jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2304167 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | MARCEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 juin 2023, M. B A, représenté par Me Marcel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2022 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " sous astreinte définitive de 100 euros par jour de retard et, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du prononcé du jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en même temps que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 août 2023, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 3 avril 2023.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pfauwadel,
- les observations de Me Marcel, avocate de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant guinéen né le 16 juin 2004, a déclaré être entré en France le 28 décembre 2018. Il a été confié le 15 janvier 2019 au service de l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance de placement provisoire et a fait l'objet d'un jugement en assistance éducative le 1er février 2019. Il a été placé sous tutelle d'Etat par le juge des tutelles pour mineurs par une ordonnance du 23 septembre 2019 et une ordonnance rectificative du 25 février 2020. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 novembre 2022, le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer le titre sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :
2. L'arrêté attaqué énonce, avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait sur lesquelles repose la décision portant refus de séjour. Il ressort de ses termes que le préfet de la Savoie a examiné la situation personnelle de M. A telle qu'elle avait été portée à la connaissance de l'administration. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit par suite être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".
4. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le juge de l'excès de pouvoir exerce sur cette appréciation un entier contrôle.
5. Il ressort de la décision attaquée que pour refuser de délivrer à M. A un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées, le préfet de la Savoie a notamment relevé que s'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance avant l'âge de seize ans, il ne justifie pas d'une vie privée et familiale ancrée dans la durée en France, ni d'une insertion particulière dans la société française malgré l'obtention d'un CAP " commercialisation et services en hôtel-café-restaurant " en 2021, qu'il ne justifie pas du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, qu'il ne justifie pas être isolé dans son pays d'origine où réside toute sa famille, qu'il a déclaré avoir été en contact avec sa mère via l'application WhatsApp, que ses proches lui ont transmis des documents d'état civil, qu'il a indiqué ne plus avoir de contact avec sa famille depuis 2020, il n'en justifie pas et qu'ainsi il n'établit pas être démuni d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où il a été scolarisé quelques temps et où il a vécu la majeure partie de sa vie. Le préfet relève également que s'il s'est inscrit pour l'année 2021/2022 en deuxième année de CAP " cuisine ", son bulletin du premier semestre pour cette année fait état de ce que ses présences étaient aléatoires et que son comportement révélait un manque d'investissement et de volonté dans son travail, qu'il n'a pas obtenu son diplôme et qu'il ne justifie d'aucune inscription pour l'année suivante. Enfin, l'arrêté précise également que le rapport de la structure d'accueil du 19 avril 2022 mentionne le manque d'investissement de l'intéressé dans ses études ainsi que l'avis défavorable qui avait été émis par les services de la police aux frontières le 23 octobre 2020 à l'égard de l'extrait des registres de l'état civil et du jugement supplétif qu'il avait présentés.
6. S'il ressort des pièces du dossier que M. A a obtenu son certificat d'aptitude professionnelle " commercialisation et services en hôtel-café-restaurant " en 2021, il n'a toutefois pas obtenu son certificat d'aptitude professionnelle " cuisine " en juin 2022 et a été, au cours du premier semestre de l'année scolaire 2021-2022 absent de façon injustifiée révélant une motivation aléatoire pour la formation suivie. Les appréciations sur le bulletin scolaire produit par le préfet confirment un manque d'investissement. Le requérant ne conteste pas ces affirmations et ne justifie pas d'une nouvelle inscription en CAP au titre de l'année scolaire 2022/2023.
7. Par ailleurs, si le requérant indique ne plus avoir de contacts avec sa famille en Guinée, il ne peut être regardé comme dépourvu de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine, où résident ses parents et sa sœur, alors qu'il a obtenu un jugement supplétif, en date du 20 février 2020, rendu à la suite d'une requête introduite par son père.
8. Enfin, pour écarter la valeur probante et l'authenticité de documents d'état civil de M. A, le préfet de la Savoie s'est fondé sur le rapport du service de la police aux frontières territorial de Chambéry émis le 23 octobre 2020, postérieurement à l'ordonnance de placement sous tutelle d'Etat par le juge des tutelles pour mineurs mentionnée au point 1, qui a émis un avis défavorable en raison de l'absence de certaines mentions obligatoires, l'absence de légalisation et de formalisme (absence de numéro d'identification et dates, nom et prénoms mentionnées dans une forme irrégulière au regard de la législation guinéenne, absence de légalisation par l'ambassade de France en Guinée). Le préfet de la Savoie a pu ainsi considérer que ces éléments extérieurs étaient suffisamment précis et probants pour établir le caractère frauduleux des documents présentés par l'intéressé, et a en conséquence estimer que M. A n'entrait pas dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces circonstances, le préfet de la Savoie pouvait pour ces motifs prendre une décision de refus de séjour. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".
10. M. A est présent sur le territoire français depuis environ quatre ans à la date de la décision attaquée et une partie de sa famille réside dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, la décision portant refus de titre de séjour attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Savoie aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
12. Compte tenu de ce qui précède, M. A n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.
13. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, qui reprennent ce qui a été précédemment développé à l'appui des conclusions tendant à l'annulation du refus de titre de séjour, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés.
Sur le pays de destination :
14. Compte tenu de ce qui précède, M. A n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre le pays de destination.
15. Si le requérant soutient qu'il ne pourrait poursuivre sa scolarité en Guinée et qu'il ne retrouverait pas de perspectives professionnelles, il n'est pas pour autant fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est entachée de ce fait d'une erreur manifeste d'appréciation.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A aux fins d'annulation de l'arrêté du 28 novembre 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées, de même que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Marcel et au préfet de la Savoie.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Bailleul, première conseillère,
Mme Permingeat, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
Le président rapporteur,
T. Pfauwadel
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
C. Bailleul
Le greffier,
G. Morand
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01300
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01592
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01849
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01908
31/03/2026