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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301462

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301462

vendredi 16 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301462
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantRIMLINGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mars 2023, M. B A, représenté par Me Rimlinger, demande au juge des référés :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une provision de 20 500 euros en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 800 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que sa demande d'hébergement a été reconnue comme prioritaire par décision de la commission de médiation de l'Isère du 17 janvier 2022 et, que par une première ordonnance du 16 mai 2022, le tribunal administratif a enjoint au préfet d'assurer son hébergement avant le 31 juillet 2022. Il a alors pu bénéficier d'un hébergement d'urgence, mais s'est de nouveau retrouvé à la rue depuis le 14 décembre 2022. Par une seconde ordonnance du 17 décembre 2022, le tribunal administratif a enjoint au préfet de l'Isère de lui proposer un lieu d'accueil susceptible de l'accueillir dans un délai de quatre jours à compter de sa notification, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. Toutefois, aucune offre d'hébergement ne lui a été proposée. Sa demande indemnitaire du 21 février 2023, reçue le 23 février suivant en préfecture, a été implicitement rejetée.

La requête de M. A a été régulièrement notifiée au préfet de l'Isère qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 20 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la provision :

1. D'une part, aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer seulement que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude, l'octroi d'une telle provision n'étant aucunement subordonnée à l'urgence ou à la nécessité pour le demandeur de l'obtenir.

2. D'autre part, lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être hébergée d'urgence par une décision d'une commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'État prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de six semaines à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-18 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre d'hébergement.

3. M. A, de nationalité algérienne, qui a présenté une demande d'hébergement sur le fondement de l'article L. 411-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a été reconnu prioritaire et devant être accueilli dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière par une décision du 17 janvier 2022. Par une ordonnance du 16 mai 2022, le tribunal administratif a enjoint au préfet d'assurer son hébergement avant le 31 juillet 2022 sous astreinte mensuelle de 500 euros à verser deux fois par an au profit du fonds d'accompagnement vers et dans le logement. M. A a alors bénéficié temporairement d'un hébergement d'urgence, avant de se retrouver à la rue à compter du 14 décembre 2022. Par une seconde ordonnance du 17 décembre 2022, le tribunal administratif a enjoint au préfet de l'Isère de proposer à M. A un lieu d'accueil susceptible de l'accueillir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. Le préfet n'a pas proposé à M. A un hébergement dans le délai de quatre jours fixé par l'ordonnance du 17 décembre 2022. Cette carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à compter du 22 décembre 2022.

4. Il est constant que M. A n'a reçu aucune proposition d'hébergement adaptée. Cette situation l'oblige à dormir dans la rue. Eu égard à l'absence d'hébergement et aux contraintes qui y sont liées, il subit nécessairement des troubles dans ses conditions d'existence. Compte tenu de cette absence d'hébergement, qui perdure du fait de la carence de l'Etat et de la durée de cette carence, et alors qu'il n'est pas soutenu qu'il serait en situation irrégulière en France, les troubles de toute nature subis par M. A dans ses conditions d'existence, y compris son préjudice moral, justifient la condamnation de l'Etat à lui verser une provision de 5 000 euros tous intérêts compris au titre de la période allant du 22 décembre 2022 à la date de la présente ordonnance.

Sur les frais du litige :

6. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Rimlinger, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Rimlinger de la somme de 900 euros.

O R D O N N E :

Article 1 : L'Etat est condamné à verser à M. A une provision de 5 000 euros tous intérêts compris.

Article 2 : Sous réserve que Me Rimlinger renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Rimlinger, avocat de M. A, une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à Me Rimlinger.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 16 juin 2023.

Le juge des référés,

J. P. WYSS

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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