vendredi 12 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2306634 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SELARL LIGAS-RAYMOND PETIT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 octobre 2023, M. H D et Mme B G, représentés par Me Combes, demandent la condamnation du centre hospitalier régional de Grenoble à verser :
1°) une provision de 244 245,40 euros à M. D à valoir sur la réparation des préjudices résultant d'une faute commise dans cet établissement le 20 février 2019 ;
2°) une provision de 25 000 euros à Mme G à valoir sur la réparation de son préjudice moral et de ses troubles dans les conditions d'existence ;
3°) une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que la prise en charge de M. D n'était pas conforme aux règles de l'art.
M. D évalue ainsi ses préjudices, compte tenu d'une perte de chance de 80% :
- déficit fonctionnel temporaire : 4 276,80 euros ;
-préjudice esthétique temporaire : 2 000 euros ;
-souffrances endurées : 4 800 euros ;
- frais divers : 295,50 euros ;
- assistance par une tierce personne avant consolidation : 12 192 euros ;
- déficit fonctionnel permanent : 62 700 euros ;
- préjudice esthétique permanent : 2 800 euros ;
- dépenses de santé futures : 57 184,10 euros ;
- préjudice scolaire : 10 000 euros ;
- incidence professionnelle : 80 000 euros ;
-préjudice d'agrément : 8 000 euros.
Mme G évalue globalement ses préjudices à 25 000 euros, compte tenu du taux de perte de chance.
Par un mémoire enregistré le 15 novembre 2023, le centre hospitalier régional de Grenoble, représenté par Me Ligas-Raymond, demande que sa responsabilité ne soit engagée que sur la base d'un taux de perte de chance n'excédant pas 80 % et que la provision n'excède pas 15 000 euros avant application de ce taux.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
Sur le principe de la provision :
1. En vertu de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable.
2. M. D, alors hospitalisé au centre hospitalier spécialisé Alpes-Isère, a été admis le 20 février 2019 au centre hospitalier régional de Grenoble pour des angoisses insomniantes. Il a été retrouvé inconscient dans sa chambre le lendemain matin, victime d'une intoxication médicamenteuse volontaire. Il n'est ni sérieusement contestable ni contesté que l'absence de prise en compte de la suspicion d'intoxication au tramadol et de dosage de cette substance constitue une faute médicale, d'autant qu'il avait déjà été examiné aux urgences de ce centre hospitalier pour des angoisses et des pulsions suicidaires. Sur le principe, M. D et sa mère sont en droit d'obtenir une provision sur l'indemnisation de leurs préjudices qui seront fixés par le juge du fond.
Sur le montant des provisions :
3. Il y a lieu de reconnaître un taux de perte de chance de 80 %, comme estimé par le docteur E, expert commis en référé.
En ce qui concerne M. D :
- Déficit fonctionnel temporaire :
4. Aucune provision n'est due pour la période courant de l'accident au 21 mai 2019, dès lors qu'il est contestable que la faute commise a eu une incidence sur la durée des hospitalisations successives de M. D compte tenu de la pathologie psychiatrique dont il souffrait. Pour la période ultérieure courant jusqu'à la consolidation fixée au 10 mars 2021, le déficit fonctionnel temporaire de classe II justifierait un minimum une indemnité de 3 750 euros. Au titre de la perte de chance de 80 %, une provision de 3 000 euros peut être accordée.
- Souffrances endurées :
5. Elles ont été évaluées par l'expert à 2/7, correspondant à la durée supplémentaire d'hospitalisation en réanimation. Elles justifient une provision de 1 600 euros compte tenu du taux de perte de chance retenu.
- Préjudice esthétique :
6. Les préjudices esthétiques temporaire et permanent sont liés à la présence d'une cicatrice au niveau du scalp et à la présence de prothèses auditives. Ils ne se distinguent pas avant et après consolidation. Ils ont tous deux été évalués à 1,5/7 et seront provisoirement indemnisés par une somme globale de 1 200 euros au titre de la perte de chance.
- Déficit fonctionnel permanent :
7. L'expert évalue à 20 % le déficit fonctionnel permanent, perte de chance déjà prise en compte. M. D étant âgé de 19 ans à la date de consolidation, une provision de 50 000 euros peut lui être accordée.
- Préjudice d'agrément :
8. M. D, qui n'apporte aucun document de nature à démontrer la pratique antérieure d'activités sportives ou de loisir, n'établit pas la réalité d'un tel préjudice en se bornant à soutenir que certaines activités lui sont désormais interdites, alors qu'une telle circonstance est déjà prise en compte au titre du déficit fonctionnel permanent.
- Frais divers :
9. A ce titre, M. D demande le remboursement de divers déplacements pour des consultations médicales. Toutefois, il est difficile de corréler les justificatifs de trajets qui sont incomplets avec les documents médicaux datés versés au dossier ou mentionnés dans le rapport de l'expert commis en référé. Ainsi, à titre d'exemple, il est demandé le remboursement d'un trajet Villefontaine-Grenoble le 15 juillet 2021 pour une consultation avec le docteur C alors que le certificat de celle-ci mentionne que M. D a été revu en téléconsultation du fait de son éloignement géographique. De même, s'agissant de l'expertise amiable menée par le docteur F, il est demandé le remboursement de frais de déplacement pour le 23 novembre 2020 alors que son rapport mentionne le 22 juillet 2020 comme date d'examen. Ces demandes présentent donc un caractère contestable qui ne permet pas au juge des référés d'y faire droit et il appartiendra aux requérants d'apporter toutes précisions utiles pour permettre au juge du fond de se prononcer sur leur mérite.
10. Quant aux frais de déplacement engagés pour l'expertise ordonnée en référé, ils sont inclus dans les dépens de l'instance dont la charge définitive sera réglée par le juge du fond.
11. Enfin, l'existence d'un besoin d'assistance par une tierce personne avant consolidation que ce soit pendant ou en dehors des périodes d'hospitalisation présente, en l'espèce, un caractère contestable.
12. Ainsi, les différentes demandes de remboursement présentées au titre des frais divers doivent être rejetées.
-Dépenses de santé futures :
13. Les troubles de l'audition dont souffre M. D sont en lien avec la faute commise. Ils nécessitent une paire d'aides auditives avec un système FM à renouveler tous les quatre ans et des bouchons anti-bruit à renouveler tous les deux ans, selon les conclusions du docteur A, sapiteur ORL, qui, en revanche ne fait pas état de la nécessité de bouchons anti-eau.
14. M. D justifie pour ces équipements des montants restant à sa charge. Le capital représentatif correspondant ne saurait être inférieur à 50 000 euros, ouvrant droit à une provision de 40 000 euros au titre de la perte de chance.
- Préjudice scolaire et incidence professionnelle :
15. Compte tenu de ce qui a été dit au point 4, le redoublement de M. D en terminale pour l'année scolaire 2018-2019 ne peut être regardé comme imputable à la faute. Par ailleurs, M. D suit actuellement des études supérieures et bénéficie d'aménagement des examens pour tenir compte de ses déficits auditif et attentionnel. L'existence d'un préjudice scolaire et d'une incidence professionnelle défavorable ne peut se déduire uniquement de la limitation des capacités physiques et psychiques qui est réparée au titre du déficit fonctionnel permanent. Aucune provision n'est due en réparation de ces préjudices.
16. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier régional de Grenoble doit être condamné à verser à M. D une provision de 95 800 euros.
En ce qui concerne Mme G :
17. Le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence de Mme G, mère de M. D ne sauraient être évalués à moins de 800 euros au prorata de la perte de chance. Le centre hospitalier régional de Grenoble doit être condamné à lui verser une provision de ce montant.
Sur les frais d'instance :
18. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier régional de Grenoble une somme de 900 euros à verser aux requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E
Article 1er :Le centre hospitalier régional de Grenoble est condamné à verser à M. D une provision de 95 800 euros.
Article 2 :Le centre hospitalier régional de Grenoble est condamné à verser à Mme G une provision de 800 euros.
Article 3 :Le centre hospitalier régional de Grenoble versera à M. D et Mme G une somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :La présente ordonnance sera notifiée à M. H D, à Mme B G, au centre hospitalier régional de Grenoble et à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône.
Fait à Grenoble, le 12 avril 2024.
Le juge des référés,
C. Sogno
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2306634
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026
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01/06/2026