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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2400593

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2400593

mardi 16 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2400593
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique 4
Avocat requérantTERRASSON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en juge unique, annule la décision du 3 avril 2023 par laquelle la caisse d’allocations familiales de l’Isère a refusé d’ouvrir les droits à la prime d’activité de Mme D.... Le tribunal retient que Mme D., mère isolée assumant la charge de ses enfants, relevait de l’exception prévue à l’article L. 842-2 du code de la sécurité sociale, qui dispense de la condition de détention d’un titre de séjour depuis cinq ans pour les personnes bénéficiant de la majoration pour isolement de l’article L. 842-7. Il enjoint à la caisse de réexaminer les droits de l’intéressée à compter du 15 mai 2022 dans un délai de deux mois, et condamne la caisse à verser 1 100 euros à son avocat au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 25 janvier 2024, Mme C... D..., représentée par Me Terrasson demande au tribunal :


1°) d’annuler la décision par laquelle la caisse d’allocations familiales de l’Isère a rejeté son recours administratif contestant un refus de prime d’activité ;


2°) d’enjoindre à la caisse d’allocations familiales de l’Isère de lui ouvrir ses droits à la prime d’activité à compter de la date à laquelle elle y a droit et de lui verser l’ensemble des sommes dont elle a été irrégulièrement privée et ce dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte définitive de 20 euros par jour de retard ;


3°) de mettre à la charge de la caisse d’allocations familiales de l’Isère la somme de 1 800 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de son conseil.


Elle soutient que :

- la caisse d’allocations familiales n’a pas pris en compte son isolement ;

- la décision méconnaît les dispositions de l’article L. 842-2 du code de la sécurité sociale ;

- son titre de séjour valable du 29 juin 2017 au 28 juin 2018 n’a pas été pris en compte ;

- elle n’a pas besoin de déposer une nouvelle demande pour que la prime d’activité lui soit accordée, à minima à partir de septembre 2023.


La requête a été régulièrement communiquée à la caisse d’allocations familiales de l’Isère qui n’a pas produit de mémoire en défense malgré une mise en demeure du 28 janvier 2025.


Mme D... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 24 novembre 2023.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions au cours de l’audience publique.


Au cours de l’audience publique, tenue en présence de M. Palmer, greffier d’audience, ont été entendus :
le rapport de M. A... ;
les observations de Me Terrasson, représentant Mme D....


La clôture d’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :


1. Mme D..., ressortissante comorienne, s’est vue délivrer un titre de séjour « vie privée et familiale » le 29 juin 2017 à Mayotte, puis à partir du 26 juillet 2019, en métropole. Depuis son arrivée en métropole et jusqu’au 23 mars 2023, Mme D... a assumé seule l’éducation et la charge de ses enfants en qualité de mère isolée. Le 15 mai 2022, elle a déposé une demande de prime d’activité auprès de la caisse d’allocations familiales de l’Isère, qui lui a été refusé. Par un recours administratif préalable en date du 8 octobre 2022, elle a contesté le refus d’ouverture de droits à la prime d’activité, son recours a été rejeté par une décision du 3 avril, notifiée le 2 mai 2023.


2. Aux termes de l’article L. 842-2 du code de la sécurité sociale : « Le droit à la prime d’activité est subordonné au respect, par le bénéficiaire des conditions suivantes : 1° Être âgé de plus de dix-huit ans ; Être français ou titulaire depuis au moins cinq ans d’un titre de séjour autorisant à travailler. Cette condition n’est pas applicable : (…) c) Aux personnes ayant droit à la majoration prévue à l’article L. 842-7, qui doivent remplir les conditions de régularité du séjour mentionnées à l’article L. 512-2 ; (…) ». Aux termes de l’article L. 842-7 du code de la sécurité sociale : « Le montant forfaitaire mentionné au 1° de l’article L. 842-3 est majoré, pendant une période d’une durée déterminée, pour : 1° Une personne isolée assumant la charge d’un ou de plusieurs enfants ; (…) ».


3. Il ressort de l’instruction, sans que cela soit contesté en défense, que Mme D... a assumé seule la charge de ses trois enfants nés en 2008, 2012 et 2016, jusqu’au 23 mars 2023, date à laquelle elle a conclu un PACS avec M. B.... Dès lors, Mme D..., étant une personne isolée assumant la charge de plusieurs enfants à la date de sa demande d’ouverture de droits à la prime d’activité, la condition suivant laquelle elle devait être titulaire depuis au moins cinq ans d’un titre de séjour l’autorisant à travailler n’était pas applicable.


4. Par conséquent, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens, Mme D... est fondée à demander l’annulation de la décision par laquelle la Caisse d’allocations familiales de l’Isère a rejeté son recours administratif contestant le refus d’octroi de la prime d’activité, en date du 3 avril 2023.


5. Eu égard au motif d’annulation retenu, l’exécution du présent jugement implique seulement que la caisse d’allocations familiales de l’Isère réexamine les droits à la prime d’activité de Mme D... à partir du 15 mai 2022. Il y a lieu d’enjoindre à la caisse de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition du présent jugement.


6. Mme D... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Terrasson, avocat de Mme D..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de la caisse d’allocations familiales de l’Isère le versement à Me Terrasson d’une somme de 1 100 euros.


D E C I D E :


Article 1er : La décision du 3 avril 2023 par laquelle la caisse d’allocations familiales de l’Isère a confirmé son refus d’ouvrir des droits à la prime d’activité à Mme D... est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la caisse d’allocations familiales de l’Isère de réexaminer les droits de Mme D... au bénéfice de la prime d’activité à partir du 15 mai 2022, dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition du présent jugement.

Article 3 : La caisse d’allocations familiales de l’Isère versera à Me Terrasson une somme de 1 100 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Terrasson renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... D..., à Me Terrasson, au ministre du travail et des solidarités et à la caisse d’allocations familiales de l’Isère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2025.







Le président,


J-P. A...
Le greffier,


M. PALMER



La République mande et ordonne au ministre du travail et des solidarités en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.





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