191,04 euros), 25 octobre 2022 (indu de revenu de solidarité active d'un montant de 2 260,40 euros) et 29 octobre 2022 (prime exceptionnelle de fin d'année 2021). Par la présente requête, M. C conteste le bien-fondé de chacun de ses indus.
Sur les fins de non-recevoir opposée en défense par le département de la Haute-Savoie :
2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. () ".
3. Le département fait valoir que M. C n'a pas présenté de recours préalable obligatoire à l'encontre des décisions des 4 octobre et 25 octobre 2022 avant de saisir le juge. Le mail du 31 octobre 2022 ne pouvant être, dans les termes où il est rédigé, regardé comme constituant un tel recours préalable, contrairement à ce que soutient le requérant, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir et d'écarter les conclusions dirigées contre ces deux décisions.
4. En outre, il résulte de l'instruction que la décision du 20 juin 2022 rejetant son recours gracieux contre la décision du 28 février 2022 a été notifiée à M. C le 24 juin suivant par courrier recommandé et que cette décision comportait la mention des voies et délais de recours. Par suite, le département de la Haute-Savoie est fondé à soutenir que les conclusions de M. C dirigées contre cette décision, enregistrées seulement le 30 décembre 2022, sont tardives et doivent être rejetées.
Sur le bien-fondé des indus demeurant en litige :
En ce qui concerne l'aide exceptionnelle de fin d'année et de solidarité :
5. D'une part, aux termes de l'article 3 des décrets des 29 décembre 2020 et 15 décembre 2021, une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre ou, à défaut, du mois de décembre de l'année correspondante.
6. D'autre part, aux termes de l'article 1er du décret du 27 novembre 2020 : " I.- Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins une des allocations suivantes au titre des mois de septembre ou d'octobre 2020 : / 1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ; () ".
7. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 4 que M. C ne disposait d'aucun droit au revenu de solidarité active aux mois de novembre et décembre de l'année 2020 et de l'année 2021 et qu'il ne pouvait dès lors bénéficier des aides exceptionnelles de fin d'année et de solidarité. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions de la caisse d'allocations familiales des 5 mars 2022, 1er octobre 2022 et 29 octobre 2022 qui lui ont notifié ces indus.
En ce qui concerne la prime d'activité :
8. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 843-1 du même code : " La prime d'activité est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'État, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants ". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
9. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui parait, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
10. Il résulte de l'instruction que l'indu a pour origine l'absence de déclaration par l'allocataire de sommes versées régulièrement sur son compte bancaire depuis mai 2020 qui résulteraient d'un prêt accordé par son père pour financer son installation professionnelle. Toutefois, M. C produit au dossier une déclaration de contrat de prêt de 20 000 euros signée le 1er janvier 2019 par son père et lui et qualifié de prêt à l'installation, il explique qu'il a tardé à démarrer son activité de chiropracteur du fait du décès de son épouse et du Covid et il produit surtout des extraits de relevés bancaires qui font état de remboursement à son père d'un montant de 200 euros le 28 septembre 2022, de 200 euros le 28 octobre 2022, de 200 euros le 29 novembre 2022, de 200 euros le 28 décembre 2022, de 200 euros le 25 janvier 2023 et de 200 euros le 3 mars 2023, de sorte que M. C est fondé à soutenir que les sommes relevées par la caisse des allocations familiales de la Haute-Savoie ne correspondaient pas à une aide financière mais à un prêt qui a fait l'objet de remboursement, et à demander l'annulation de l'indu de prime d'activité en litige ainsi que la décharge de l'obligation de payer l'indu en litige.
11. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 7 novembre 2022 confirmant son recours préalable et mettant à sa charge un indu de prime d'activité d'un montant de 482,22 euros pour novembre et décembre 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la caisse d'allocation familiales de la Haute-Savoie de rembourser à M. C les sommes qui auraient été éventuellement prélevées pour procéder au recouvrement de l'indu de prime d'activité litigieux, dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition du présent jugement.
Sur les frais de l'instance :
13. M. C n'est pas dans la présente instance le gagnant à titre principal. Par suite, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 7 novembre 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a rejeté le recours préalable de M. C et a confirmé un indu de prime d'activité de 482,22 euros est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition du présent jugement, de restituer à M. C les sommes éventuellement déjà récupérées en remboursement de l'indu mentionné à l'article 1.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Vial Grelier, au département de la Haute-Savoie et au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2024.
Le président,
J-P. ALa greffière,
A. CHEVALIER
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie et au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes chacun en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2208618
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026