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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2304706

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2304706

mardi 8 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2304706
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantVIGNERON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juillet 2023, M. B C, représenté par Me Vigneron, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a refusé un hébergement adapté à sa situation ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir de proposer un hébergement adapté à la situation de sa famille comprenant deux chambres et un espace pour cuisiner, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa demande dans un délai de huit jours, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que les conditions d'hébergement de sa famille sont inadaptées notamment au regard de l'état de santé de son fils aîné,

- la décision est entachée d'incompétence,

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation,

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête. Il soutient que la requête est irrecevable pour deux motifs, l'absence de décision administrative et l'absence d'urgence.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 21 juillet 2023 sous le numéro 2304705 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Vaillant, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 8 août 2023 à 11 heures.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Buguellou, greffier d'audience, Mme Vaillant a lu son rapport et entendu les observations orales de Me Provost, substituant Me Vigneron, représentant M. C et de Mme A, représentant le préfet de l'Isère.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par ordonnance du 13 mars 2023, le juge des référés a enjoint au préfet de l'Isère d'assurer l'hébergement de M. C avant le 30 avril 2023. Le requérant et sa famille, composée d'un couple et de deux enfants âgés de deux et quatre ans, sont hébergés dans une chambre au centre d'accueil intercommunal depuis le 31 janvier 2023. M. et Mme C ont saisi le préfet de l'Isère le 17 mai 2023 afin d'obtenir un hébergement mieux adapté, à savoir un appartement permettant de cuisiner, notamment pour leur fils aîné qui souffre d'une cardiopathie ainsi que d'une maladie génétique et qui a des difficultés à s'alimenter. Par la présente requête, M. C, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de leur proposer un hébergement mieux adapté.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. C à l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

6. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet du préfet de l'Isère à sa demande d'hébergement adapté en date du 16 mai 2023, le requérant soutient que la situation de sa famille nécessite un logement comprenant deux chambres ou un espace suffisant permettant le bon développement des enfants et un espace pour cuisiner. Il soutient que l'état de santé d'un de ses fils nécessite que la famille puisse cuisiner. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la famille du requérant est hébergée depuis le 31 janvier 2023 au centre d'accueil intercommunal Henri Tarze et que le centre subvient aux petits déjeuners et aux dîners. Si le requérant soutient que les repas ne sont pas adaptés à l'état de santé de son fils aîné, il ne l'établit pas, notamment par les pièces médicales fournies. Dès lors, la condition d'urgence exigée par les dispositions susmentionnées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, ne peut être regardée comme remplie.

7. Il résulte de ce qui précède, qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension de la requête et par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celle présentées sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, à Me Vigneron et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 8 août 2023.

La juge des référés,

Anne-Sibylle Vaillant

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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