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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301606

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301606

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301606
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantJASPER AVOCATS ASSOCIATION D'AVOCATS À RESPONSABILITÉ PROFESSIONNELLE INDIVIDUELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mars 2023, M. B D, représenté par Me Coubris, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise confiée à un médecin expert en chirurgie cardio vasculaire, relative aux circonstances de sa prise en charge aux centre hospitalier Annecy Genevois et au centre hospitalier Annecy Léman à compter du 17 février 2022 ;

2°) de dire que l'expert pourra s'adjoindre tout spécialiste de son choix ;

3°) de dire que l'expert devra dresser un pré-rapport.

Il soutient que la mesure d'expertise présente un caractère utile dès lors qu'elle permettra de déterminer s'il y a eu des manquements dans sa prise en charge par les différents hôpitaux.

Par un mémoire en réponse, enregistré le 27 mars 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM), représenté par Me Roquel-Meyer, demande au juge des référés :

1°) de prendre acte de ses protestations et réserves d'usage quant à sa mise en cause et à la mesure d'expertise sollicitée ;

2°) de compléter la mission de l'expert selon ses dires ;

3°) de dire que l'expert devra déposer un pré-rapport.

Par un mémoire en réponse, enregistré le 29 mars 2023, le centre hospitalier Alpes Léman, représenté par Me Chiffert, demande au juge des référés :

1°) de prendre actes de ses protestations et réserves sur les faits exposés par le requérant ;

2°) désigner un expert spécialisé en chirurgie thoracique et vasculaire ;

3°) compléter la mission de l'expert selon ses dires ;

4°) dire que l'expert déposera un pré-rapport.

Par des mémoires en réponse enregistrés le 13 avril 2023 et le 19 avril 2023, le centre hospitalier Annecy Genevois, représenté par Me Ligas-Raymond, demande au juge des référés :

1°) de prendre acte qu'il conteste toute responsabilité qui lui serait imputée ;

2°) de prendre acte qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée sous réserve de compléter la mission de l'expert selon ses dires ;

3°) de dire que l'expert déposera un pré-rapport ;

4°) de dire que l'expert déterminera les débours et frais médicaux en relation directe et exclusive avec l'éventuel défaut de surveillance des autres frais imputables ;

5°) de dire que l'expert ne devra pas convoquer les parties tant qu'un relevé détaillé de l'organisme de sécurité sociale ne sera pas communiqué

6°) de dire que l'expertise aura lieu aux frais du requérant ;

7°) de réserver les dépens.

Il soutient que sa responsabilité n'est pas établie.

Par deux mémoires en intervention, enregistrés le 22 mars 2023 et le 17 avril 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire déclare qu'elle ne s'oppose pas à la demande d'expertise et qu'elle chiffrera ses débours après le dépôt du rapport d'expertise.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

3. Il résulte de l'instruction que M. D a été pris en charge par le centre hospitalier Annecy Genevois 18 février 2022 où il a subi un traitement par bithérapie anti-agrégante afin de traiter une thrombose circonflexe. Après avoir regagné son domicile le 21 février 2022, M. D a présenté une douleur continue dans le bras droit et s'est présenté au centre hospitalier Alpes Léman le 2 mars 2022 où une thrombose sur la longueur de l'artère radiale lui est diagnostiquée et pour laquelle il lui a été préconisé une opération et un angioscanner.

4. Il résulte de ce qui précède que la demande d'expertise présentée par M. D, relative aux conditions de sa prise en charge par le centre hospitalier Annecy Genevois et le centre hospitalier Alpes Léman à compter du 17 février 2022, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la demande du centre hospitalier Annecy Genevois tendant à la production du relevé des débours et frais médicaux de la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire :

5. En l'état de l'instruction, la production du relevé détaillé des débours et frais médicaux de la caisse primaire d'assurance maladie ne présente pas un caractère d'utilité eu égard à la mission de l'expert telle que fixée par la présente ordonnance. Il appartiendra à l'expert de la solliciter, s'il l'estime nécessaire. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions tendant à la communication de ce relevé.

Sur le surplus des conclusions :

6. L'expert est tenu, entre autres, d'informer les parties de ses constatations, de recueillir leurs dires et d'en faire état dans son rapport. S'il lui est loisible de communiquer aux parties les pièces communiquées ainsi qu'un pré-rapport aux fins de recueillir leurs observations, aucune disposition législative ou réglementaire applicable devant le juge administratif ne permet de lui imposer cette formalité.

7. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de déclarations, de réserves ou d'intentions.

8. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, les frais de l'expertise seront liquidés et taxés par ordonnance laquelle désignera la partie qui les supportera. Par conséquent, les conclusions du centre hospitalier Annecy Genevois tendant à mettre à la charge du requérant les frais d'expertise doivent être rejetées.

9. Il n'appartient pas au juge des référés de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne. Par suite, les conclusions présentées par le centre hospitalier Annecy Genevois, relatives aux dépens, doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : Le docteur C A, domicilié Hôpital La Châtaigneraie à Beaumont (63110), est désigné comme expert avec pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. D et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de sa prise en charge à l'hôpital ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. D, ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) décrire l'état de santé de M. D et les soins et prescriptions antérieurs à son admission à l'hôpital, ainsi que les conditions dans lesquelles il a été prise en charge et soigné dans cet établissement ;

3°) préciser l'état actuel de M. D et se prononcer sur l'origine de cet état ; en cas de pluralité de causes, indiquer les conséquences de chacune et, le cas échéant, proposer au tribunal, un partage en termes de pourcentages ;

4°) donner son avis sur la prise en charge de M. D au centre hospitalier Annecy Genevois et au centre hospitalier Alpes Léman, dire si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et données acquises de la science à l'époque des faits, et s'ils étaient pertinents, adaptés à l'état de M. D et aux symptômes qu'il présentait, et exécutés conformément aux règles de l'art ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier et l'utilité des gestes opératoires pratiqués ;

5°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements dans les actes médicaux, les actes de soins ou dans l'organisation des services ont été commis lors de la prise en charge de M. D ; le cas échéant, indiquer dans quelle mesure ces manquements ont concouru à la survenance du dommage ou ont fait perdre à M. D une chance d'éviter la survenue du dommage et, dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue en distinguant le pourcentage imputable aux diverses causes établies ;

6°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir s'il y a eu manquement à l'obligation d'information à l'égard de la requérante ;

7°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de M. D, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché aux hôpitaux d'Annecy et du Léman, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

8°) donner son avis sur le point de savoir si l'état de M. D a été causé par un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale et indiquer si, compte tenu de la chronologie des événements, M. D a pu contracter cette affection iatrogène ou infection lors de son séjour à l'hôpital d'Annecy ou du Léman ou si elle a pour origine une cause extérieure et étrangère à l'activité de l'hôpital ; à cet effet, se faire remettre les compte rendus du CLIN, l'ensemble des protocoles d'hygiène applicables à l'acte litigieux, les résultats des enquêtes épidémiologiques effectuées, et, si nécessaire, les résultats des analyses environnementales ;

9°) déterminer la date de consolidation de l'état physique de M. D, l'importance et la durée du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, du préjudice esthétique temporaire, du déficit fonctionnel permanent, du préjudice esthétique permanent ou de tout autre préjudice extrapatrimonial dont celui-ci ferait état ; dire si l'état de M. D est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution ;

9°) à défaut de consolidation indiquer le délai dans lequel M. D devra être réexaminé en fonction de l'évolution prévisible de son état de santé et préciser, lorsque cela est possible, les dommages prévisibles pour l'évaluation d'une éventuelle provision ;

10°) préciser la nature et évaluer l'importance de tout autre préjudice patrimonial ou extrapatrimonial dont la requérante ferait état ; donner toute précision utile permettant au tribunal d'apprécier une éventuelle incidence professionnelle du dommage ; et dire notamment s'il est dans l'impossibilité de se livrer à des activités spécifiques de sports, loisirs ;

11°) évaluer chacun de ces préjudices même en l'absence de lien de causalité, de manquement ou de faute ; pour chacun d'entre eux, distinguer la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

12°) distinguer dans les soins supportés par la caisse primaire d'assurance maladie ceux qui auraient incombé en tout état de cause à celle-ci en raison de l'état antérieur de M. D ou à toute autre cause, de ceux imputables à la prise en charge du requérant ;

13°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de M. D, du centre hospitalier Annecy Genevois, du centre hospitalier Alpes Léman et de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D, au centre hospitalier Annecy Genevois, au centre hospitalier Alpes Léman, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux et à l'expert.

Fait à Grenoble, le 31 mai 2023.

Le président,

J-P. WYSS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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