jeudi 27 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2300729 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | JASPER AVOCATS ASSOCIATION D'AVOCATS À RESPONSABILITÉ PROFESSIONNELLE INDIVIDUELLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 février 2023 et le 2 mars 2023, Mme B C agissant pour son compte et celui de sa fille A C et représentée par la SELARL Camille Di-Cintio Avocat, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise médicale confiée à un médecin expert en neurologie et un médecin expert en gynécologie obstétricienne, aux fins de se prononcer sur les conditions du suivi et de sa prise en charge lors de son accouchement par le centre hospitalier Alpes Léman ;
2°) préciser que l'expertise devra être faite dans le respect du principe du contradictoire en permettant aux parties d'avoir accès à l'ensemble des documents fournis à l'expert préalablement au dépôt du rapport d'expertise.
Elle soutient que :
- le centre hospitalier Alpes Léman a manqué à son obligation de surveillance et de vigilance ;
- le centre hospitalier a commis une erreur de diagnostic en ne détectant pas l'hématome rétroplacentaire dont elle souffrait ;
- il y a eu un acharnement thérapeutique sur A C ;
- l'anoxie cérébrale et l'hypoxie majeure dont souffrait A C à sa naissance ont été détectées tardivement et n'ont pas été traitées correctement ;
- A C souffre aujourd'hui de séquelles neurologiques graves et irréversibles.
Par un mémoire en réponse, enregistré le 21 février 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, représenté par Me Roquelle-Meyer, demande au juge des référés :
1°) de prendre actes de ses protestations et réserves quant au bien-fondé de sa mise en cause et sur la mesure d'expertise sollicitée ;
2°) de compléter la mission de l'expert selon ses dires ;
3°) de dire que l'expert déposera un pré-rapport afin de permettre aux parties de présenter leurs observations avant le dépôt du rapport définitif.
Par un mémoire en réponse enregistré le 28 février 2023, le centre hospitalier Alpes Léman, représenté par la SELARL Gallizia-Dumoulin-Alvinerie, demande au juge des référés :
1°) de lui donner acte qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée sous les plus expresses réserves quant à la recevabilité de la demande ;
2°) de rejeter les termes de la mission de l'expert telle que demandée par la requérante ;
3°) de compléter la mission de l'expert selon ses dires ;
4°) de dire que l'expert devra produire un décompte des tiers payeurs et qu'il ne pourra convoquer les parties que lorsque le relevé lui aura été fourni et diffusé au contradictoire ;
5°) de dire que la mission d'expertise sera réalisée aux frais de la requérante.
Par un mémoire enregistré le 22 février 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire fait savoir qu'elle ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée et qu'elle chiffrera ses débours après le dépôt du rapport d'expertise.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".
2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.
3. La demande d'expertise présentée par Mme C, relative au suivi de sa grossesse, aux conditions de sa prise en charge au sein du centre hospitalier Alpes Léman le 25 mai 2018 et aux soins post-natals prodigués sur sa fille A, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.
4. L'expert est tenu, entre autres, d'informer les parties de ses constatations, de recueillir leurs dires et d'en faire état dans son rapport. S'il lui est loisible de communiquer aux parties les pièces communiquées ainsi qu'un pré-rapport aux fins de recueillir leurs observations, aucune disposition législative ou réglementaire applicable devant le juge administratif ne permet de lui imposer cette formalité.
5. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de déclarations, de réserves ou d'intentions.
6. Aucune disposition ne fait obligation à l'expert de produire le décompte du tiers payeur et de le soumettre préalablement aux parties. Ainsi, les conclusions à cette fin présentées par le centre hospitalier Alpes Léman sont dépourvues de fondement juridique et doivent être rejetées.
7. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, les frais de l'expertise seront liquidés et taxés par ordonnance laquelle désignera la partie qui les supportera. Par suite, les conclusions du centre hospitalier Alpes Léman relatives à la prise en charge des frais d'expertise par la requérante ne peuvent en l'état qu'être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : Les docteurs Gautier Chêne domicilié 16 avenue de Grande Bretagne à Lyon (69006) et Corinne Chantegret domiciliée CHU de Dijon sont désignés comme experts avec pour mission de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme B C et de sa fille, A C, à savoir, tous documents relatifs au suivi médical, notamment au suivi de la grossesse de Mme B C, tous documents relatifs aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elles lors de leur prise en charge à l'hôpital Alpes Léman ; convoquer et entendre les parties accompagnées leur conseil si elles en font la demande ainsi que tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme C et de A C, ainsi qu'éventuellement à leur examen clinique ;
2°) décrire l'état de santé de Mme B C et les soins et prescriptions antérieurs à son accouchement, ainsi que les conditions dans lesquelles se sont déroulées sa grossesse et les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge par le centre hospitalier Alpes Léman pour sa grossesse et son accouchement ;
3°) décrire l'état de santé de A C, les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge par le centre hospitalier Alpes Léman, se prononcer sur l'origine de cet état ; en cas de pluralité de causes, indiquer les conséquences de chacune et, le cas échéant, proposer au tribunal, un partage en termes de pourcentages ;
4°) donner son avis sur le suivi de la grossesse de Mme B C ainsi que sur sa prise en charge à l'hôpital Alpes Léman, dire si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et données acquises de la science à l'époque des faits, et s'ils étaient pertinents, adaptés à l'état de Mme B C et aux symptômes qu'elle présentait, et exécutés conformément aux règles de l'art ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier et l'utilité des gestes opératoires pratiqués ;
5°) donner son avis sur la prise en charge de A C, dire si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et données acquises de la science à l'époque des faits, et s'ils étaient pertinents, adaptés à l'état de Mme B C et aux symptômes qu'elle présentait, et exécutés conformément aux règles de l'art ;
6°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements dans les actes médicaux, les actes de soins ou dans l'organisation des services ont été commis lors de la prise en charge de Mme B C et de sa fille A ; le cas échéant, indiquer dans quelle mesure ces manquements ont concouru à la survenance du dommage ou ont fait perdre à A C une chance d'éviter la survenue du dommage et, dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue en distinguant le pourcentage imputable aux diverses causes établies ;
7°) donner son avis sur le point de savoir si les lésions dont souffre A C ont un rapport avec l'état initial de Mme B C ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice de A C présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché au centre hospitalier Alpes Léman, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;
8°) déterminer la date de consolidation de l'état physique de A C, l'importance et la durée du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, du préjudice esthétique temporaire, du déficit fonctionnel permanent, du préjudice esthétique permanent ou de tout autre préjudice extrapatrimonial dont celle-ci ferait état ; dire si l'état de A C est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution ;
9°) à défaut de consolidation indiquer le délai dans lequel A C devra être réexaminée en fonction de l'évolution prévisible de son état de santé et préciser, lorsque cela est possible, les dommages prévisibles pour l'évaluation d'une éventuelle provision ;
10°) préciser le montant des dépenses de santé et des frais divers supportés jusqu'à la date de consolidation et évaluer la nature et le montant des dépenses de santé futures, le cas échéant, indiquer quels seront les besoins d'adaptation du logement et du véhicule des parents de A C, dire dans quelle mesure elle aura besoin de l'assistance d'une tierce personne ;
11°) préciser la nature et évaluer l'importance de tout autre préjudice patrimonial ou extrapatrimonial dont les parents de A C ferait état ;
12°) évaluer chacun de ces préjudices même en l'absence de lien de causalité, de manquement ou de faute ; pour chacun d'entre eux, distinguer la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;
13°) distinguer dans les soins supportés par la caisse primaire d'assurance maladie ceux qui auraient incombé à toute autre cause, de ceux imputables à aux manquements reprochés au centre hospitalier Alpes Léman dans le suivi de la grossesse de Mme B C, lors de son accouchement par césarienne du 25 mai 2022 et dans les traitements et soins prodigués à A C à sa naissance ;
14°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de Mme B C, de A C, de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux du centre hospitalier Alpes Léman et de la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire.
Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.
Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C, au centre hospitalier Alpes Léman, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire et aux experts.
Fait à Grenoble, le 27 avril 2023.
Le président,
J-P. WYSS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026