vendredi 16 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2301337 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | VIGNERON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 mars 2023, 4 mai 2023 et 26 mai 2023, M. A B, représenté par Me Vigneron, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans le même délai et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des article 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le refus de séjour a été signé par une autorité incompétente ;
- le préfet ne justifie pas avoir recueilli l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), ni qu'un rapport médical a été établi par le médecin de l'OFII et que la composition du collège de médecins était conforme à l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;
- compte tenu de son ancienneté, l'avis du collège de médecins ne reflète pas son état de santé à la date du refus de séjour attaqué ;
- la décision portant refus de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a commis une erreur de droit en s'estimant lié par l'avis du collège de médecins ;
- il a commis une erreur de fait sur la disponibilité du traitement dans le pays d'origine ;
- l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'arrêté du 27 décembre 2016 méconnaissent les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le refus de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français devra être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination devra être annulée par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3 de la même convention.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. L'Hôte, vice-président,
- et les observations de Me Marcel, substituant Me Vigneron, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né en 1980, a déclaré être entré en France le 28 juin 2020. Le 7 juillet 2021, il a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 avril 2022, le préfet de l'Isère lui a opposé un refus, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Eléonore Lacroix, secrétaire générale de la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation consentie le 2 février 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte en cause doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu () d'un rapport médical établi par un médecin de l'office () ". Aux termes de l'article L. 611-3 de ce code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".
4. L'arrêté attaqué a été pris au vu d'un avis du collège de médecins de l'OFII du 8 novembre 2021 produit en défense et dont l'existence est dès lors établie. Le préfet de l'Isère produit également le bordereau de transmission du directeur de l'OFII dont il ressort que cet avis a été rendu après qu'un rapport médical a été établi le 23 septembre 2021 par le médecin de l'OFII. Il ressort également des pièces du dossier que la composition du collège de médecins ayant prononcé cet avis était conforme aux exigences de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé. Enfin, aucun texte ni aucun principe ne limite la durée de validité de l'avis émis par le collège de médecins. Le requérant ne démontrant par ailleurs pas que son état de santé aurait évolué entre la date de l'avis et celle de l'arrêté attaqué. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'avis du 8 novembre 2021 n'était pas de nature à éclairer le préfet sur la réalité de son état de santé au moment où la décision a été prise. Il suit de là que le moyen tiré du vice de procédure dont serait entaché l'arrêté du 22 avril 2022 doit être écarté en toutes ses branches.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Isère se soit estimé lié par l'avis du collège de médecins et aurait ainsi méconnu l'étendue de sa compétence.
6. En quatrième lieu, les dispositions de l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, complétées par celles de l'arrêté susvisé du 27 décembre 2016, ont uniquement pour objet de définir les modalités d'appréciation par le collège de médecins de l'état de santé de l'étranger et de déterminer les règles de procédure et de forme qui régissent l'avis émis par ce collège. Elles n'ont en elles-mêmes aucune incidence sur la procédure contentieuse applicable devant le juge en cas de recours contre un refus d'admission au séjour et, en particulier, elles n'ont aucune incidence sur la charge de la preuve quant à la disponibilité du traitement approprié dans le pays d'origine. En outre, si la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour, d'une part cette présomption joue en faveur de l'étranger lorsque l'avis lui est favorable, d'autre part et dans le cas contraire, il est loisible à l'intéressé, dans le respect des règles relatives au secret médical qu'il a toujours la faculté de lever, de produire tous éléments permettant d'apprécier son état de santé et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dont il peut effectivement bénéficier dans le pays de renvoi. Pour ce faire, il peut notamment recourir aux ressources documentaires librement accessibles sur le site internet de l'OFII. La conviction du juge se détermine au vu des échanges contradictoires entre les parties et des éventuelles mesures d'instruction qu'il peut toujours ordonner. Ainsi, les dispositions incriminées, bien qu'elles n'imposent pas au collège de médecins de préciser ses sources d'information sur la disponibilité du traitement approprié dans le pays d'origine, n'ont pour effet ni de porter atteinte au droit à la vie de l'étranger qui sollicite son admission au séjour, ni de l'exposer à des traitements inhumains ou dégradants, ni même encore de porter atteinte à sa vie privée et familiale. Il suit de là qu'elles ne méconnaissent pas les stipulations des articles 2, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En cinquième lieu, il ressort de l'avis du collège des médecins du 8 novembre 2021 que l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais l'intéressé peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine à destination duquel il peut voyager sans risque. Le requérant ne produit, à l'appui de sa requête, aucun élément suffisamment sérieux pour mettre en doute le bien-fondé de cet avis et justifier que le tribunal sollicite de l'OFII la communication de son dossier médical. Ainsi, au vu des éléments produits par les deux parties à l'instance et sans qu'il soit besoin d'ordonner une mesure d'instruction, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, atteint d'un diabète de type 1, ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié en Tunisie. Dès lors, le préfet de l'Isère a pu légalement refuser l'admission au séjour de M. B et lui faire obligation de quitter le territoire français sans commettre ni erreur de fait, ni erreur d'appréciation dans la mise en œuvre des dispositions des articles L. 425-9 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
9. M. B réside sur le territoire français depuis juin 2020 selon ses déclarations, soit depuis moins de deux ans à la date de la décision attaquée. S'il fait valoir qu'il est né en France en 1980 et y a vécu les six premières années de sa vie, il a toutefois quitté le territoire français pour la Tunisie où il a vécu durant 34 ans. Il produit des attestations de bénévolat, mais ces éléments ne suffisent pas à estimer qu'il aurait noué en France des liens personnels d'une particulière intensité. Par ailleurs, comme il a été dit au point 7, le requérant ne justifie pas que son état de santé nécessite son maintien sur le territoire français. Il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Tunisie où résident ses parents et ses trois frères. Dès lors, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, il n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le refus de séjour n'est pas entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
10. En septième lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision d'éloignement serait illégale en raison de l'illégalité entachant le refus de séjour, ni que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale par suite de l'illégalité des deux autres décisions.
11. En dernier lieu, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi méconnaîtrait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier son bien-fondé.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Vigneron et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 2 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Heintz, premier conseiller,
Mme Bardad, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.
Le président rapporteur,
V. L'HÔTE
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
M. HEINTZ La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606980
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante camerounaise, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Norvège, responsable de sa demande d'asile en vertu du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, le préfet ayant visé le règlement et indiqué que Mme B... détenait un visa norvégien périmé depuis moins de six mois. Il a également estimé que le préfet avait procédé à un examen particulier de sa situation, incluant sa vulnérabilité, et que les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation n'étaient pas fondés. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606981
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. C..., un ressortissant libyen, qui contestait le refus de l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil pour demandeur d'asile. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant la décision suffisamment fondée en droit et en fait. Il a également estimé que l'OFII n'avait pas commis d'erreur de droit en refusant l'accueil au seul motif que M. C... avait présenté une demande de réexamen, et que le requérant n'avait pas démontré que sa vulnérabilité ou la dignité humaine avaient été méconnues. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 551-15, et la directive 2013/33/UE.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606983
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A..., ressortissante burkinabée, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Belgique pour l'examen de sa demande d'asile. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a écarté les moyens tirés de la méconnaissance des articles 4, 5, 21 et 3 du règlement (UE) n°604/2013. La solution retenue confirme la légalité de la procédure de détermination de l'État responsable, fondée sur le visa délivré par les autorités belges.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606985
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. E..., ressortissant érythréen, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Suisse, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile en application du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, le défaut de motivation, la violation des droits à l'information et à l'entretien individuel, ainsi que l'existence de défaillances systémiques en Suisse. Il a jugé que la décision était suffisamment motivée et que la situation personnelle de l'intéressé ne justifiait pas l'application de la clause discrétionnaire de l'article 17 du règlement. En conséquence, la demande d'annulation et les conclusions accessoires ont été rejetées.
01/06/2026