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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2307700

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2307700

mardi 16 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2307700
TypeDécision
FormationJuge unique 7
Avocat requérantMARGAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2023, M. B C, représenté par Me Margat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays de destination ;

3°) en conséquence, d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement et dans l'attente du réexamen ;

4°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet de l'Isère jusqu'à la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

5°) en conséquence, enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;

6°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnait les dispositions de la directive du 16 décembre 2008 n°2008/115/CE

- méconnait les dispositions des articles L.611-1, L.621-1, L.531-32 et L.542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- a méconnu son droit à être entendu ;

- méconnait les articles 3,4 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de retour :

- est illégale par voie de conséquence ;

- méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la demande de sursis à exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- les arguments de M. C sont suffisamment sérieux pour justifier son maintien sur le territoire jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 décembre 2023, la préfecture de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Margat, représentant M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est un ressortissant congolais né le 16 février 2002 à Bandudu en République Démocratique du Congo. Il déclare être entré en France le 27 octobre 2022 pour y demander l'asile. Par une décision du 5 septembre 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rendu une ordonnance d'irrecevabilité au motif que M. C bénéficiait déjà d'une protection internationale en Grèce et qu'il ne démontrait pas que cette protection soit ineffective dans ce pays. Par arrêté du 8 novembre 2023, le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays de destination

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de M. C, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

3. La décision attaquée comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement. Elle est par suite suffisamment motivée.

4. Il ressort des dispositions des articles L. 611-1 et L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre État ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application des articles L. 621-2 à L. 621-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'État membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement de l'article L. 621-1 soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagée l'autre. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il ne pouvait faire l'objet d'obligation de quitter le territoire et que la directive 2008/115/CE aurait été méconnue.

5. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour constitue un principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment exprimé à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Il implique que le ressortissant étranger ait la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une mesure d'éloignement. Si M. C soutient que l'arrêté attaqué méconnait son droit d'être entendu dès lors qu'il a été pris sans que le préfet ne l'invite préalablement à présenter des observations, notamment s'agissant de ses attaches avec la France et des risques qu'il encourt en Grèce, il a déposé une demande d'asile au cours de laquelle il a pu exposer ces éléments et ses arguments relatifs aux risques auxquels il soutient être exposé en Grèce et il n'a pas été empêché de déposer une demande de titre de séjour s'il estime avoir des arguments relatifs à son droit au séjour en France. Dès lors, le moyen relatif à la méconnaissance du droit à être entendu dans les procédures administratives doit être écarté.

6. M. C est dépourvu de toute attache familiale en France et il ne justifie d'aucune intégration particulière. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France du requérant, il n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

7. La décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, la décision fixant le pays de destination ne peut être annulée par voie de conséquence.

8. Si M. C soutient qu'il risque d'être soumis à de mauvais traitements en Grèce, il n'apporte que des éléments d'ordre généraux, non circonstanciés, qui ne permettent pas d'établir qu'il serait personnellement menacé de mauvais traitement en cas de retour en Grèce. Dès lors, le moyen relatif à la violation des articles 2 et 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la suspension de la décision dans l'attente de la lecture de l'arrêt de la Cour nationale du droit d'asile :

9. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Aux termes de l'article L. 752-11 de ce code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

10. Le requérant ne présente pas d'éléments nouveaux par rapport à la procédure ayant aboutie devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides au rejet de sa demande d'asile de nature à justifier la suspension, dans les conditions prévues à l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'exécution des arrêtés attaqués jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur le recours formé contre la décision de refus opposée par l'OFPRA.

Sur les frais de l'instance :

11. L'Etat n'étant pas la partie perdante de l'instance, il y a lieu de rejeter les conclusions formulées sur le fondement de l'article 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Margat et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2024.

Le président

J.P. ALe greffier en chef,

Ph Buguellou

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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