jeudi 17 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2305774 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 8 |
| Avocat requérant | LAUMET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 septembre 2023 et le 16 décembre 2024, Mme C B, représentée par Me Laumet, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 20 février 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a rejeté son recours préalable obligatoire ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer l'indu d'allocation de logement familiale d'un montant 8 025 euros ;
3°) de lui accorder la remise gracieuse totale de sa dette ;
4°) à titre subsidiaire, de prononcer la décharge partielle à hauteur de 50% de l'indu ;
5°) en tout état de cause, d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie de lui restituer les sommes recouvrées ;
6°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle est de bonne foi et qu'eu égard à sa situation elle peut bénéficier d'une remise gracieuse ;
- la caisse lui a prélevé la somme de 228,98 euros en méconnaissance du caractère suspensif du recours.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 août 2024, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions au cours de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience tenue le :
- le rapport de M. A,
- et les observations de Me Laumet, représentant Mme B.
La clôture d'instruction a été fixée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B bénéficie de l'allocation de logement familiale. A la suite d'un contrôle de sa situation par ses services, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a considéré qu'elle n'avait pas déclaré l'ensemble de ses revenus. Par une décision du 16 septembre 2022, elle lui a alors notifié un indu de cette prestation d'un montant de 8 025 euros pour la période de janvier 2021 à juillet 2022. Mme B a sollicité la remise gracieuse de cette dette par un recours préalable du 3 octobre 2022. Par une décision du 20 février 2023, le directeur de la caisse a rejeté cette demande.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire ". Aux termes de l'article R. 825-2 du même code : " Le directeur de l'organisme payeur statue sur la demande de remise gracieuse ".
3. Mme B sollicite à titre principal " l'annulation de la décision du 20 février 2023 ", la décharge totale de sa dette ainsi que la remise totale de sa dette et à titre subsidiaire la décharge partielle de l'obligation de payer cette dette. Il ressort de son recours préalable du 3 octobre 2022 qu'elle sollicite une remise totale de sa dette et que la caisse d'allocations familiales de l'Isère a statué sur ce recours en la considérant comme une demande de remise gracieuse. Mme B, qui ne conteste pas sérieusement le bien-fondé de l'indu au stade du recours préalable obligatoire, doit donc seulement être regardée, à ce stade, comme sollicitant la remise gracieuse de l'indu de 8 025 euros mis à sa charge.
4. Il résulte de tout ce qui précède qu'à défaut de recours préalable en contestation du bien-fondé de l'indu, seules les conclusions à fin de remise gracieuse sont recevables. Les conclusions à fin de décharges, qui se rapportent au bien-fondé de l'indu doivent donc être rejetées.
Sur les conclusions à fin de remise gracieuse :
5. Aux termes de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation : " Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur : () 2° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement. ".
6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu d'allocation de logement familiale, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé à la prime d'activité ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.
7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été énoncé au point précédent que Mme B ne peut se prévaloir utilement des vices propres de la décision du 20 février 2022. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
8. En second lieu, il n'est pas contesté par la requérante que l'indu provient de l'absence de déclarations des revenus qu'elle a perçu en Suisse. Si sa bonne foi n'est pas remise en cause, Mme B se limite à soutenir qu'elle n'a jamais commis d'erreur dans ses déclarations et se contente de produire deux avis d'imposition établissant qu'elle a perçu en 2020 et 2021 24 303 euros de revenus nets imposables sans fournir d'autres éléments, notamment relatifs à ses charges, permettant d'établir sa situation de précarité et son impossibilité de rembourser l'indu litigieux de 8 025 euros. Par conséquent, elle n'est pas fondée à solliciter la remise gracieuse de sa dette. Les moyens et conclusions à fin de réduction de sa dette doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et de remboursement :
9. Mme B demande au tribunal de prononcer une mesure d'injonction visant à ordonner à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie de rembourser les sommes prélevées. Toutefois, les conclusions à fin de remise gracieuse et de décharge ayant été écartées, de telles conclusions ne peuvent qu'être rejetées.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2025.
Le président,
JP. ALe greffier,
G. Morand
La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026