mercredi 18 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2400638 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SELARL CABINET LAURENT FAVET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 janvier 2024, la commune de Saint-Siméon-de-Bressieux, par son maire, représentée par Me Pantel demande au juge des référés :
1°) de condamner solidairement la SARL ASCOT ASSISTANCE ET CONSEILS TECHNIQUES, la SA EGCM MINODIER et la SA C.I.M.S DE LA BIEVRE à lui verser, en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, des provisions d'un montant de 82 173, 60 euros au titre des travaux de réfection de la chaufferie bois, somme à indexer sur l'évolution de l'indice du coût de la construction base 1er trimestre 2021, et de 503 504 euros au titre de ses préjudices ;
2°) d'assortir ces condamnations des intérêts et de la capitalisation ;
3°) de mettre à la charge solidaire de la SARL ASCOT ASSISTANCE ET CONSEILS TECHNIQUES, de la SA EGCM MINODIER et de la SA C.I.M.S DE LA BIEVRE une somme de 3 000 euros à verser à la commune en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la responsabilité décennale des constructeurs est engagée ; que les désordres, qui n'étaient pas apparents à la réception, sont intervenus dans le délai de dix ans ; que le rapport d'expertise judiciaire objective leur étendue et la part de chacun des défendeurs dans les travaux litigieux ; qu'elle fait sienne l'estimation du montant des travaux de reprise proposé par l'expert ; que dès lors sa créance n'est pas sérieusement contestable.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, la SA C.I.M.S DE LA BIEVRE représentée par Me Favet conclut au rejet de la requête, et à titre subsidiaire à être garantie d'au moins 90 % de toute condamnation par la SARL ASCOT ASSISTANCE ET CONSEILS TECHNIQUES et la SA EGCM MINODIER pour les travaux de réfection et 100 % pour les préjudices, et à titre plus subsidiaire de limiter le montant de toute condamnation à la somme de 9 000 euros HT dont elle sera intégralement garantie par la SARL ASCOT ASSISTANCE ET CONSEILS TECHNIQUES et la SA EGCM MINODIER. Elle conclut également à ce que soit mis à la charge de la SARL ASCOT ASSISTANCE ET CONSEILS TECHNIQUES et la SA EGCM MINODIER une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la créance de la requérante est sérieusement contestable, dès lors que la commune ne produit pas le contrat les liant, que sa responsabilité ne pourrait être engagée que pour le désordre concernant la couverture du silo.
La procédure a été communiquée à la SARL ASCOT ASSISTANCE ET CONSEILS TECHNIQUES et à la SA EGCM MINODIER, qui n'ont pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le CCAG Travaux du 8 septembre 2009 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. "
2. La commune de Saint-Siméon-de-Bressieux a conclu des marchés publics pour la réalisation d'une chaufferie bois couplée avec des chaudières à gaz. Par acte d'engagement en date du 2 mai 2011, la société ALPHA JM, aux droits de laquelle vient la SARL ASCOT ASSISTANCE ET CONSEILS, a été désignée comme maître d'œuvre. La commune soutient que le lot n° 3 " Serrurerie - Métallerie " a été confié à la SA C.I.M.S DE LA BIEVRE, et que les lots n° 4 " Plomberie, électricité, tranchées, réseaux, fumisterie " et 5 " Chaudières " ont été confiés à la SA EGCM MINODIER.
3. Le maître d'ouvrage a prononcé le 16 octobre 2012 la réception des travaux avec diverses réserves, levées le 27 novembre 2012. Des désordres, notamment des inondations dues à une source souterraine et à des eaux de ruissellement et des dysfonctionnements du réseau de chauffage, sont apparus dès l'année 2012.
4 A la demande de la commune et par ordonnance du 14 juin 2017, le président du tribunal de grande instance de Grenoble a désigné comme expert M. C remplacé par M. B, lequel a déposé son rapport d'expertise, au contradictoire notamment des sociétés mentionnées au point 2, le 15 juillet 2021.
5. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables. Pour demander, sur ce fondement, la condamnation des défendeurs au paiement d'une provision, la commune fait valoir, que les désordres, et notamment les inondations de la chaudière bois et les dysfonctionnements du système de chauffage, non visibles à la réception, compromettent la solidité de l'ouvrage et le rendent impropre à sa destination. Elle soutient donc que ces désordres sont imputables aux défendeurs qu'elle a attrait à la cause et que les créances qu'elle revendique à son profit ne sont pas sérieusement contestables.
Sur le défaut d'étanchéité de la couverture amovible du silo :
6. La commune soutient, en se fondant sur le rapport de l'expert, que la couverture du silo n'est pas jointive et laisse pénétrer l'eau de pluie qui ruisselle sur les parois situées au-dessus. Elle en conclut que ces désordres sont imputables au titulaire du lot n° 3, la SA C.I.M.S DE LA BIEVRE, qui a réalisé et conçu cette partie de l'ouvrage, et au maître d'œuvre, la SARL ASCOT ASSISTANCE ET CONSEILS.
7. Il ne résulte pas de ce rapport, et n'est d'ailleurs pas soutenu, que ce désordre serait imputable à la SA EGCM MINODIER. Par suite celle-ci doit être mise hors de cause pour ce qui concerne ce désordre.
8 . La SA C.I.M.S DE LA BIEVRE croit pouvoir tirer argument du fait que la commune n'a pas produit les pièces contractuelles du marché passé entre elles. Toutefois elle ne soutient pas que le lien contractuel n'a pas existé. Il résulte de l'instruction que cette société a été attraite à l'expertise évoquée au point 4, qu'en réponse au pré-rapport n° 3 son conseil a déposé un dire le 31 mai 2021 sans soulever l'absence de lien contractuel. Par suite, l'omission par la commune de production des documents relatifs au marché du lot n° 3, pour regrettable qu'elle soit, ne fait pas obstacle à ce que, compte tenu de ce qu'est la mission du juge des référés, le lien contractuel soit regardé comme établi avec suffisamment de vraisemblance.
9. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert, que la couverture du silo, conçue comme amovible, n'est pas jointive au niveau du mur, par manque de recouvrement de la partie verticale au droit du muret supérieur et des rails de soutènement. Par suite, l'eau de pluie ruissèle et pénètre dans le silo.
10. La SA C.I.M.S DE LA BIEVRE fait valoir que les infiltrations d'eau dues à ce désordre n'ont jamais provoqué un taux d'humidité incompatible avec le fonctionnement de la chaudière bois. Toutefois, à supposer même que l'impropriété de l'ouvrage à sa destination ne soit pas établie, la pénétration de l'eau de pluie dans l'ouvrage, dont il n'est pas contesté qu'elle a été constatée pendant le délai d'épreuve de dix ans, compromet la solidité de l'ouvrage. Ce désordre est donc imputable à la SA C.I.M.S DE LA BIEVRE et à la SARL ASCOT ASSISTANCE ET CONSEILS.
11. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert, et n'est d'ailleurs pas contesté, que le coût des travaux d'étude et de réalisation d'une bavette verticale se monte à la somme de 10 800 euros TTC. Par suite, la créance revendiquée par la commune solidairement sur la SA C.I.M.S DE LA BIEVRE et la SARL ASCOT ASSISTANCE ET CONSEILS, au titre de ce désordre, doit être regardée comme non sérieusement contestable.
12. La SA C.I.M.S DE LA BIEVRE appelle en garantie le maître d'œuvre, la SARL ASCOT ASSISTANCE ET CONSEILS. Toutefois, si la SA C.I.M.S DE LA BIEVRE cite différents passages du rapport d'expertise, elle ne se prévaut d'aucune faute qu'aurait commise le maître d'œuvre. Par suite l'appel en garantie ne peut qu'être rejeté.
Sur les autres désordres :
13. La commune soutient, en se fondant sur le rapport de l'expert, que les vases d'expansion du circuit primaire de chauffage sont sous-dimensionnés ; que le puisard, dont la vocation est de récupérer uniquement les eaux de fuite du réseau, a été utilisé pour collecter les eaux de pluie, sans que la pompe de relevage soit dotée d'un débit suffisant ; que le réseau a utilisé un tube non conforme aux préconisations techniques auxquelles renvoyaient pourtant les documents contractuels ; que les pièces du foyer de la chaudière bois 300KW, dont l'inertie est insuffisante, connaissent une dégradation rapide ; que la conception des engrenages des vis sans fin de la chaudière bois 100 KW provoque très souvent des défauts, qui amènent à mettre en route prématurément la chaudière bois de 300KW, ce qui dégrade son foyer.
14. Il ne résulte pas de ce rapport, et n'est d'ailleurs pas soutenu, que ces désordres seraient imputables à la SA C.I.M.S DE LA BIEVRE. Par suite celle-ci doit être mise hors de cause pour ce qui concerne ce désordre.
15. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert, et n'est pas contesté, que ces désordres sont imputables à la SARL ASCOT ASSISTANCE ET CONSEILS TECHNIQUES et à la SA EGCM MINODIER, et qu'ils rendent l'ouvrage impropre à sa destination.
16. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert, et n'est d'ailleurs pas contesté, que le coût des travaux d'étude et de réalisation nécessaires afin de reprendre les différents désordres mentionnés au point 13 se monte à la somme de 71 373, 60 euros TTC. Par suite, la créance revendiquée par la commune solidairement sur la SA EGCM MINODIER et la SARL ASCOT ASSISTANCE ET CONSEILS, au titre de ces désordres doit être regardée comme non sérieusement contestable.
Sur les demandes accessoires de la commune :
17. Dans ses conclusions, la commune demande que les défenderesses soient condamnées d'une part à l'indemniser des travaux de réfection, et d'autre part de " préjudices financiers ". Toutefois, pour ce qui concerne ce chef de préjudice, le tableau venant au soutien de la demande de " préjudices financiers " retient les mêmes travaux avec les mêmes chiffres que ceux mentionnés aux points 11 et 16. Un même préjudice ne pouvant être indemnisé deux fois, cette partie de la demande de la commune ne peut être regardée comme non sérieusement contestable.
18. La commune demande également que la provision mentionnée aux points 11 et 16 soit indexée selon l'évolution de l'indice des prix à la construction. Toutefois, elle n'indique pas pourquoi elle n'aurait pas été en mesure d'engager les travaux à la réception du rapport de l'expert, par suite cette demande ne peut être regardée comme non sérieusement contestable.
19. La commune demande enfin que la provision mentionnée aux points 11 et 16 produise intérêt à compter de l'enregistrement de sa requête, soit le 30 janvier 2024. Toutefois, à la date de la présente ordonnance, il s'est écoulé moins d'une année, la demande d'intérêts est donc sans objet.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
20. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.
21. Ces dispositions font obstacle aux conclusions dirigées contre la commune de Saint-Siméon-de-Bressieux, qui n'est pas la partie perdante. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SARL ASCOT ASSISTANCE ET CONSEILS TECHNIQUES et de la SA EGCM MINODIER les sommes demandées à ce titre par la SA C.I.M.S DE LA BIEVRE. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire de la SARL ASCOT ASSISTANCE ET CONSEILS TECHNIQUES, de la SA EGCM MINODIER et de la SA C.I.M.S DE LA BIEVRE une somme de 1 500 euros sur le même fondement.
O R D O N N E :
Article 1er : La SARL ASCOT ASSISTANCE ET CONSEILS TECHNIQUES et la SA C.I.M.S DE LA BIEVRE sont condamnées solidairement à verser à la commune de Saint-Siméon-de-Bressieux une provision d'un montant de 10 800 euros.
Article 2 : L'appel en garantie de la SA C.I.M.S DE LA BIEVRE envers la SARL ASCOT ASSISTANCE ET CONSEILS TECHNIQUES est rejeté.
Article 3 : La SARL ASCOT ASSISTANCE ET CONSEILS TECHNIQUES et la SA EGCM MINODIER sont condamnées solidairement à verser à la commune de Saint-Siméon-de-Bressieux une provision d'un montant de 71 373, 60 euros
Article 4 : La SARL ASCOT ASSISTANCE ET CONSEILS TECHNIQUES, la SA EGCM MINODIER et la SA C.I.M.S DE LA BIEVRE verseront solidairement à la commune de Saint-Siméon-de-Bressieux la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à la SARL ASCOT ASSISTANCE ET CONSEILS TECHNIQUES, à la SA EGCM MINODIER, à la SA C.I.M.S DE LA BIEVRE et à la commune de Saint-Siméon-de-Bressieux
Fait à Grenoble, le 18 septembre 2024.
Le juge des référés,
F. A
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026
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01/06/2026