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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301238

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301238

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301238
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique 8
Avocat requérantGILLOTOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée 1er mars 2023, et un mémoire enregistré le 28 juin 2024, Mme A D et M. B D, représentés par Me Gillotot, doivent être regardés comme demandant au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de leur recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie leur a réclamé le remboursement d'un trop-perçu d'allocation de logement familiale d'un montant de 1 561 euros au titre de la période de mars 2021 à juillet 2022 ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie de leur restituer la somme de 789,90 euros retenue sur les aides sociales de la période d'octobre 2022 à février2023 ;

3°) de condamner la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie à verser à chacun une somme de 4 000 euros au titre du préjudice moral subi ;

4°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie de les rétablir dans leurs droits à l'allocation de logement familiale à compter du 1er décembre 2019, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie le versement d'une somme de 1 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'indu n'est pas fondé ; les ressources déclarées ne correspondant pas aux sommes retenues par la caisse d'allocations familiales ;

- la caisse d'allocations familiales a procédé à une régularisation erronée de leurs droits ; les retenues ont été opérées sans leur consentement ;

- ils n'ont eu aucune information sur les suites données à leurs recours amiables ;

- ils ont subi un préjudice moral du fait de cette décision ; compte tenu des délais dont ils disposaient pour faire valoir leurs droits, ils sollicitent, dans le cadre de la présente instance, la réparation de leur préjudice.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 août 2023 et le 5 novembre 2024, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie conclut à l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle expose que :

- faute de réclamation indemnitaire préalable, liant le contentieux, les conclusions tendant à la réparation du préjudice moral sont irrecevables ;

- aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Conesa-Terrade en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Mme Conesa-Terrade a présenté son rapport au cours de l'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D, bénéficiaire de l'allocation de logement familiale pour un logement sis à Saint-Félix, en couple avec trois enfants à charge, a déclaré le 13 décembre 2021 pour la période de décembre 2020 et janvier 2021 la perception par son époux d'indemnités journalières maladie pour accident du travail et de salaires pour août et septembre 2021 à prendre en compte pour le calcul de cette allocation à compter de janvier 2021. Après que les allocataires ont fourni, en octobre 2022, les déclarations mensuelles de ressources de décembre 2019 à novembre 2021 réclamées à M. D et de décembre 2021 à septembre 2022 de Mme D, la caisse d'allocations familiales leur a notifié le 4 novembre 2022 un indu d'allocation de logement familiale sur la période de mars 2021 à juillet 2022 d'un montant initial de 1 151 euros. Le recours exercé par Mme D le 7 novembre 2022 auprès de la caisse d'allocations familiales, pour contester cet indu a fait l'objet d'un rejet implicite, né du silence gardé plus de deux mois par cet organisme. Par la présente requête, M et Mme D demandent au tribunal d'annuler cette décision, de les décharger de l'obligation de payer cette somme et de condamner la caisse d'allocations familiales à les indemniser du préjudice moral subi.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre de la présente instance, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a conclu à l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires présentées par les requérants. Il est constant que les requérants n'ont pas saisi la caisse d'allocations familiales, préalablement à l'introduction de leur requête, d'une réclamation tendant à la réparation des préjudices qu'ils soutiennent avoir subis du fait de la décision attaquée. Dans ces conditions, en l'absence de liaison préalable du contentieux, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense et de rejeter comme irrecevables les conclusions indemnitaires de la requête.

Sur le surplus du litige :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement () comprennent : () 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; () ". L'article L. 823-1 du même code dispose que : " le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. () ". En vertu de ces dispositions de cet article, l'aide au logement est calculée en prenant en compte la situation professionnelle de l'allocataire, les personnes à charge et les ressources du foyer. Aux termes de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. () ". Aux termes de l'article R. 822-4 de ce code : " I.- Les ressources prises en compte s'entendent du total des revenus nets catégoriels retenus pour l'établissement de l'impôt sur le revenu selon le barème progressif, () ainsi que des revenus perçus hors de France ou versés par une organisation internationale. Sont également pris en compte : 1° suivant les règles applicables en matière d'imposition aux traitements et salaires prévues au deuxième alinéa du 3° de l'article 83 et au 5 (a) de l'article 158 du code général des impôts, les indemnités journalières mentionnées au 2° de l'article L. 431-1 du code de la sécurité sociale ; () ". A compter de janvier 2021, le montant du droit est calculé trimestriellement " sur une base de ressources " annuelle, déterminée en fonction des ressources nettes imposables des douze derniers mois glissants du mois précédent. Conformément aux dispositions des articles R. 822-3 et R. 822-4 du code de la construction et de l'habitation, les ressources prises en compte pour le calcul de l'allocation de logement familiale tous les trois mois sont les ressources imposables.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 825-2 du même code : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire ". Aux termes de l'article L. 825-3 du même code : " Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur : 1° Les contestations des décisions prises par l'organisme payeur au titre des aides personnelles au logement () ".

5. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu allocation de logement familiale, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

6. En l'espèce, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie expose qu'initialement, les droits à allocation de logement familiale de Mme D pour la période de mars 2021 à juillet 2022 était calculé en fonction des éléments de ressources fournis par le dispositif de ressources mutualisées sur la période de référence de décembre 2019 à mai 2022. Il résulte de l'instruction, que suite aux déclarations des allocataires en octobre 2022, il est apparu que les salaires perçus de juin à août 2021 par M. D, exerçant alors une activité salariée en Suisse, d'un montant de 11 493 euros ainsi que les indemnités journalières d'accident du travail versées par un organisme suisse SUVA d'octobre 2020 à janvier 2021 et de septembre 2021 d'un montant de 24 205 euros, soit d'un montant total de ressources de 35 698 euros, qui n'était pas connu du dispositif de ressources mutualisées, n'avaient pas été pris en compte pour le calcul de l'allocation de logement familiale à compter de mars 2021. La prise en compte de l'intégralité de leurs ressources perçues et déclarées sur la période de référence de décembre 2019 à mai 2022, a conduit la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie à constater que celles-ci faisaient obstacle à leur droit de percevoir l'allocation de logement familiale et étaient, en conséquence, à l'origine d'un trop-perçu sur la période de mars 2021 à juillet 2022, notifié le 4 novembre 2022 pour un montant de 1 561 euros, une somme de 1 151 euros restant due à ce titre, après qu'une retenue a été opérée le même jour d'un montant de 410 euros sur le rappel de prestations d'allocations familiales et d'allocation de base d'octobre 2022. Les requérants contestent le bien-fondé de cet indu et soutiennent que le calcul des ressources du foyer est erroné. La caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie établit avoir pris en compte les salaires et indemnités déclarées par M. D à l'occasion de sa dernière déclaration de ressources mensuelles en date du 26 octobre 2022 pour le calcul de l'allocation de logement familiale à compter de mars 2021. Il résulte, en effet, de l'instruction, comme en atteste la copie d'écran des ressources de M. D pour la période de décembre 2020 à octobre 2021, que pour le calcul de l'allocation de logement familiale, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a pris en compte 4 634 euros de salaires perçus en juillet 2021, 4 528 euros de salaires perçus en août 2021 et 4 662 euros d'indemnités journalières d'accident du travail versées par l'organisme suisse en septembre 2021. Aucun élément au dossier ne permet de considérer que ce calcul serait erroné. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'indu mis à leur charge ne serait pas fondé.

7. Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, sous réserve des dispositions des quatrième à neuvième alinéas de l'article L. 133-4-1, par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. A défaut, l'organisme payeur peut, dans des conditions fixées par décret, procéder à la récupération de l'indu par retenues sur les échéances à venir dues soit au titre des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation, soit au titre des prestations mentionnées à l'article L.168-8 ainsi qu'aux titres II et IV du livre VIII du présent code, soit au titre du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles. () ". L'article L 823-9 du code de la construction et de l'habitation dispose que : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés. ".

8. Il résulte de l'instruction et n'est pas contesté que les retenues sur les prestations familiales de novembre 2022 à février 2023 en remboursement du solde du trop-perçu d'allocation de logement familiale de 379 euros restant dû, auquel s'ajoute la somme de 410 euros retenue le 4 novembre 2022 sur un rappel de prestations sociales en remboursement du trop-perçu, soit un montant total de 789,90 euros ont été effectuées avant l'introduction du recours contentieux des allocataires devant le tribunal de céans le 1er mars 2023. Le moyen tiré de ce que les retenues auraient été effectuées sans leur consentement est inopérant et ne peut qu'être rejeté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme D doit être rejeté y compris leurs conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M et Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et M. B D et à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.

La magistrate désignée,

E. Conesa-TerradeLa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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