jeudi 4 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2304887 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SELARL GERBI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 juillet 2023, M. B D I, Mme G E, Mme H C, M. F C, M. A D représentés par Me Gerbi, demandent la condamnation solidaire du centre hospitalier régional de Grenoble et de son assureur, la société Relyens, à leur verser :
1°) les provisions suivantes en réparation d'une faute commise au centre hospitalier régional de Grenoble lors d'une intervention chirurgicale subie le 28 mai 2021 par M. B D I, avec intérêts au taux légal à compter de la réception de la demande préalable :
- à M. D I : 1 350 000 euros ;
- à Mme E : 25 000 euros ;
- à Mme C : 15 000 euros ;
- à M. C : 15 000 euros ;
- à M. D : 15 000 euros ;
2°) une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire enregistré le 4 septembre 2023, le centre hospitalier régional de Grenoble et la société Relyens, représentés par Me Dumoulin, concluent à la réduction des prétentions indemnitaires des requérants.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. En vertu de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Sur ce fondement, les requérants demandent à être indemnisés des conséquences d'une faute commise au centre hospitalier régional de Grenoble lors d'une intervention chirurgicale subie le 28 mai 2021 par M. D I.
Sur le principe de la provision :
2. M. D I a subi le 28 mai 2021 au centre hospitalier universitaire de Grenoble une arthrodèse lombaire postérieure L4-L5. Pendant la chirurgie, la fraise rotative a lésé la dure-mère et trois racines nerveuses. Dans les suites opératoires, M. D I a présenté des troubles neuro-sensitifs des membres inférieurs. Il résulte du rapport de l'expert commis par la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) Rhône-Alpes que l'absence de contrôle de la fraise rotative a procédé d'une faute de l'opérateur qui n'a pas maîtrisé son geste chirurgical. Sur le principe, l'existence d'une obligation de réparation n'apparaît pas sérieusement contestable et n'est d'ailleurs pas contestée.
Sur la provision due à M. D I :
- Au titre des préjudices extrapatrimoniaux :
3. A dires d'expert, M. D I a été affecté d'un déficit fonctionnel temporaire total du 3 juin au 10 décembre 2021 (191 jours), à 75% du 11 décembre au 1er avril 2022 (112 jours) et de 60% du 2 avril au 23 septembre 2022, date de consolidation (174 jours). Une provision de 8 300 euros pourra lui être accordée en réparation de ce préjudice.
4. Les souffrances endurées, qui ont été évaluées par l'expert à 4,5/7, justifient le versement d'une provision de 12 000 euros.
5. Les préjudices esthétiques temporaire et permanent, tous deux évalués à 4/7, justifient globalement une indemnité qui ne saurait être inférieure à 8 000 euros. Une provision de ce montant sera accordée à M. D I.
6. Le déficit fonctionnel permanent a été estimé par l'expert à 50% " au regard de la paraparésie prédominant à gauche, de l'atteinte sphinctérienne sévère et de la dysfonction érectile ". Il y a lieu de valider en l'état ce taux et non de le réduire au regard de l'état antérieur de M. D I comme le demandent les défendeurs, dès lors que l'expert a précisé qu'il était, comme les autres préjudices, imputable à la complication (page 19 du rapport). La victime étant âgée de 60 ans à la consolidation, l'obligation de réparation ne saurait raisonnablement être inférieure à 120 000 euros, justifiant ainsi une provision de ce montant.
7. Il en revanche contestable que la faute commise a entraîné un préjudice d'agrément lié à l'impossibilité ou à la difficulté à pratiquer la randonnée ainsi que de continuer à assister son fils aux entraînements et aux compétitions de tennis dès lors que M. D I était précédemment sévèrement limité au plan physique pour pratiquer ces activités de loisirs.
8. De même, dès lors que la dysfonction érectile a été prise en compte au titre du déficit fonctionnel permanent, l'existence d'une réparation autonome au titre du préjudice sexuel apparaît contestable. Aucune provision n'est due à ce titre.
- Au titre des préjudices patrimoniaux :
9. M. D I justifie de dépenses de santé restées à charge pour un montant de 1 791 euros. Il est en droit d'en être indemnisé.
10. Il est également en droit d'être indemnisé des frais de conseils médicaux pour les besoins de l'expertise d'un montant total de 2 500 euros.
11. Le besoin d'assistance par une tierce personne jusqu'à la consolidation a été évalué respectivement à 4 heures et 3 heures par jour pour les périodes de déficit fonctionnel temporaire de 75% et de 60% mentionnées au point 3. Elles justifient le versement d'une provision de 15 000 euros. Après consolidation, ce besoin peut être évalué à 3 heures quotidiennes. Sur la base d'un taux horaire de 17 euros, il justifie une provision de 24 000 euros pour la période courant jusqu'à la date de la décision et, pour le futur, M. D I étant âgé à ce jour de 61 ans, d'un capital représentatif de 405 000 euros, calculé selon le barème résultant de la table de mortalité 2014-2016 et d'un taux d'intérêt de 0%, étant précisé que le juge peut faire le choix de capitaliser des dépenses futures de la victime, sans que les défendeurs puissent s'y opposer.
12. Il n'est pas sérieusement contestable que la limitation des capacités physiques de M. D I rend nécessaire l'acquisition d'un véhicule adapté avec boîte de vitesses automatique et avec un coffre suffisamment spacieux pour y placer un fauteuil roulant replié. Le requérant justifie avoir acquis un tel véhicule pour 7 500 euros qui, compte tenu de son coût particulièrement modique, peut totalement être indemnisé. En revanche, il n'est pas fondé à demander l'indemnisation intégrale pour le futur d'un véhicule neuf de ce type, mais uniquement du surcoût en résultant par rapport à un véhicule moins spacieux et non adapté. Ce surcoût ne saurait être raisonnablement inférieur à 10 000 euros.
13. S'agissant des frais de logement adapté, M. D I produit des offres commerciales pour l'acquisition d'un logement aux prix de 317 000 euros ou 324 000 euros dont il demande qu'il soit mis à la charge des défendeurs. Toutefois, le rapport d'ergothérapeute de son logement actuel ne préconise que des adaptations limitées (toilettes, salle de bain, porte automatique) dont il n'est pas établi qu'elles ne pourraient être réalisées, le requérant ne précisant pas s'il est locataire ou propriétaire de son logement. Dans ces conditions, la provision relative aux frais de logement adapté sera limitée à 20 000 euros.
14. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier régional de Grenoble et la société Relyens doivent être condamnés à verser à M. D I une provision totale de 634 091 euros.
Sur les demandes des autres requérants :
15. La requête ne précisant pas les liens de parenté de Mme H C, de M. F C et de M. A D avec la victime et aucun élément du dossier ne permettant de les déterminer, l'existence d'un préjudice d'affection dont ils pourraient demander réparation n'est pas établie, la CCI ayant du reste donné un avis défavorable à leur indemnisation.
16. En revanche, dès lors qu'il ressort de l'attestation de Mme E qu'elle est la compagne de la victime, une provision de 8 000 euros pourra lui être accordée en réparation de son préjudice d'affection et de ses troubles dans les conditions d'existence.
Sur les intérêts :
17. . Les sommes mentionnées aux points 14 et 16 porteront intérêts au taux légal à compter du 25 juillet 2023, date de réception de la demande préalable par le centre hospitalier régional de Grenoble.
Sur les frais d'instance :
18. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier régional de Grenoble une somme de 1 200 euros à verser à M. D I et à Mme E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E
Article 1er :Le centre hospitalier régional de Grenoble et la société Relyens sont condamnés à verser à M. D I une provision de 634 091 euros.
Article 2 :Le centre hospitalier régional de Grenoble et la société Relyens sont condamnés à verser à Mme E une provision de 8 000 euros.
Article 3 :Les sommes mentionnées aux articles précédents porteront intérêt au taux légal à compter du 25 juillet 2023.
Article 4 :Le centre hospitalier régional de Grenoble et la société Relyens verseront à M. D I et à Mme E une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 5 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 :La présente ordonnance sera notifiée à M. B D I, au centre hospitalier régional de Grenoble, à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône et à la société Relyens.
Fait à Grenoble, le 4 janvier 2024.
Le juge des référés,
C. Sogno
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2304887
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026