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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2304482

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2304482

lundi 15 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2304482
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMAÎTRE MICHAËL ZAIEM, AGISSANT EN QUALITÉ D’ADMINISTRATEUR PROVISOIRE, DU CABINET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a examiné la requête de Mme A..., demandant la condamnation de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) pour versement incomplet de l'allocation pour demandeur d'asile entre novembre 2022 et mai 2023, ainsi que des dommages et intérêts pour préjudice moral. Le tribunal a constaté que l'OFII avait versé la somme totale de 4 932 euros due sur la période, incluant un rappel de 1 306,80 euros, rendant sans objet les conclusions pécuniaires. S'agissant de la demande indemnitaire pour préjudice moral, le tribunal l'a rejetée, faute pour la requérante d'établir l'existence d'un préjudice distinct résultant d'une faute de l'OFII. La décision s'appuie sur les articles D. 553-10 et l'annexe 8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juillet 2023, Mme B... A..., représentée par Me Zaiem, en qualité d’administrateur provisoire du cabinet de Me Borges de Deus Correia, demande au tribunal :

1°) de condamner l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) à lui verser une somme de 1 191,20 euros au titre des mensualités d’allocation pour demandeur d’asile qui lui ont été versées de manière incomplète de novembre 2022 à mai 2023, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

2°) de condamner l’OFII à lui verser une somme de 1 500 euros en réparation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d’existence en raison des manquements à ses obligations en ce qui concerne les conditions matérielles d’accueil ;

3°) de mettre à la charge de l’OFII la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- elle a accepté le bénéfice des conditions matérielles d’accueil le jour de sa demande d’asile, le 24 novembre 2022, mais n’a bénéficié d’un hébergement pour elle-même et ses deux enfants que le 13 décembre 2022 ;
- elle aurait donc dû percevoir la somme journalière de 28,40 euros du 24 novembre au 13 décembre 2022, soit au total 539,60 euros, or elle n’a perçu que 316,20 euros ;
- elle aurait dû percevoir une somme journalière de 13,60 euros à partir du 13 décembre 2022, soit une somme totale de 680 euros du 13 décembre 2022 au 3 janvier 2023, or elle n’a perçu pour cette période que 528,20 euros ;
- de même, pour la période du 1er février au 31 mai 2023, elle aurait dû percevoir la somme totale de 1 632 euros alors qu’il ne lui a été versé que 1 224 euros ;
- l’OFII ne lui a pas versé la somme de 408 euros due au titre du mois de juin 2023 ;
- l’OFII est donc redevable à son égard d’une somme totale de 1 191,20 euros au titre des conditions matérielles d’accueil ;
- l’OFII doit être condamné à lui verser une somme de 1 500 euros en réparation du préjudice moral et des troubles dans ses conditions d’existence liés à la privation de ces sommes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2024, le directeur général de l’OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
- il n’y a plus lieu de statuer sur le préjudice matériel invoqué dès lors qu’une somme de 1 306,80 euros a été versée à Mme A... le 28 juillet 2023 ;
- la requête est irrecevable en l’absence de preuve de la réception par l’OFII de sa demande préalable concernant le préjudice moral et les troubles dans les conditions d’existence ;
- l’OFII n’a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité, le fils majeur de la requérante n’ayant demandé à rejoindre le dossier de sa mère que le 2 décembre 2022 ;
- le préjudice moral allégué n’est pas établi.

Mme A... a été admise à l’aide juridictionnelle totale par une décision du 15 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.

Ont été entendus, au cours de l’audience publique du 18 novembre 2025 :
- le rapport de Mme Tocut,
- les conclusions de Mme Pollet, rapporteure publique.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.



Considérant ce qui suit :

Mme A..., ressortissante albanaise née le 30 mars 1987, a sollicité l’asile le 24 novembre 2022, ainsi que son fils majeur. Elle était également accompagnée de sa fille mineure. Elle a obtenu le bénéfice des conditions matérielles d’accueil et toute la famille a bénéficié d’un hébergement dans ce cadre à compter du 13 décembre 2022. Estimant qu’elle n’a toutefois pas perçu la totalité des allocations qui lui étaient dues au titre des conditions matérielles d’accueil, Mme A... demande la condamnation de l’OFII à lui verser les sommes manquantes, ainsi qu’à l’indemniser des préjudices résultant de ce défaut de paiement.

Sur le non-lieu à statuer :

L’OFII soutient avoir versé l’ensemble des sommes dues à Mme A..., et que ses conclusions à ce titre ont donc perdu leur objet.

L’article D. 553-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : « Le barème de l'allocation pour demandeur d'asile figure à l'annexe 8. ». L’annexe 8 du même code prévoit que le montant journalier de l'allocation pour demandeur d'asile est fixé à 13,60 euros pour une famille de trois personnes, et qu’un montant journalier additionnel de 7,40 euros est versé en application des dispositions des articles D. 553-8 et D. 553-9 à chaque demandeur d'asile adulte ayant accepté l'offre de prise en charge, qui a manifesté un besoin d'hébergement et n'a pas accès gratuitement à un hébergement ou un logement à quelque titre que ce soit. Il en résulte que Mme A..., qui était accompagnée de son fils majeur, également demandeur d’asile, et de sa fille mineure, avait droit à une allocation journalière de 13,60 euros dès le 24 novembre 2022, ainsi qu’à un supplément de 14,80 euros, correspondant à deux demandeurs d’asile adultes, du 24 novembre au 12 décembre 2022. Au total, sur la période du 24 novembre 2022 au 31 octobre 2023, Mme A... devait donc percevoir une somme totale de 4 932 euros au titre des conditions matérielles d’accueil.

Or, il résulte des éléments produits en défense que l’OFII lui a versé la somme de 4 932 euros sur la période du 24 novembre 2022 au 31 octobre 2023 dont 1 306,80 euros le 28 juillet 2023 et comprenant la régularisation de la situation de l’intéressée au regard des conditions matérielles pour la période de novembre 2022 à juin 2023. Les conclusions pécuniaires présentées au titre des conditions matérielles d’accueil ont donc perdu leur objet, et il n’y a plus lieu d’y statuer.

Sur les conclusions tendant à l’indemnisation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d’existence :

Il résulte de l’instruction qu’en raison de la demande de fusion du dossier du fils de Mme A... avec celui de sa mère le 2 décembre 2022 seulement, l’OFII n’a pas réussi à prendre en compte la présence de celui-ci pour le calcul des allocations à verser avant le mois de juillet 2023.

Si la requérante soutient que l’insuffisance des allocations qui lui étaient versées jusqu’alors lui a causé un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d’existence, elle n’assortit ses allégations d’aucune précision ni ne produit aucun élément de nature à établir la réalité de ces préjudices, alors qu’elle était hébergée gratuitement avec sa famille depuis le 13 décembre 2022 et percevait pendant toute la période les allocations dues pour une famille de deux personnes. Par suite, sans qu’il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les préjudices dont elle se prévaut ne peuvent être regardés comme établis, et sa demande doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’OFII une somme de 1 000 euros à verser au conseil de Mme A... en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l’Etat.


D E C I D E :


Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme A... tendant au versement des sommes dues au titre des conditions matérielles d’accueil.

Article 2 : L’OFII versera à Me Zaiem, en qualité d’administrateur provisoire du cabinet de Me Borges de Deus Correia, une somme de 1 000 euros en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l’Etat.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., à l’Office français de l’immigration et de l’intégration et à Me Zaiem, en qualité d’administrateur provisoire du cabinet de Me Borges de Deus Correia.


Délibéré après l'audience du 18 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Bedelet, présidente,
Mme Tocut, première conseillère,
Mme André, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2025.



La rapporteure,

C. Tocut
La présidente,

A. Bedelet






Le greffier,




P. Muller

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.




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