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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300337

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300337

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300337
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL GALLIZIA DUMOULIN ALVINERIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2023, Mme D E épouse B, représentée par Me Farelly, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise médicale au contradictoire du centre hospitalier Métropole Savoie et de la caisse primaire d'assurance maladie de la Savoie, en complément de l'expertise réalisée le 31 mai 2022 aux fins de déterminer une date de consolidation de son état et d'évaluer son préjudice suite à sa prise en charge par le centre hospitalier Métropole Savoie à compter du 1er septembre 2021 pour son accouchement ;

2°) de désigner le docteur C A en qualité d'expert et de lui permettre de s'adjoindre l'avis de tout sapiteur et notamment celui d'un médecin spécialisé en médecine physique et réadaptative ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Métropole Savoie une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le premier rapport d'expertise du 31 mai 2022 a conclu à une absence de consolidation de son état et incité à la réalisation d'une seconde expertise au fin de déterminer une date de consolidation et d'évaluer son préjudice ;

Par un mémoire en réponse enregistré le 30 janvier 2023, le centre hospitalier Métropole Savoie, représenté par Me Dumoulin, demande au juge des référés :

1°) de prendre acte qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée sous les plus expresse réserves d'usage tant sur le fond que sur sa recevabilité ;

2°) de compléter la mission de l'expert selon ses dires ;

3°) de dire que l'expert ne pourra pas convoquer les parties tant qu'un décompte ne sera pas produit pas la caisse primaire d'assurance maladie ;

4°) de dire que l'expertise sera réalisée aux frais avancés par la demanderesse ;

La requête a été régulièrement communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de la Savoie qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

3. Il résulte de l'instruction que Mme B a été admise le 1er septembre 2021 à l'hôpital de Chambéry pour son accouchement. Après la naissance de sa fille, la requérante a souffert d'une hémorragie post-partum ayant donné lieu à une intervention classique d'embolisation des artères utérines. A la suite de cette intervention, Mme B a présenté de nombreuses complications qui ont conduit à une amputation transmétatarsienne. Une première expertise ordonnée par le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble (ordonnance n°2108345) et confiée au docteur C A conclut à des manquements et préjudices imputables au centre hospitalier Métropole Savoie mais sollicite toutefois une nouvelle expertise ultérieure pour déterminer une date de consolidation de l'état de la requérante et évaluer son préjudice.

4. La demande d'expertise présentée par Mme B visant à compléter l'expertise réalisée en 2021 par le docteur A et à déterminer une date de consolidation de son état et à évaluer son préjudice, suite à sa prise en charge pour son accouchement le 1er septembre 2021 au centre hospitalier Métropole Savoie, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la demande du centre hospitalier Métropole Savoie tendant à la production du relevé des débours et frais médicaux de la caisse primaire d'assurance maladie de la Savoie :

5. En l'état de l'instruction, la production du relevé détaillé des débours et frais médicaux de la caisse primaire d'assurance maladie ne présente pas un caractère d'utilité eu égard à la mission de l'expert telle que fixée par la présente ordonnance. Il appartiendra à l'expert de la solliciter, s'il l'estime nécessaire. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions tendant à la communication de ce relevé.

Sur le surplus des conclusions des parties :

6. En application des dispositions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative, il appartiendra à l'expert désigné, s'il le juge utile, de demander au président du tribunal l'autorisation de s'adjoindre un sapiteur.

7. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, les frais de l'expertise seront liquidés et taxés par ordonnance laquelle désignera la partie qui les supportera.

Sur les frais liés au litige :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de Mme B présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Le docteur C A, domicilié 3780 chemin du Serre à Chabeuil (26120), est désigné comme expert avec pour mission de :

1°) se faire communiquer le rapport d'expertise rendu le 31 mai 2022 ainsi que tous documents relatifs à l'état de santé de Mme B et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge à l'hôpital ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme B, ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) sur la base du rapport d'expertise rendu le 31 mai 2022, déterminer la date de consolidation de l'état physique de Mme B, l'importance et la durée du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, du préjudice esthétique temporaire, du déficit fonctionnel permanent, du préjudice esthétique permanent ou de tout autre préjudice extrapatrimonial dont celle-ci ferait état ; dire si l'état de Mme B est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution ;

3°) à défaut de consolidation indiquer le délai dans lequel Mme B devra être réexaminée en fonction de l'évolution prévisible de son état de santé et préciser, lorsque cela est possible, les dommages prévisibles pour l'évaluation d'une éventuelle provision ;

4°) préciser le montant des dépenses de santé et des frais divers supportés jusqu'à la date de consolidation et évaluer la nature et le montant des dépenses de santé futures, le cas échéant, indiquer quels seront les besoins d'adaptation du logement et du véhicule de Mme B, dire dans quelle mesure elle aura besoin de l'assistance d'une tierce personne ;

5°) préciser la nature et évaluer l'importance de tout autre préjudice patrimonial ou extrapatrimonial dont la requérante ferait état ; donner toute précision utile permettant au tribunal d'apprécier une éventuelle incidence professionnelle du dommage ; et dire notamment si elle est dans l'impossibilité de se livrer à des activités spécifiques de sports, loisirs ;

6°) évaluer chacun de ces préjudices même en l'absence de lien de causalité, de manquement ou de faute ; pour chacun d'entre eux, distinguer la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

7°) distinguer dans les soins supportés par la caisse primaire d'assurance maladie ceux qui auraient incombé en tout état de cause à celle-ci en raison de l'état antérieur de Mme B ou à toute autre cause, de ceux imputables à l'intervention pratiquée le ;

8°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de Mme B, du centre hospitalier Métropole Savoie et de la caisse primaire d'assurance maladie de la Savoie.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties requête est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B, au centre hospitalier Métropole Savoie, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Savoie et à l'expert.

Fait à Grenoble, le 4 avril 2023.

Le président,

J-P. WYSS

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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