mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2301187 |
| Type | Décision |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | ALBERTIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 février 2023, M. A B, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2023 par lequel la préfète de la Drôme a refusé de délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.
M. B soutient que :
- l'arrêté a été signé par une personne incompétente à ce titre ;
- la préfète aurait dû consulter la commission du titre de séjour en vertu de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale par exception d'illégalité du refus de titre de séjour, elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2023, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Holzem,
- et les observations de Me Albertin, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant comorien, est entré en France sous couvert d'un titre de séjour délivré par les autorités ukrainiennes. Il a sollicité le 26 octobre 2022, auprès des services préfectoraux, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué la préfète de la Drôme a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
4. M. B établit par les pièces qu'il produit avoir obtenu aux Comores une licence en sciences économiques. Désireux de poursuivre ses études dans le domaine de la comptabilité et alors qu'une telle formation n'est pas dispensée aux Comores il établit s'être inscrit en première année de Master " Audit et comptabilité " à l'université de Kharviv en Ukraine et a obtenu à cette fin un titre de séjour délivré par les autorités ukrainiennes valable jusqu'au 31 janvier 2022. Il explique, sans contestation sur ce point, avoir fait renouveler son titre de séjour ukrainien mais l'avoir égaré. A la suite du début du conflit entre la Russie et l'Ukraine, M. B explique avoir fui ce pays le 26 février 2022 et être entré en France où sa sœur vit. Il s'est inscrit à l'université Grenoble Alpes pour continuer ses études en compatibilité et a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention étudiant afin de poursuivre ses études en France. La préfète de la Drôme a considéré que l'entrée irrégulière de l'intéressé sur le territoire français s'opposait à la délivrance du titre de séjour. Cependant, alors qu'il est par ailleurs établi qu'il bénéficie d'une bourse accordée par le gouvernement des Comores pour la poursuite de ses études et de l'assistance de sa sœur et de son beau-frère, la préfète de la Drôme eu égard aux circonstances particulières de l'espèce, a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant à M. B le titre de séjour sollicité.
5. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté attaqué doit être annulé.
Sur les conclusions d'injonction :
6. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement que la préfète de la Drôme délivre à M. B, un titre de séjour temporaire. Par suite, il y a lieu de prescrire à la préfète d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et dans l'attente, de délivrer au requérant une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles 37 et 75-I de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Albertin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à lui verser.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté de la préfète de la Drôme du 31 janvier 2023 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de la Drôme de délivrer à M. B un titre de séjour dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours.
Article 4 : L'Etat versera à Me Albertin la somme de 900 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à la part contributive versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Albertin et à la préfète de la Drôme.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sogno, président,
Mme Bedelet, première conseillère,
Mme Holzem, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
La rapporteure,
J. Holzem
Le président,
C. Sogno
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2301187
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