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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2306080

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2306080

lundi 9 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2306080
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Borges de Deus Correia, demande au tribunal :

1°) de lui donner acte de sa demande d'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre l'exécution des décisions implicites par lesquelles le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien et un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un certificat de résidence algérien à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ou encore, à défaut, de lui notifier une décision sur ses demandes de délivrance d'un titre de séjour et d'un récépissé de demande de titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de préfet de l'Isère la somme de 1500 euros qui sera versée à Me Borges de Deus Correia sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

o les décisions ne sont pas motivées ;

o elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

o le refus de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour méconnaît l'article R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o le refus de délivrance d'un titre de séjour est entaché d'un vice de procédure faute d'avoir été précédé par une saisine de la commission du titre de séjour ;

o elle méconnaît l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ;

o il devait se voir attribuer de plein droit un titre de séjour sur le fondement du paragraphe f de l'article 7 bis ou du paragraphe 1 de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2023, le préfet de l'Isère conclut au non lieu à statuer.

Il fait valoir qu'il a accordé un rendez-vous au requérant.

Vu :

* les autres pièces du dossier ;

- la requête n°2303737, enregistrée le 13 juin 2023, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thierry, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 6 octobre à 9 heures 30.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thierry, juge des référés

- et les observations de Me Borges de Deus Correia, représentant M. A, qui a soutenu que la simple indication d'un rendez-vous en préfecture pour le 26 octobre 2023, qui plus est à une date relativement éloignée, n'est pas de nature à priver d'objet sa requête.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, expose qu'il vit en France depuis plus de vingt ans et a bénéficié d'un certificat de résidence valable dix ans à compter du 6 mars 2002 renouvelé en 2012. Celui-ci lui ayant été volé en 2016, il a sollicité la délivrance d'un duplicata qui ne lui a jamais été remis. A la fin de la validité de son certificat de résidence, il en a demandé le renouvellement en 2022 mais n'a obtenu ni titre, ni récépissé. Il demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution des décisions implicites par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien et un récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin de non-lieu à statuer du préfet de l'Isère :

3. Dans ses écritures, le préfet de l'Isère expose qu'il a décidé de délivrer un rendez-vous à M. A le 26 octobre 2023. Il ne conteste toutefois, ni que M. A a d'ores et déjà déposé une demande de titre de séjour, ni l'existence des décisions implicites dont M. A demande la suspension de l'exécution. Dans ces conditions, la simple convocation de M. A à un rendez-vous en préfecture, dont l'issue sur la délivrance d'un titre de séjour est incertaine, ne prive pas d'objet sa demande de suspension.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. En premier lieu, la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme satisfaite lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

6. Il n'est contesté par le préfet, ni que M. A séjourne en France depuis plus de vingt ans, ni qu'il a obtenu deux certificats de résidence valables dix ans dont le dernier, qui expirait le 5 mars 2022, lui a été volé et qu'il a en demandé vainement un duplicata. Le préfet de l'Isère ne conteste davantage que M. A a formé une demande de renouvellement de ce titre et qu'aucun récépissé ne lui a été délivré consécutivement. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. A est handicapé, sous curatelle, et qu'en l'absence de titre de séjour, son allocation d'adulte handicapé a été supprimée. Ainsi privé de ressource, selon l'attestation de l'assistante de sociale référente du requérant, M. A a été placé et demeure dans l'impossibilité de payer son loyer et d'honorer ses factures. Il ressort de l'ensemble de ces éléments que l'absence de titre de séjour ou de tout documents établissant la régularité de son séjour en France porte une atteinte suffisamment grave et immédiate aux intérêts personnels de M. A pour que la condition d'urgence prévue par les dispositions précitée soit remplie.

7. En second lieu, ainsi qu'il a déjà été dit, il n'est pas contesté par le préfet que M. A a valablement formé une demande de renouvellement de son titre de séjour de dix ans, qu'aucun document permettant d'établir la régularité de son séjour ne lui a été délivré, et qu'aucune réponse n'a été apportée tant à sa demande de titre qu'à celle que lui soit communiqués les motifs des décisions implicites de rejet nées du silence de l'administration. Dans ces circonstances, les moyens tirés du défaut de motivation, de la méconnaissance de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont propres, en l'état de l'instruction à faire naître un doute sérieux sur la légalité des décisions litigieuses.

8. Il résulte de ce qui précède, que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative sont satisfaites. Il y a lieu, par suite, de suspendre l'exécution des décisions implicites par lesquelles le préfet de l'Isère a refusé de délivrer à M. A un certificat de résidence algérien et un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué au fond.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Le code de justice administrative dispose à son article L. 511-1 du code de justice administrative que : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. "

10. En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration, le juge des référés suspension ne pouvant décider une mesure qui a les mêmes effets qu'une annulation pour excès de pouvoir. Les conclusions de M. A tendant à ce que lui soit délivré un certificat de résidence, mesure qui aurait les mêmes effets qu'une mesure d'annulation, doivent dès lors être rejetées.

11. Il y a lieu, en revanche, d'ordonner au préfet de l'Isère, de procéder au réexamen de la demande de M. A. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prescrire au préfet de l'Isère d'exécuter cette mesure dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans l'attente, il lui délivrera, dans un délai de huit jours à compter de cette même notification, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail valable pendant la durée de cet examen ou jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction, dans les circonstances de l'espèce, d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

12. Il y a lieu, sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 800 euros à Me Borges de Deus Correia, avocat de M. A, en application des dispositions de l'article de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :L'exécution des décisions implicites par lesquelles le préfet de l'Isère a refusé de renouveler le certificat de résidence de M. A et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la demande de M. A de renouvellement de son certificat de résidence dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il est également prescrit au préfet, de délivrer à M. A, dans les huit jours qui suivront cette même notification, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la demande de titre de séjour ou jusqu'à ce qu'il soit statué au fond.

Article 4 :Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle l'Etat versera à la somme de 800 euros à Me Borges de Deus Correia en application des dispositions de l'article de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 :La présente ordonnance sera notifiée à M. A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, et à Me Borges de Deus Correia.

Copie en sera délivrée au préfet de l'Isère

Fait à Grenoble, le 9 octobre 2023.

Le juge des référés,

P. Thierry

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 23060802

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