mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2300813 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Juge unique 6 |
| Avocat requérant | LETELLIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 février 2023, Mme B A, représentée par Me Letellier, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité totale de 3 280 euros, outre intérêts au taux légal à compter du 6 mai 2022, en réparation de préjudices subis en raison du refus fautif du département de la Drôme de la prendre en charge ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
- la décision du 4 janvier 2022 par laquelle la présidente du conseil départemental de la Drôme lui a refusé une prise en charge en qualité de jeune majeur a été suspendue par une ordonnance du tribunal administratif de Grenoble n°2200853 du 3 mars 2022. A la suite, elle a été prise en charge au titre d'un contrat jeune majeur, mais seulement à compter du 5 avril 2022, alors qu'elle pouvait bénéficier d'une aide à compter du 6 décembre 2021, date de sa demande initiale. Le refus de prise en charge entre le 6 décembre 2021 et le 5 avril 2022 est fautif et engage la responsabilité pour faute de l'administration ;
- cette illégalité fautive lui cause un préjudice matériel et un préjudice moral, dont elle demande réparation à hauteur de, respectivement, 1280 euros et 1 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2023, le département de la Drôme conclut au rejet de la requête.
Le département de la Drôme fait valoir que :
- la requête est tardive, en application de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;
- subsidiairement, il n'a pas commis de faute.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions de la requête sont mal dirigées.
En réponse au moyen relevé d'office, Mme A a présenté un mémoire, enregistré le 2 avril 2024 par lequel elle redirige ses conclusions contre le département.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme D en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 avril 2024 :
- le rapport de Mme D,
- et les conclusions de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de l'ordonnance du tribunal administratif de Grenoble n°2200853 du 3 mars 2022, le département de la Drôme a accordé à Mme A le bénéfice d'un contrat jeune majeur sur la période comprise entre le 5 avril 2022 et le 4 novembre 2022. Par un courrier du 26 août 2022, Mme A a demandé au Département une indemnité représentant la somme à laquelle elle aurait selon elle pu prétendre si elle avait été prise en charge dès le 8 décembre 2021, date de sa demande initiale à laquelle le Département avait opposé un refus, suspendu par l'ordonnance précitée.
2. D'une part, il résulte de ce qui vient d'être dit que les conclusions de la requête dirigées contre l'Etat alors qu'elles font suite à la demande indemnitaire préalable précitée du 26 août 2022, sont mal dirigées et doivent être rejetées comme telles.
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée (). " Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. " Aux termes de l'article 43 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020, portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " Sans préjudice de l'application de l'article 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée et du II de l'article 44 du présent décret, lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : 1° De la notification de la décision d'admission provisoire ; 2° De la notification de la décision constatant la caducité de la demande ; 3° De la date à laquelle le demandeur de l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 69 et de l'article 70 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifiée ; 4° Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné () ". Il ressort des dispositions précitées que la demande d'aide juridictionnelle interrompt le délai de recours contentieux, si elle est adressée au bureau d'aide juridictionnelle avant le terme de ce délai, lequel repart soit de la date à laquelle la décision du bureau est définitive, soit, si un avocat a été désigné, de la date de sa désignation.
4. Le rejet de la demande indemnitaire préalable du 26 septembre 2022, qui comporte les voies et délais de recours, a été notifiée à Mme A le 28 septembre 2022. S'il est vrai que cette dernière a formé une demande d'aide juridictionnelle qui a interrompu le délai de recours contentieux dans les conditions définies par les dispositions précitées du décret du 28 décembre 2020, le bureau d'aide juridictionnelle a émis une décision d'admission le 21 octobre 2022 dont Mme A a eu connaissance au plus tard le 8 février 2023, date d'enregistrement de la requête à laquelle est jointe ladite décision. Ainsi, à la date du mémoire complémentaire susvisé du 2 avril 2024, le délai de recours contentieux fixé à l'article R. 421-1 du code de justice administrative avait expiré deux mois après le délai de recours de quinze jours prévu à l'article 69 du décret du 28 décembre 2020, lui-même décompté à partir du 8 février 2023. Les conclusions indemnitaires dirigées contre le Département dans ce mémoire, produit en réponse au moyen relevé d'office, sont donc tardives et doivent être rejetées, ainsi que l'oppose le défendeur.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département de la Drôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
Le rapporteur,
I. D
Le greffier,
G. Morand
La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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