vendredi 18 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2303920 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SELARL LIGAS-RAYMOND PETIT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 juin 2023, M. E A, représenté par Me Harmli, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner une expertise confiée à un expert spécialisé en chirurgie du pied sur le fondement des articles L.3111-9, L.1142-22, L.3111-9, R.3111-27, R.3111-33, L.3111-2 du code de la santé publique ;
2°) de donner mission à l'expert de déterminer si des manquements ont été commis par les hôpitaux du Léman, notamment un défaut de diagnostic ;
3°) de donner mission à l'expert d'évaluer tous les préjudices subis selon la nomenclature Dintilhac.
Il soutient que :
- il a consulté le 9 novembre 2022 le service des urgences des hôpitaux du Léman pour une douleur au tendon d'Achille qu'il avait senti " craquer " lors d'une séance de football ;
- une échographie aurait mis en évidence une rupture du tendon d'Achille gauche ;
- il est retourné à son domicile avec une immobilisation par attelle plâtrée, traitement anticoagulant et antalgique ;
- il a consulté le 20 décembre 2022 le centre médical du Chablais en raison d'une aggravation des douleurs, qui a révélé une lésion complète du tendon achiléen.
- les hôpitaux du Léman ont commis une erreur dans le diagnostic ce qui lui a occasionné de nombreux préjudices ;
- il a de nouveau consulté le Dr B exerçant au sein des hôpitaux du Léman et a été contraint de poursuivre des séances de rééducation plus longtemps et qui sont actuellement toujours en cours ;
- il a adressé le 7 avril 2023, une demande d'indemnisation amiable aux hôpitaux du Léman qui ont refusé de faire droit à sa demande ;
- un certificat du kinésithérapeute daté du 14 juin 2023 note la persistance d'un déficit
fonctionnel et préconise la poursuite des séances, seul remède désormais possible ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM), représenté par Me Saidji, demande au juge des référés :
1°) à titre principal, de le mettre hors de cause ;
2°) à titre subsidiaire, de dire qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée tout en émettant les protestations et réserves d'usage ;
3°) de compléter la mission de l'expert selon ses dires.
Il soutient que :
- les préjudices subis par M. A ont pour origine la survenue d'une rupture du tendon d'Achille gauche, à la suite d'un effort physique ;
- il ne justifie pas à quel titre l'Oniam serait susceptible d'intervenir dans cette affaire ;
- il n'invoque aucune complication susceptible de représenter un accident médical non fautif ;
- l'indemnisation des dommages dont M. A a souffert ne relève pas du champ d'intervention de l'Oniam ;
Par un mémoire, enregistré le 29 juin 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire ne s'oppose pas à la mesure d'expertise.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 juillet 2023, les hôpitaux du Léman représentés par Me Ligas-Raymond demandent au juge des référés :
1°) de donner acte de ce qu'ils contestent toute responsabilité qui leur serait imputée ;
2°) de donner acte de ce qu'ils ne s'opposent pas à la mesure d'expertise sollicitée, sous réserve de compléter la mission de l'expert ;
3°) de dire et juger que l'expert judiciaire ne pourra convoquer les parties tant que le relevé des débours de l'organisme de sécurité sociale n'aura pas été communiqué ;
4°) de dire que l'expert déposera avant son rapport définitif, un pré-rapport afin de permettre aux parties de faire valoir leurs éventuelles observations sous forme de dires dans un délai minimal de 40 jours ;
5°) de dire et juger que l'expert devra déterminer les débours et frais médicaux en relation directe et exclusive avec cet éventuel défaut de surveillance en les distinguant expressément de ceux imputables à l'état initial ;
6°) de dire que la mesure d'expertise aura lieu aux frais avancés de M. A ;
7°) de réserver les dépens.
Ils soutiennent que :
- en l'état de leur information et des pièces du dossier, ils entendent contester toute responsabilité qui leur serait imputée ;
- la mission de l'expert devra avoir pour objet la recherche d'un manquement aux règles de l'art pouvant être reproché à ses services ; et dans cette éventualité, de déterminer les préjudices strictement imputables à ce manquement en les distinguant des conséquences normalement prévisibles de la pathologie initiale, à l'exclusion de tout état antérieur et de toute cause étrangère ;
- l'expert devra déterminer si le retard de diagnostic a été à l'origine d'une perte de chance pour M. A ;
- il devra déterminer les débours et frais médicaux en relation directe et exclusive avec cet éventuel manquement en les distinguant expressément de ceux imputables à l'état initial de M. A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".
2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.
3. Il résulte de l'instruction que M. A a été admis aux hôpitaux du Léman suite à un craquement du tendon d'Achille lors d'une séance de football le 9 novembre 2022. Il a ensuite rapidement regagné son domicile situé à Evian. Il a consulté par la suite au sein du même établissement un praticien qui lui a préconisé la poursuite d'un traitement orthopédique. Le 20 décembre 2022, au vu des douleurs persistantes, il lui est diagnostiqué lors d'une échographie prescrite au sein du centre médical du Chablais, une rupture complète du talon d'Achille.
4. La demande d'expertise présentée par M. A, relative aux conditions de sa prise en charge au sein des hôpitaux du Léman, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur la demande de mise hors de cause de l'Oniam :
5. En l'état du dossier, la présence de l'Oniam aux opérations d'expertise n'apparait pas inutile pour le bon déroulement de l'expertise. Il y a donc lieu de rejeter sa demande de mise hors de cause.
Sur la demande des hôpitaux du Léman tendant à la production du relevé des débours et frais médicaux de la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire :
6. En l'état de l'instruction, la production du relevé détaillé des débours et frais médicaux de la caisse primaire d'assurance maladie ne présente pas un caractère d'utilité eu égard à la mission de l'expert telle que fixée par la présente ordonnance. Il appartiendra à l'expert de la solliciter, s'il l'estime nécessaire. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions tendant à la communication de ce relevé.
Sur les autres conclusions :
7. L'expert est tenu, entre autres, d'informer les parties de ses constatations, de recueillir leurs dires et d'en faire état dans son rapport. S'il lui est loisible de communiquer aux parties un pré-rapport aux fins de recueillir leurs observations, aucune disposition législative ou réglementaire applicable devant le juge administratif ne permet de lui imposer cette formalité.
8. En application des dispositions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative, il appartiendra à l'expert désigné, s'il le juge utile, de demander au président du tribunal l'autorisation de s'adjoindre un sapiteur.
9. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, les frais de l'expertise seront liquidés et taxés par ordonnance laquelle désignera la partie qui les supportera.
ORDONNE :
Article 1er : Le docteur D C, domicilié 3680 rue de l'hôpital à Sallanches (74700), est désigné comme expert avec pour mission de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. A et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de sa prise en charge aux hôpitaux du Léman ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. A, ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;
2°) décrire l'état de santé de M. A et les soins et prescriptions antérieurs à son admission à l'hôpital, ainsi que les conditions dans lesquelles il a été prise en charge et soigné dans cet établissement ;
3°) préciser l'état actuel de M. A et se prononcer sur l'origine de cet état ; en cas de pluralité de causes, indiquer les conséquences de chacune et, le cas échéant, proposer au tribunal, un partage en termes de pourcentages ;
4°) donner son avis sur la prise en charge de M. A aux hôpitaux du Léman, dire si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et données acquises de la science à l'époque des faits, et s'ils étaient pertinents, adaptés à l'état de M. A et aux symptômes qu'il présentait, et exécutés conformément aux règles de l'art ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier et l'utilité des gestes opératoires pratiqués ;
5°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements dans les actes médicaux, les actes de soins ou dans l'organisation des services ont été commis lors de la prise en charge de M. A; le cas échéant, indiquer dans quelle mesure ces manquements ont concouru à la survenance du dommage ou ont fait perdre à M. A une chance d'éviter la survenue du dommage et, dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue en distinguant le pourcentage imputable aux diverses causes établies ;
6°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir s'il y a eu manquement à l'obligation d'information à l'égard du requérant ;
7°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de M. A, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché aux hôpitaux de Léman, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;
8°) déterminer la date de consolidation de l'état physique de M. A, l'importance et la durée du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, du préjudice esthétique temporaire, du déficit fonctionnel permanent, du préjudice esthétique permanent ou de tout autre préjudice extrapatrimonial dont celui-ci ferait état ; dire si l'état de M. A est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution ;
9°) à défaut de consolidation indiquer le délai dans lequel M. A devra être réexaminé en fonction de l'évolution prévisible de son état de santé et préciser, lorsque cela est possible, les dommages prévisibles pour l'évaluation d'une éventuelle provision ;
10°) préciser le montant des dépenses de santé et des frais divers supportés jusqu'à la date de consolidation et évaluer la nature et le montant des dépenses de santé futures, le cas échéant, indiquer quels seront les besoins d'adaptation du logement et du véhicule de M. A, dire dans quelle mesure il aura besoin de l'assistance d'une tierce personne ;
11°) préciser la nature et évaluer l'importance de tout autre préjudice patrimonial ou extrapatrimonial dont le requérant ferait état ; donner toute précision utile permettant au tribunal d'apprécier une éventuelle incidence professionnelle du dommage ; et dire notamment s'il est dans l'impossibilité de se livrer à des activités spécifiques de sports, loisirs ;
12°) évaluer chacun de ces préjudices même en l'absence de lien de causalité, de manquement ou de faute ; pour chacun d'entre eux, distinguer la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;
13°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;
14°) tenter de parvenir à un accord entre les parties, si possible.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de M. A, des hôpitaux du Léman, de l'Oniam et de la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire.
Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme France transfert dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.
Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E A, aux hôpitaux du Léman, à l'Oniam, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire et à l'expert.
Fait à Grenoble, le 18 août 2023.
Le Président,
Jean-Paul Wyss
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
N°2303920
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026