Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301947
mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2301947 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Prt, magistrat désigné R.778-3 |
| Avocat requérant | VIGNERON |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n°2300161 du 13 mars 2023, le tribunal administratif a enjoint au préfet de l'Isère d'assurer l'hébergement de M. D avant le 30 avril 2023, sous astreinte de 500 euros par mois de retard à compter du 1er mai 2023.
Par un mémoire enregistré le 27 mars 2023, le préfet de l'Isère demande au tribunal de constater qu'il a rempli ses obligations et de procéder à la liquidation définitive de l'astreinte.
Il soutient qu'un hébergement a été proposé à M. D et qu'il a refusé car il ne se situait pas à Grenoble.
Par un mémoire enregistré le 7 avril 2023, M. D, représenté par Me Vigneron, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 1 200 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient :
- qu'il n'a pas été informé des conséquences de son refus ;
- qu'il a justifié son refus en raison de l'éloignement du logement proposé de Grenoble et de la rupture de tout lien social qu'il entraînerait ;
- la décision de la commission de médiation le désignant comme prioritaire n'a ainsi pas été exécutée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A ;
- les observations de Me Vigneron, avocat de M. D et de Mme C, représentant le préfet de l'Isère.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignation d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de M. D, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur la demande de liquidation d'astreinte :
2. Aux termes de l'article R. 778-8 du code de justice administrative : " Lorsque le () magistrat désigné à cet effet constate, d'office ou sur la saisine du requérant, que l'injonction prononcée n'a pas été exécutée, il procède à la liquidation de cette astreinte en faveur du fonds prévu par l'article L. 300-2 du code de la construction et de l'habitation. / Le () magistrat désigné à cet effet peut statuer par ordonnance, dans les conditions prévues par le chapitre II du titre IV du livre VII du présent code, après avoir invité les parties à présenter leurs observations sur les modalités de l'exécution de l'injonction prononcée. / Il liquide l'astreinte en tenant compte de la période pendant laquelle, postérieurement à l'expiration du délai imparti par le jugement, l'injonction est demeurée inexécutée par le fait de l'administration. Il peut, compte tenu des circonstances de l'espèce et notamment de la durée de l'inexécution postérieurement au délai initialement fixé, moduler le décompte de l'astreinte voire, à titre exceptionnel, déclarer qu'il n'y a pas lieu de la liquider. ".
3. Par un jugement n° 2300161 du 13 mars 2023, notifié le même jour, le tribunal a prononcé une astreinte de 500 euros par mois de retard, destinée au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement, en application de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, si le préfet de l'Isère ne justifiait pas avoir, à compter du 1er mai 2023, exécuté l'injonction qui lui était faite par cette décision d'assurer l'hébergement de M. D.
4. Il résulte de l'instruction que M. D a refusé la proposition qui lui a été faite le 2 février 2023 d'intégrer une place dans un hébergement d'urgence au CHU le Saint-Hubert à l'Isle d'Abeau.
5. La circonstance que la proposition d'hébergement faite à M. D soit antérieure à l'injonction prononcée par le juge est sans incidence sur l'appréciation du caractère adapté ou non de cet hébergement. Par ailleurs, M. D qui indique être à la rue depuis huit ans et a répondu par écrit à l'offre du préfet, ne pouvait ignorer, dans les circonstances de l'espèce, les conséquences de son refus.
6. M. D fait valoir qu'il ne peut s'éloigner de Grenoble où il vit depuis huit ans, où il a son cercle d'amis et où il fait du bénévolat pour l'association " Les Petits frères des pauvres " depuis 2020. Toutefois, ces circonstances ne permettent pas de caractériser un motif impérieux justifiant le refus d'une place en hébergement d'urgence à l'Isle d'Abeau dans un contexte rappelé à l'audience de saturation des structures d'hébergement dans l'agglomération grenobloise.
7. Dans les circonstances de l'espèce, le préfet de l'Isère, qui a adressé à M. D, une offre d'hébergement adaptée à ses besoins et à ses capacités, conforme aux préconisations de la commission de médiation et à l'injonction du tribunal, doit être regardé comme ayant exécuté le jugement n° 2300161 du 13 mars 2023. Il n'y a, dès lors, pas lieu de procéder à la liquidation de l'astreinte.
8. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions de M. D tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de liquider l'astreinte prononcée à l'encontre de l'Etat par le jugement n° 2300161 du 13 mars 2023.
Article 3 : Les conclusions de M. D tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D, à Me Vigneron et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
Le président,La greffière,
J.-P. AL. Bourechak
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2301947
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