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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301673

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301673

mercredi 21 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301673
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL LIGAS-RAYMOND PETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mars 2023, Mme H I et M. A E, représentés par Me Boulevard, demandent au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise médicale relative aux conditions de la prise en charge de Mme I par l'hôpital de Chambéry à compter du 21 mars 2022.

Ils soutiennent que la mesure d'expertise présente un caractère utile dès lors que la responsabilité de l'administration pour faute médicale est présumée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2023, le centre hospitalier Métropole Savoie, représenté par Me Ligas-Raymond, demande au juge des référés :

1°) de prendre acte de ce qu'il conteste toute responsabilité qui lui serait imputée ;

2°) de prendre acte qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée sous réserve de compléter la mission de l'expert selon ses dires ;

3°) de dire que l'expert ne devra pas convoquer les parties tant que le relevé détaillé de l'organisme n'aura pas été communiqué ;

4°) de dire que l'expertise aura lieu aux frais avancés par les requérants ;

5°) de réserver les dépens.

Par un mémoire en intervention enregistré le 28 mars 2023, la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme demande au juge des référés de l'admettre dans son intervention, fait savoir qu'elle ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée et informe le tribunal qu'elle n'est pas en mesure de chiffrer sa créance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

3. Il résulte de l'instruction que Mme H I a été suivie pour une grossesse gémellaire. Elle a été admise au service des urgences de l'hôpital de Chambéry le 21 mars 2022 où il lui est réalisé un cerclage à chaud. Le 24 mars 2022 il lui est diagnostiqué une infection utérine qui l'a conduite à accoucher de deux enfants morts nés. Elle aurait en outre contracté une infection nosocomiale.

4. Il résulte de ce qui précède que la demande d'expertise présentée par Mme I, relative au suivi et à la prise en charge de sa grossesse gémellaire pour le centre hospitalier Métropole Savoie, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.

5. En l'état de l'instruction, la production du relevé détaillé des débours et frais médicaux de la caisse primaire d'assurance maladie ne présente pas un caractère d'utilité eu égard à la mission de l'expert telle que fixée par la présente ordonnance. Il appartiendra à l'expert de la solliciter, s'il l'estime nécessaire. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions tendant à la communication de ce relevé.

6. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, les frais de l'expertise seront liquidés et taxés par ordonnance laquelle désignera la partie qui les supportera.

ORDONNE :

Article 1 : Monsieur le docteur C D, domicilié centre hospitalier de Valence, 179 Boulevard Maréchal Juin 26 953 Valence et Monsieur le docteur G B domicilié GHM de Grenoble, service gynécologie obstétrique, 8/12 rue Dr F 38 000 Grenoble sont désignés comme experts avec pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme I et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge à l'hôpital ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme I, ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) décrire l'état de santé de Mme I et les soins et prescriptions antérieurs à son admission à l'hôpital de Chambéry, ainsi que les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement ;

3°) préciser l'état actuel de Mme I et se prononcer sur l'origine de cet état ; en cas de pluralité de causes, indiquer les conséquences de chacune et, le cas échéant, proposer au tribunal, un partage en termes de pourcentages ;

4°) donner son avis sur la prise en charge de Mme I à l'hôpital de Chambéry, dire si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et données acquises de la science à l'époque des faits, et s'ils étaient pertinents, adaptés à l'état de Mme I et aux symptômes qu'elle présentait, et exécutés conformément aux règles de l'art ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier et l'utilité des gestes opératoires pratiqués ;

5°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements dans les actes médicaux, les actes de soins ou dans l'organisation des services ont été commis lors de la prise en charge de Mme I ; le cas échéant, indiquer dans quelle mesure ces manquements ont concouru à la survenance du dommage ou ont fait perdre à Mme I une chance d'éviter la survenue du dommage et, dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue en distinguant le pourcentage imputable aux diverses causes établies ;

6°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir s'il y a eu manquement à l'obligation d'information à l'égard de la requérante ;

7°) donner son avis sur le point de savoir si l'état de Mme I a été causé par un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale et indiquer si, compte tenu de la chronologie des événements, Mme I a pu contracter cette affection iatrogène ou infection lors de son séjour à l'hôpital de Chambéry ou si elle a pour origine une cause extérieure et étrangère à l'activité de l'hôpital ;

8°) préciser à quelle date ont été constatés les premiers signes d'infection ; préciser à quelle date a été porté le diagnostic et dire par quels moyens cliniques et para-cliniques le diagnostic a été porté, et si un retard au diagnostic a été constaté ; dire quels sont les types de germes identifiés ;

9°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de Mme I, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché à l'hôpital de Chambéry, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

10°) déterminer la date de consolidation de l'état physique de Mme I, l'importance et la durée du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, du préjudice esthétique temporaire, du déficit fonctionnel permanent, du préjudice esthétique permanent ou de tout autre préjudice extrapatrimonial dont celle-ci ferait état ; dire si l'état de Mme I est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution ;

11°) à défaut de consolidation indiquer le délai dans lequel Mme I devra être réexaminée en fonction de l'évolution prévisible de son état de santé et préciser, lorsque cela est possible, les dommages prévisibles pour l'évaluation d'une éventuelle provision ;

12°) préciser le montant des dépenses de santé et des frais divers supportés jusqu'à la date de consolidation et évaluer la nature et le montant des dépenses de santé futures, le cas échéant, indiquer quels seront les besoins d'adaptation du logement et du véhicule de Mme I, dire dans quelle mesure elle aura besoin de l'assistance d'une tierce personne ;

13°) préciser la nature et évaluer l'importance de tout autre préjudice patrimonial ou extrapatrimonial dont la requérante ferait état ; donner toute précision utile permettant au tribunal d'apprécier une éventuelle incidence professionnelle du dommage ; et dire notamment si elle est dans l'impossibilité de se livrer à des activités spécifiques de sports, loisirs ;

14°) évaluer chacun de ces préjudices même en l'absence de lien de causalité, de manquement ou de faute ; pour chacun d'entre eux, distinguer la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

15°) distinguer dans les soins supportés par la caisse primaire d'assurance maladie ceux qui auraient incombé en tout état de cause à celle-ci en raison de l'état antérieur de Mme H I ou à toute autre cause, de ceux imputables à l'hôpital de Chambéry ;

16°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

Article 2 : L'intervention de la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme est admise.

Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expertise aura lieu en présence de Mme H I, du centre hospitalier Métropole Savoie et de la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme.

Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 7 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 8 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme H I et à M. A E, au centre hospitalier Métropole Savoie, à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme et aux experts.

Fait à Grenoble, le 21 juin 2023

Le président,

J-P. WYSS

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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