Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en juge unique, a rejeté la requête de Mme B... contestant un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 5 683,92 euros et un trop-perçu d'aide personnalisée au logement (APL) de 5 275,05 euros pour la période de juillet 2021 à juin 2023. Le tribunal a jugé que l'indu était fondé, Mme B... n'ayant pas déclaré sa situation de concubinage avec M. C..., ce qui modifiait la composition de son foyer et ses droits aux prestations. La demande de remise gracieuse a été rejetée en raison de l'absence de précarité suffisamment justifiée. Les décisions ont été prises en application des articles L. 262-1, L. 262-2 et R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles, ainsi que de l'article 515-8 du code civil.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 janvier 2024, Mme F... B..., représentée par Me Piot, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision de la caisse d’allocations familiales de l’Isère du 1er septembre 2023 notifiant un indu de revenu de solidarité active d’un montant de 5 683,92 euros et la décision du 16 novembre 2023 lui notifiant un trop-perçu d’aide personnalisée au logement d’un montant de 5 275,05 euros pour la période de juillet 2021 à juin 2023 ;
2°) à titre subsidiaire, de lui accorder une remise gracieuse de sa dette ;
3°) de mettre à la charge du département de l’Isère au profit de son conseil la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision méconnaît les dispositions des articles 1302 et 1302-1 du code civil ;
- la décision est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- la caisse d’allocations familiales de l’Isère ne justifie pas le trop-perçu dit « allocations » ;
- elle est dans une situation financière précaire ne lui permettant pas de rembourser sa dette.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2024, le département de l’Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l’indu est bien fondé, Mme B... n’ayant pas déclaré correctement sa situation lors des déclarations trimestrielles de ressources ;
- eu égard aux faits constatés lors d’un contrôle, Mme B... doit être regardée comme vivant en concubinage avec M. C... ;
- elle ne justifie pas de la précarité de sa situation pouvant justifier une remise de dette.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 septembre 2025, la caisse d’allocations familiales de l’Isère conclut à titre principal à l’irrecevabilité de la requête en ce qui concerne l’aide personnalisée au logement et à titre subsidiaire au non-lieu à statuer.
Elle soutient que Mme B... ne l’a jamais saisi d’un recours préalable et qu’elle a intégralement remboursé son indu d’aide personnalisée au logement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions au cours de l’audience publique.
Ont été entendus au cours de l’audience tenue le 26 septembre 2025 :
- le rapport de M. A...,
- les observations de Mme E..., représentant le département de l’Isère.
La clôture d’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B... était connue comme étant isolée et domiciliée au CCAS de Vienne. Lors d’une demande d’allocation adulte handicapé en janvier 2023, Mme B... a indiqué être domiciliée chez M. C... depuis le 10 mai 2021. Suite à un contrôle de la caisse, ses droits au revenu de solidarité active et à l’aide personnalisée au logement ont été recalculés en intégrant les ressources de M. C.... Mme B... a été notifiée de l’indu de revenu de solidarité active le 1er septembre 2023, pour un montant de 5 683,92 euros. La requérante a formé un recours contre cette décision, rejeté le 22 mars 2024. Par décision du 16 novembre 2023, la caisse d’allocations familiales de l’Isère lui a notifié un trop-perçu d’aide personnalisée au logement d’un montant de 5 275,05 euros pour la période de juillet 2021 à juin 2023. Mme B... conteste le rejet de son recours préalable.
Sur l’aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…) l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente ou son président (…) ». Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l’admission provisoire de Mme B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne l’indu de revenu de solidarité active :
3. D’une part, l’article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles dispose que « Le revenu de solidarité active a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle. ». Le 1er alinéa de l’article L. 262-2 du même code dans sa version applicable au litige dispose que « Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ». Aux termes de l’article R. 262-37 de ce code : « Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ». Il résulte de ces dispositions que la résidence, la composition et le niveau des ressources mensuelles du bénéficiaire constituent des éléments déterminants pour le calcul de l’allocation mensuelle.
4. Aux termes de l’article 515-8 du code civil : « Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple ».
5. Pour mettre à la charge de Mme B... l’indu litigieux de solidarité active, le département de l’Isère a retenu qu’elle n’avait pas déclaré sa vie maritale avec M. C... à compter du 10 mai 2021.
6. Il résulte des dispositions précitées que, pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s’entend du demandeur, ainsi que le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l’article R. 262-3 du code de l’action sociale et des familles. Pour l’application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d’indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.
7. Il résulte de l’instruction et notamment du rapport de contrôle dressé par l’agent de contrôle assermenté de la caisse d’allocations familiales de l’Isère que la requérante et M. C... ont une communauté d’adresse envers plusieurs organismes, ils vivent dans le même logement depuis mai 2021 ainsi qu’elle l’a elle-même déclaré, Mme B... est la gestionnaire des démarches administratives, et ils ont un enfant commun né en 1985.
8. Pour contester ce motif, la requérante se limite à soutenir qu’ils vivent dans le même logement mais ne dorment pas ensemble, sans développer d’argumentation ou d’élément permettant de remettre en cause les faits retenus par l’enquêteur de la caisse pour établir l’existence d’une vie maritale. Par conséquent, Mme B... n’est pas fondée à contester le bien-fondé de l’indu mis à sa charge.
Sur l’indu d’aide personnalisée au logement :
9. Aux termes de l’article L. 821-1 du code de la construction et de l’habitation : « Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement (…) ». Aux termes de l’article L. 823-1 du même code : « Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; (…) ». Aux termes de l’article R. 822-2 du même code : « Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer ».
10. Il résulte de l’instruction que l’indu litigieux d’aide personnalisée au logement provient des circonstances desquelles Mme B... n’a pas déclaré sa vie maritale entre le 10 mai 2021 et le 26 janvier 2023. Pour contester cette décision, Mme B... se limite à soutenir qu’elle n’a jamais bénéficié de prestations logement étant sans domicile fixe. Toutefois, cet indu lui a été notifié suite au regroupement de son dossier avec celui de M. C... après la reconnaissance de leur vie maritale. La situation de concubinage ayant été démontrée au point 7, le moyen tiré duquel elle ne disposait pas d’un logement à son nom n’est pas de nature à remettre en cause le bien-fondé des dettes d’aide personnalisée au logement mises à sa charge.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner la fin de non-recevoir opposée en défense par la caisse d’allocations familiales de l’Isère que les conclusions dirigées contre la notification des indus doivent être rejetées.
Sur la demande de remise gracieuse :
12. Il ne résulte pas de l’instruction que Mme B... ait présenté une demande de remise gracieuse de sa dette de revenu de solidarité active et il n’appartient pas au juge de l’accorder lui-même. Les conclusions de Mme B... en ce sens ne peuvent par suite qu’être rejetées.
13. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B... doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B... est admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme B... est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F... B..., au département de l’Isère, au ministre du travail et des solidarités et au ministre de la ville et du logement.
Copie en sera adressé à la caisse d’allocations familiales de l’Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2025.
Le président,
JP A...
Le greffier,
M. D...
La République mande et ordonne au ministre du travail et des solidarités et au ministre de la ville et du logement, chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.