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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300973

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300973

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300973
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantLAURENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 février 2023, M. A, représenté par Me Renoult, demande au tribunal, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner la commune des Houches à lui payer une provision de 10 000 euros à valoir sur l'indemnité à laquelle il peut prétendre au titre des préjudices consécutifs à son accident de service du 24 mai 2018 ;

2°) de mettre à la charge de la commune des Houches une somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- il a été victime de plusieurs accidents reconnus imputables au service, le premier le 20 décembre 2009, avec une rechute le 4 juin 2015, et une seconde le 11 août 2021, qui n'a pas été admise ; le 29 janvier 2016, son état était déclaré consolidé avec un taux d'IPP de 3% ;

- il a été victime d'un autre accident de service le 24 mai 2018, déclaré consolidé le 3 juillet 2019 avec un taux d'IPP de 8% ;

- la commune a commis une faute en lui confiant, malgré son état de santé, une série d'astreintes en l'absence de son collègue exerçant les fonctions de dameur, ce qui est à l'origine de l'accident du 24 mai 2018 ;

- subsidiairement la responsabilité de la commune est engagée sans faute ;

- il peut d'ores et déjà prétendre à la réparation de son déficit fonctionnel, compte tenu du taux d'IPP de 8%, qui a été admis ;

- sur la base d'une valeur du point de 1 560 euros et de son âge, l'indemnité à laquelle il peut prétendre est de 12 480 euros ;

- la provision de 10 000 euros n'est donc pas sérieusement contestable.

Par mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2023, la commune des Houches, représentée par Me Laurent conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la faute alléguée par M. A n'est pas établie ;

- une requête en référé expertise a été déposée par M. A, pour évaluer ses préjudices, dont le résultat n'est pas connu.

Vu les autres pièces du dossier.

Le président du tribunal a désigné Mme Wolf, présidente honoraire, pour statuer sur les demandes de référé.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né en le 6 janvier 1967, est adjoint technique territorial à la commune des Houches. Il a été, notamment, victime, le 24 mai 2018, d'un accident en service. Son état de santé a été déclaré consolidé le 3 juillet 2019 et la commission de réforme lui a reconnu un taux d'IPP de 8%. M. A demande que la commune des Houches soit condamnée à lui verser une indemnité provisionnelle de 10 000 euros en réparation de son déficit fonctionnel permanent.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable () ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude.

3. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité, déterminent forfaitairement la réparation des pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par l'accident de service, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne.

4. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport du médecin expert auprès de la commission de réforme, qu'alors qu'il était en service, M. A a été victime le 24 mai 2018 d'un traumatisme indirect du rachis dorsal, ayant entraîné une fracture-tassement intéressant T8 et une aggravation de lésions dégénératives préexistantes au niveau lombaire. La commission de réforme, suivant en cela l'avis du médecin-expert, a évalué à 8% le taux d'IPP de M. A et a admis l'imputabilité de cette IPP au service. La commune des Houches ne conteste pas sérieusement cette imputabilité, ni le taux d'IPP de 8%, mais se borne à faire valoir qu'une expertise est en cours pour évaluer l'ensemble des préjudices de M. A.

5. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une faute, au demeurant contestée, de la commune, M. A détient à l'encontre de son employeur une créance indemnitaire non sérieusement contestable, correspondant à ce taux d'IPP de 8%.

6. Compte tenu de l'âge de M. A à la date de la consolidation de son état de santé, il y a lieu de lui accorder une indemnité provisionnelle de 10 000 euros.

Sur les frais du litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune des Houches une somme de 1 000 euros à verser à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La commune des Houches est condamnée à verser à M. A une indemnité provisionnelle de 10 000 euros.

Article 2 : La commune des Houches versera à M. A une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à la commune des Houches.

Fait à Grenoble, le 6 juin 2023.

La juge des référés,

A. Wolf

La République mande et ordonne au préfet de Haute-Savoie, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°2300973

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