mardi 26 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2304300 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SELARL LIGAS-RAYMOND PETIT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2023, Mme D B représentée par Me Ayati, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, relative aux conditions de sa prise en charge ainsi que celle de son fils A C au sein du centre hospitalier universitaire de Grenoble Alpes à compter du 18 juillet 2022 ;
2°) de juger que le ou les experts désignés pourront s'adjoindre les services de tout sapiteur, y compris de tout interprète pour les assister le jour des expertises respectives de Mme B et de A C, Mme B s'exprimant en macédonien ;
3°) de juger opposable à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Isère l'ordonnance à intervenir ;
4°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Grenoble Alpes à payer à Me Ayati, la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Ils soutiennent que :
- Mme D B s'est présentée au centre hospitalier universitaire de Grenoble Alpes le 18 juillet 2023 pour accoucher de son troisième enfant ;
- les médecins ont tenté de la faire accoucher par voie basse ;
- une bradycardie profonde ainsi qu'une rupture utérine ont motivé une césarienne " code rouge " en urgence avec constatation de plusieurs traits de déchirure utérine ;
- son fils A C, né le 19 juillet 2022, présentait une embarrure pariétale droite importante (enfoncement de la voûte crânienne) ;
- la fracture survenue lors de l'accouchement a nécessité une opération du crâne de son fils nouveau-né sous anesthésie générale avec intubation endotrachéale à seulement trois heures de vie ; son hospitalisation a été marquée par une suspicion d'infection ayant nécessité 48 heures d'antibiothérapie ;
- elle a présenté suite à son accouchement des pertes très importantes au niveau vaginal ainsi que des fuites urinaires ;
- elle a consulté plus de deux mois après son accouchement des médecins dont le dernier en date indiquait qu'elle avait présenté une fistule entre l'uretère droit et le vagin ;
- une intervention a été réalisée en novembre 2022 pour une opacification vésicale post réimplantation urétérale ;
- l'expertise sollicitée est par suite utile pour lui permettre de déposer un recours au fond.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2023, le centre hospitalier universitaire de Grenoble Alpes, représenté par Me Ligas-Raymond, demande au juge des référés :
1°) de lui donner acte qu'il conteste toute responsabilité pouvant lui être imputée ;
2°) de lui donner acte qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée sous réserve de compléter la mission de l'expert ;
3°) de dire et juger que l'expert devra déterminer les débours et frais médicaux en relation directe et exclusive avec cet éventuel défaut de surveillance en les distinguant expressément de ceux imputables à l'état initial ;
4°) de dire et juger que l'expert judiciaire ne pourra convoquer les parties tant que le relevé des débours de l'organisme de sécurité sociale n'aura pas été communiqué ;
5°) de dire que l'expert déposera avant son rapport définitif, un pré-rapport afin de permettre aux parties de faire valoir leurs éventuelles observations sous forme de dires ;
6°) de dire que la mesure d'expertise aura lieu aux frais avancés de Mme B ;
7°) de débouter Mme B de toute demande formulée en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, aucune responsabilité du centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes n'ayant été mise en évidence ;
8°) de réserver les dépens.
Il soutient que :
- il n'entend pas s'opposer à la mesure d'expertise mais émet les réserves d'usage ;
- la mission de l'expert devra avoir pour objet la recherche d'un manquement aux règles de l'art pouvant être reproché à ses services ; et dans cette éventualité, de déterminer les préjudices strictement imputables à ce manquement en les distinguant des conséquences normalement prévisibles de la pathologie initiale, à l'exclusion de tout état antérieur et de toute cause étrangère ;
- l'expert devra déterminer si le retard de diagnostic a été à l'origine d'une perte de chance pour Mme B ;
- il devra déterminer les débours et frais médicaux en relation directe et exclusive avec cet éventuel manquement en les distinguant expressément de ceux imputables à l'état initial de Mme B ;
Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2023, la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée tout en émettant les protestations et réserves d'usage ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".
2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.
3. Il résulte de l'instruction que Mme B a été admise au centre hospitalier universitaire de Grenoble Alpes afin d'accoucher de son troisième enfant A. L'accouchement par voie basse n'ayant pas pu se faire en raison d'une bradycardie profonde et d'une rupture utérine, une césarienne " code rouge " a ainsi été pratiquée. L'enfant nouvellement né a présenté une fracture plurifocale de l'os pariétal droit, et a ensuite été transféré dans le service de néonatologie pour y subir une opération du crâne à seulement trois heures de vie. Mme B a présenté ensuite de son accouchement, des fuites urinaires ainsi que d'importantes pertes au niveau vaginal nécessitant ainsi un geste de réimplantation urétéro-vésicale.
4. La demande d'expertise présentée par Mme B pour elle et son fils, relative aux conditions de leur prise en charge au sein du centre hospitalier universitaire de Grenoble Alpes, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur la demande du centre hospitalier universitaire de Grenoble Alpes tendant à la production du relevé des débours et frais médicaux de la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône :
5. En l'état de l'instruction, la production du relevé détaillé des débours et frais médicaux de la caisse primaire d'assurance maladie ne présente pas un caractère d'utilité eu égard à la mission de l'expert telle que fixée par la présente ordonnance. Il appartiendra à l'expert de la solliciter, s'il l'estime nécessaire. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions tendant à la communication de ce relevé.
6. L'expert est tenu, entre autres, d'informer les parties de ses constatations, de recueillir leurs dires et d'en faire état dans son rapport. S'il lui est loisible de communiquer aux parties un pré-rapport aux fins de recueillir leurs observations, aucune disposition législative ou réglementaire applicable devant le juge administratif ne permet de lui imposer cette formalité.
7. En application des dispositions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative, il appartiendra à l'expert désigné, s'il le juge utile, de demander au président du tribunal l'autorisation de s'adjoindre un sapiteur.
8. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative,
les frais de l'expertise seront liquidés et taxés par ordonnance laquelle désignera la partie qui les
supportera. Par conséquent, les conclusions du centre hospitalier universitaire de Grenoble Alpes tendant à mettre à la charge de la requérante les frais d'expertise doivent être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : Les docteurs Gauthier Chêne, domicilié 16 avenue de Grande Bretagne à Lyon et Corinne Chantegret, domiciliée au CHU de Dijon, sont désignés comme experts avec pour mission de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme B et de A C et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle et son fils lors de sa prise en charge à l'hôpital ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme B et son fils, ainsi qu'éventuellement à leur examen clinique ;
2°) décrire l'état de santé de Mme B et les soins et prescriptions antérieurs à son admission à l'hôpital, ainsi que les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement ;
3°) préciser l'état actuel de Mme B et de A C et se prononcer sur l'origine de cet état ; en cas de pluralité de causes, indiquer les conséquences de chacune et, le cas échéant, proposer au tribunal, un partage en termes de pourcentages ;
4°) donner son avis sur la prise en charge de Mme B et de A C au centre hospitalier universitaire de Grenoble Alpes, dire si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et données acquises de la science à l'époque des faits, et s'ils étaient pertinents, adaptés à l'état de Mme B et de A C et aux symptômes qu'ils présentaient, et exécutés conformément aux règles de l'art ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier et l'utilité des gestes opératoires pratiqués;
5°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements dans les actes médicaux, les actes de soins ou dans l'organisation des services ont été commis lors de la prise en charge de Mme B et de A C; le cas échéant, indiquer dans quelle mesure ces manquements ont concouru à la survenance du dommage ou ont fait perdre à Mme B et A C une chance d'éviter la survenue du dommage et, dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue en distinguant le pourcentage imputable aux diverses causes établies ;
6°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir s'il y a eu manquement à l'obligation d'information à l'égard des requérants ;
7°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de Mme B et de A C , ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché au centre hospitalier universitaire de Grenoble Alpes, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;
8°) déterminer la date de consolidation de l'état physique de Mme B et de A. C, l'importance et la durée du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, du préjudice esthétique temporaire, du déficit fonctionnel permanent, du préjudice esthétique permanent ou de tout autre préjudice extrapatrimonial dont celle-ci ferait état ; dire si l'état de M. Mme B et de A C est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution ;
9°) à défaut de consolidation indiquer le délai dans lequel Mme B et A C devront être réexaminés en fonction de l'évolution prévisible de leur état de santé et préciser, lorsque cela est possible, les dommages prévisibles pour l'évaluation d'une éventuelle provision ;
10°) préciser le montant des dépenses de santé et des frais divers supportés jusqu'à la date de consolidation et évaluer la nature et le montant des dépenses de santé futures, le cas échéant, indiquer quels seront les besoins d'adaptation du logement et du véhicule de Mme B et de A C, dire dans quelle mesure ils auront besoin de l'assistance d'une tierce personne ;
11°) préciser la nature et évaluer l'importance de tout autre préjudice patrimonial ou extrapatrimonial dont la requérante ferait état ; donner toute précision utile permettant au tribunal d'apprécier une éventuelle incidence professionnelle du dommage ; et dire notamment si elle est dans l'impossibilité de se livrer à des activités spécifiques de sports, loisirs ;
12°) évaluer chacun de ces préjudices même en l'absence de lien de causalité, de manquement ou de faute ; pour chacun d'entre eux, distinguer la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;
13°) distinguer dans les soins supportés par la caisse primaire d'assurance maladie ceux qui auraient incombé en tout état de cause à celle-ci en raison de l'état antérieur de Mme B et de A C ou à toute autre cause, de ceux imputables à l'intervention pratiquée en juillet et novembre 2022 ;
14°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;
15°) tenter de parvenir à un accord entre les parties, si possible.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de Mme B et son fils, du centre hospitalier universitaire de Grenoble Alpes et de la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône.
Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme France transfert dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.
Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.
Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B, au centre hospitalier universitaire de Grenoble Alpes, à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône et aux experts.
Fait à Grenoble, le 26 septembre 2023.
Le président,
J-P Wyss
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026