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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303401

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303401

lundi 4 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303401
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantGAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 26 mai 2023 et le 10 octobre 2023, la commune de Beaumont-Monteux, par son maire, représentée par Me Gay demande au juge des référés :

1°) de condamner solidairement les sociétés Atelier d'architecture Brunel Tezier, Delorme Battandier et Manrey à lui verser, en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, une provision d'un montant de 159 556, 98 euros, sur le fondement de la garantie décennale, à raison des désordres affectant la maison des associations, pour laquelle ces sociétés ont la qualité de constructeurs ;

2°) de mettre à la charge solidaire des même une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les désordres sont apparus dès les premières pluies, que le rapport d'expertise judiciaire objective leur étendue et la part de chacun des défendeurs dans les travaux litigieux ; qu'elle fait sienne l'estimation du montant des travaux de reprise proposé par l'expert ; que dès lors sa créance n'est pas sérieusement contestable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2023, la société Manrey représentée par la SCP Seloron-Hutt-Grangeon conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la requérante une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la créance de la requérante est sérieusement contestable, dès lors que le rapport de l'expert ne mentionne pas que les désordres en litige lui seraient imputables, et qu'elle n'a eu aucune part dans la réalisation des bacs acier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2023, la société Delorme Battandier représentée par Me Locatelli conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que les deux autres défendeurs la garantissent de toute condamnation, et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la créance de la requérante est sérieusement contestable, dès lors que le rapport de l'expert ne mentionne pas que les désordres en litige lui seraient imputables, et que la verrière qu'elle a posée ne pose pas par elle-même de problème d'étanchéité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2023, la SAS Atelier Rosier di Vito Rosette, nouveau nom de l'Atelier d'architecture Brunel Tezier, représentée par Me L'Hostis conclut au rejet de la requête ; à titre subsidiaire à ce que la condamnation soit limitée à la somme de 54 500 euros ; à la condamnation de la société Métallerie Lamande Ponce et son assureur l'Auxiliaire à la garantir de toute condamnation liée au bac acier ou à la toiture, de la société Manrey de même pour la casquette béton, de la société Delorme Battandier de même pour le vantail de la porte d'entrée, des sociétés MMA IARD et MMA Assurances Mutuelles, assureurs de la menuiserie Fournier, de même au titre des couvertines, de condamner les sociétés La Corps, MMA IARD et MMA Assurances Mutuelles à la garantir de toutes condamnations ; et à ce que soit mis à la charge de la requérante, ou à défaut de toutes les sociétés précédemment nommées, une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Elle soutient que le rapport de l'expert l'exonère de toute faute, qu'elle n'était pas tenue d'être présente tous les jours sur les chantiers, qu'à titre subsidiaire elle appelle en garantie les sociétés susmentionnées et demande que le coût des travaux de reprise soit minoré.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2023, les sociétés MMA et MMA IARD représentées par Me Maamma concluent au rejet des conclusions subsidiaires présentées à leur encontre par l'Atelier d'architecture Brunel Tezier, et à ce que soit mise à la charge de ce dernier une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Elle soutient que le juge administratif est incompétent pour statuer sur cette demande ; que l'expert a écarté toute imputabilité des désordres à ses assurés les sociétés Fournier et Gamon.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code des assurances ;

- le CCAG Travaux du 8 septembre 2009 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. "

2. La commune de Beaumont-Monteux a conclu des marchés publics pour la construction de la maison des associations. Un groupement, composé notamment de l'Atelier d'architecture Brunel Tezier, mandataire, a été désigné comme maître d'œuvre. Les sociétés Manrey et Delorme Battandier ont été retenues comme titulaires, respectivement, des lots n° 4 " Etanchéité " et n° 5 " Métallerie et menuiseries extérieures ".

3. Le maître d'ouvrage a prononcé le 20 février 2014 la réception des travaux avec des réserves, levées le 16 juin 2014. Des infiltrations d'eau lors d'épisodes pluvieux ont été constatées ultérieurement, et ont persisté malgré divers travaux exécutés amiablement.

4. A la demande de la commune et par ordonnance du 14 décembre 2020, le président de ce tribunal a désigné M. B comme expert, lequel a déposé son rapport le 20 février 2023.

5. Pour demander la condamnation des défendeurs au paiement d'une provision, la commune de Beaumont-Monteux fait valoir, sur le fondement de la garantie décennale, que les désordres provoqués par les infiltrations d'eau, non visibles à la réception, compromettent la solidité de l'ouvrage et le rendent impropre à sa destination. Elle soutient donc que ces désordres sont imputables aux défendeurs qu'elle a attrait à la cause et que la créance qu'elle revendique à son profit n'est pas sérieusement contestable.

Sur l'imputabilité :

En ce qui concerne les infiltrations d'eau en toiture :

6. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert, que les infiltrations sont dues à un défaut d'étanchéité des toitures couvertes en bac acier, à raison notamment de manque de joints et de fixations intermédiaires, de défauts de raccordement au faitage, d'un recouvrement insuffisant, et d'une armature n'empêchant pas une déformation des bacs acier par grand vent. La commune soutient que ces désordres sont imputables à l'architecte, qui a conçu le système de gestion des eaux pluviales en toiture, et qui était en charge du suivi du chantier, et à la société Delorme Battandier, qui a réalisé les travaux.

7. La société Delorme Battandier fait cependant valoir qu'elle n'était en charge que du lot " Métallerie et menuiseries extérieures ", alors que le désordre est dû à la réalisation des travaux par la société Lamande Ponce, chargée du lot " Bacs acier " et qu'il ne lui est donc pas imputable. Par suite, la créance revendiquée par la commune sur cette société et à ce titre ne peut être regardée comme non sérieusement contestable.

8. La SAS Atelier Rosier di Vito Rosette, nouveau nom de l'Atelier d'architecture Brunel Tezier, fait valoir qu'elle n'a commis aucune faute dans la conception ou le suivi du chantier, sur lequel elle n'était pas tenue d'être présente chaque jour, et que les défauts de pose par telle ou telle société ne pouvaient être décelés qu'au jour de la pose. Cependant, à supposer même qu'elle n'ait commis aucune faute, elle ne conteste pas que ces désordres lui sont imputables.

En ce qui concerne la verrière :

9. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert, que la verrière connait un décrochement en partie basse et ne comporte pas de caniveau à sa jonction avec les bacs acier. La commune soutient que ces désordres sont imputables à l'architecte, qui a conçu la verrière et son mode de raccordement à la toiture, et qui était en charge du suivi du chantier, et à la société Delorme Battandier, qui a réalisé les travaux.

10. La société Delorme Battandier fait cependant valoir qu'elle n'était en charge que du lot " Métallerie et menuiseries extérieures ", qui certes comportait la pose de la verrière, alors que le désordre est dû à la mauvaise réalisation des travaux par la société Lamande Ponce, chargée du lot " Bacs acier ", et à qui selon elle incombait la liaison étanche entre la verrière et le reste du bâtiment. La société Delorme Battandier fait ainsi valoir que le désordre ne lui est pas imputable. Par suite, la créance revendiquée par la commune sur cette société et à ce titre ne peut être regardée comme non sérieusement contestable.

11. La SAS Atelier Rosier di Vito Rosette fait valoir qu'elle n'a commis aucune faute dans la conception ou le suivi du chantier, sur lequel elle n'était pas tenue d'être présente chaque jour, et que les défauts de pose par telle ou telle société ne pouvaient être décelés qu'au jour de la pose. Cependant, à supposer même qu'elle n'ait commis aucune faute, elle ne conteste pas que ces désordres lui sont imputables.

En ce qui concerne les fissures en toiture :

12. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert, que deux fissures se situent à la liaison de murs en toiture et favorisent les infiltrations d'eau. La commune soutient que ces désordres sont imputables à l'architecte, en charge de l'élaboration du projet et du suivi du chantier.

13. La SAS Atelier Rosier di Vito Rosette fait valoir qu'elle n'a commis aucune faute dans la conception ou le suivi du chantier, sur lequel elle n'était pas tenue d'être présente chaque jour. Cependant, à supposer même qu'elle n'ait commis aucune faute, elle ne conteste pas que ces désordres lui sont imputables.

En ce qui concerne la dégradation de la corniche :

14. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert, que l'étanchéité mise en place au niveau de la corniche s'est fortement dégradée et n'assure plus son rôle, alors qu'aucun dispositif de collecte des eaux de pluie n'a été prévu au niveau de l'entrée du bâtiment.

15. La commune soutient que ces désordres sont imputables à l'architecte, en charge de la conception du projet et du suivi du chantier, et à la société Manrey, qui a réalisé les travaux. Cette dernière fait valoir cependant, en se fondant sur le rapport de l'expert, que le désordre causé par cette dégradation de l'étanchéité ne crée qu'un préjudice esthétique, n'emporte par lui-même aucune conséquence sur l'habitabilité de l'ouvrage et qu'il est sans lien avec les désordres constatés à l'intérieur. Par suite, la créance revendiquée par la commune à ce titre et sur le fondement de la garantie décennale ne peut être regardée comme non sérieusement contestable.

16. Il résulte de ce qui précède que les désordres en litige, hormis ceux liés à la dégradation de la corniche, doivent être regardés comme imputables à la SAS Atelier Rosier di Vito Rosette, et que la créance consécutive revendiquée par la commune sur ladite SAS doit être regardée dans son principe comme non sérieusement contestable.

Sur le montant des travaux de reprise des désordres :

17. La commune estime le montant des travaux de reprise à la somme de 159 556, 98 euros. Toutefois, la SAS Atelier Rosier di Vito Rosette fait valoir que diverses sommes doivent être déduites de ce montant.

18. Le désordre lié à la corniche ne paraissant pas de nature décennale, comme il a été dit au point 15, la créance revendiquée par la commune pour les travaux de reprise à hauteur de 18 178, 08 euros et de réparation de l'interphone à hauteur de 2 423, 29 euros, n'apparait pas comme non sérieusement contestable.

19. La SAS Atelier Rosier di Vito Rosette soutient également que les travaux de dépose et repose du vantail d'entrée, à hauteur de 1 428 euros, sont sans lien avec les désordres en litige, et ne sont pas retenus par l'expert. La commune, en se bornant à mentionner ce travail, n'établit pas par cette seule affirmation qu'elle détient de ce fait une créance non sérieusement contestable sur ladite SAS.

20. Si la SAS Atelier Rosier di Vito Rosette affirme également que la réalisation de couvertines, retenue par l'expert, pour un montant de 2 375,56 euros, constituerait une plus-value pour l'ouvrage, à déduire donc des travaux de reprise, elle ne produit aucun élément au soutien de cette affirmation, alors que ces couvertines sont nécessaires pour protéger la tête de bardage et ne constituent donc pas une amélioration de l'ouvrage. La créance à ce titre ne parait donc pas sérieusement contestable.

21. Enfin, la SAS Atelier Rosier di Vito Rosette fait valoir que le coût des travaux de reprise des parquets et des peintures intérieures doit être affecté d'un coefficient de vétusté respectivement de 50% et 80 %, pour tenir compte de l'usure normale qu'aurait connu un tel équipement en service depuis 2014. En faisant application de ces coefficients au devis mentionné au dossier et non sérieusement discuté, le coût des travaux se monte à 8 910 euros pour le parquet et 11 258, 45 euros pour les peintures. Il y a donc lieu de de considérer comme non sérieusement contestable la créance de la commune à ce titre à hauteur seulement de 20 168, 45 euros.

22. Il résulte de ce qui précède que la créance de la commune sur la SAS Atelier Rosier di Vito Rosette apparait comme non sérieusement contestable seulement à hauteur de 83 563,82 euros.

Sur les appels en garantie formés à titre subsidiaire par la SAS Atelier Rosier di Vito Rosette

En ce qui concerne la compétence du juge administratif :

23. La SAS Atelier Rosier di Vito Rosette appelle en garantie les sociétés d'assurance L'Auxiliaire, MMA IARD et MMA Assurances Mutuelles.

24 . Si l'action directe ouverte par l'article L.124-3 du code des assurances à la victime d'un dommage ou à l'assureur de celle-ci subrogé dans ses droits, contre l'assureur de l'auteur responsable du sinistre, tend à la réparation du préjudice subi par la victime, elle se distingue de l'action en responsabilité contre l'auteur du dommage en ce qu'elle poursuit l'exécution de l'obligation de réparer qui pèse sur l'assureur en vertu du contrat d'assurance. Il s'ensuit qu'il n'appartient qu'aux juridictions de l'ordre judiciaire de connaître des actions tendant au paiement des sommes dues par un assureur au titre de ses obligations de droit privé, alors même que l'appréciation de la responsabilité de son assuré dans la réalisation du fait dommageable relèverait de la juridiction administrative.

25. Par suite, comme le font valoir les sociétés MMA IARD et MMA Assurances Mutuelles, les conclusions dirigées contre les assureurs doivent être rejetées comme présentées devant une juridiction incompétente.

Sur les conclusions dirigées contre la société Métallerie Lamande et Ponce :

26. Il résulte des propres écritures de la SAS Atelier Rosier di Vito Rosette que la société Métallerie Lamande et Ponce a fait l'objet d'une procédure de liquidation judiciaire par jugement du tribunal de commerce de Romans-sur-Isère le 16 avril 2014, puis d'un jugement de liquidation pour insuffisance d'actifs le 15 octobre 2018. Par suite, les conclusions présentées contre une personne morale qui n'existe plus ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions dirigées contre la société Gamon :

27. Si la SAS Atelier Rosier di Vito Rosette appelle en garantie cette société pour une partie des désordres, elle n'allègue aucune faute à son encontre. Par suite l'appel en garantie ne peut qu'être rejeté.

Sur les conclusions dirigées contre le bureau d'études La Corps :

28. Si la SAS Atelier Rosier di Vito Rosette appelle en garantie ce bureau d'études, elle n'allègue aucune faute à son encontre, et soutient même de ses propres écritures que ledit bureau n'aurait commis aucune faute. Par suite l'appel en garantie ne peut qu'être rejeté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

29. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

30. Ces dispositions font obstacle aux conclusions dirigées contre la commune de Beaumont-Monteux qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SAS Atelier Rosier di Vito Rosette des sommes de 1 000 euros à verser d'une part à la commune de Beaumont-Monteux, d'autre part aux sociétés MMA IARD et MMA Assurances Mutuelles, et de rejeter les conclusions présentées sur le même fondement par les autres défendeurs.

O R D O N N E :

Article 1er : La SAS Atelier Rosier di Vito Rosette est condamnée à verser à la commune de Beaumont-Monteux une provision d'un montant de 83 563,82 euros.

Article 2 : La SAS Atelier Rosier di Vito Rosette versera à la commune de Beaumont-Monteux la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La SAS Atelier Rosier di Vito Rosette versera aux sociétés MMA IARD et MMA Assurances Mutuelles la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée aux sociétés Delorme Battandier, Manrey, MMA IARD et MMA Assurances Mutuelles, L'Auxiliaire, Gamon, Métallerie Lamande et Ponce, au bureau d'études La Corps, à la SAS Atelier Rosier di Vito Rosette et à la commune de Beaumont-Monteux.

Fait à Grenoble, le 4 décembre 2023.

Le juge des référés,

F. A

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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