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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2401426

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2401426

mercredi 10 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2401426
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSCP DUCROT ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 février 2024 et un mémoire du 18 mars 2024, le syndicat de la copropriété de l'immeuble Le Sappi, représenté par la SCP Ducrot et associés, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner au maire de la commune de Megève, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'édicter un arrêté interruptif de travaux à l'encontre de la SCCV Plaine Saint-Michel dans un délai de 72 heures à compter de la date de notification de l'ordonnance à venir ;

2°) d'ordonner au maire de la commune de Megève, de réaliser dans un délai de 15 jours à compter de cet arrêté interruptif de travaux, une visite des travaux en application de l'article L. 461-1 du code de l'urbanisme afin de constater la réalité des travaux effectués ;

3°) d'ordonner au maire de la commune de Megève de dresser un procès-verbal d'infraction au code de l'urbanisme à l'issue de cette visite et d'en transmettre copie sans délai au procureur de la République ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Megève la somme de 1 500 euros tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la SCCV Plaine Saint-Michel poursuit des travaux de construction en méconnaissance de la règle d'urbanisme, notamment la création d'une fosse d'ascenseur et la création d'un édicule de sortie de garage ; ses travaux sont difficilement réversibles, il y a donc urgence.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 12 mars 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la commune de Megève indique que les travaux en cours ont obtenu une autorisation et que les modifications constatées font l'objet d'un nouveau permis de construire modificatif en cours d'instruction.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 15 mars 2024, la SCCV Plaine Saint-Michel, représentée par Me Gombaret, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que l'immeuble en construction a été autorisé par un permis de construire qui n'a pas été suspendu. Aucune infraction pénale ne peut être constatée et aucun procès-verbal n'a été dressé par la commune de Megève. La fosse d'ascenseur était bien prévue dans les plans du permis de construire délivré le 12 septembre 2019. La profondeur de la fosse demeure inchangée dans le permis de construire modificatif et a simplement été déplacée. La modification n°3 du plan local d'urbanisme a été approuvée par délibération du 31 janvier 2023 et n'était pas applicable au permis de construire initial. L'édicule de sortie a été autorisé par le permis de construire modificatif du 26 mai 2023 retiré le 14 août 2023. Il a été édifié dans la période où elle était encore titulaire d'un permis de construire modificatif entre le 26 mai et le 14 août 2023. Un permis de construire modificatif a été déposé pour régulariser la construction.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 22 mars 2024, la commune de Megève, représentée par Me Antoine, conclut au non-lieu à statuer et au rejet de la requête.

Elle soutient que les services de la commune ont constaté au cours d'une visite de chantier le 13 mars 2024, que la SCCV avait réalisé en toiture des travaux qui correspondent aux plans du permis de construire modificatif M04 pourtant refusé par la commune en décembre 2023, et avait poursuivi les travaux de construction de local technique après le retrait du permis de construire M03. La commune a donc dressé le 20 mars 2024, postérieurement à l'introduction de la requête, un procès-verbal d'infraction portant sur ces points.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La SCCV Plaine Saint-Michel a obtenu le 12 septembre 2019 un permis de construire un immeuble d'habitation de 12 logements à Megève. Par un jugement du 15 février 2021, le tribunal administratif de Grenoble a partiellement annulé l'arrêté du 12 septembre 2019 accordant le permis de construire en tant qu'il ne prévoyait pas le raccordement du dispositif d'infiltration au réseau des eaux pluviales. Par arrêté du 4 juin 2021, le maire de la commune de Megève a délivré à la SCCV Plaine Saint-Michel un permis de construire modificatif pour régulariser le vice retenu par le tribunal administratif. Par un arrêt définitif du 12 avril 2022, la Cour administrative d'appel de Lyon a rejeté l'appel du syndicat de la copropriété de l'immeuble Le Sappi. Un second permis de construire modificatif a été obtenu le 26 mai 2023. Ce permis de construire modificatif M03 obtenu tacitement a toutefois été retiré et refusé le 14 août 2023. Une nouvelle demande de permis de construire modificatif M05 a été déposée le 26 janvier 2024.

Sur le non-lieu à statuer :

2. Il résulte de l'instruction que les services de la commune ont constaté au cours d'une visite de chantier le 13 mars 2024, que la SCCV Plaine Saint-Michel avait réalisé en toiture des travaux qui correspondent aux plans du permis de construire modificatif M04 pourtant refusé par la commune en décembre 2023, et avait poursuivi les travaux de construction de local technique après le retrait du permis de construire M03. La commune a donc dressé le 20 mars 2024, postérieurement à l'introduction de la requête, un procès-verbal d'infraction portant sur ces points. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à enjoindre au maire de la commune de Megève agissant au nom de l'Etat de réaliser une visite du chantier et de dresser un procès-verbal d'infraction au code de l'urbanisme à l'issue de cette visite.

Sur le surplus des conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision "

4. Aux termes de l'avant-dernier alinéa de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme : " Dans le cas de constructions sans permis de construire ou d'aménagement sans permis d'aménager, ou de constructions ou d'aménagement poursuivis malgré une décision de la juridiction administrative suspendant le permis de construire ou le permis d'aménager, le maire prescrira par arrêté l'interruption des travaux ainsi que, le cas échéant, l'exécution, aux frais du constructeur, des mesures nécessaires à la sécurité des personnes ou des biens ; copie de l'arrêté du maire est transmise sans délai au ministère public. Dans tous les cas où il n'y serait pas pourvu par le maire et après une mise en demeure adressée à celui-ci et restée sans résultat à l'expiration d'un délai de vingt-quatre heures, le représentant de l'Etat dans le département prescrira ces mesures et l'interruption des travaux par un arrêté dont copie sera transmise sans délai au ministère public. "

5. Il résulte de l'instruction que les travaux litigieux de construction ont déjà été réalisés. Par suite, il n'y aucune urgence ni utilité pour le maire de la commune de Megève de prendre un arrêté interruptif de ces travaux, alors qu'il est constant que le maire a dressé le 20 mars 2024 un procès-verbal d'infraction portant sur ces points. Dès lors, le surplus des conclusions du syndicat requérant doit être rejeté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

7. La commune de Megève n'étant pas partie à l'instance, les conclusions du syndicat requérant ne peuvent qu'être rejetées. Le syndicat de copropriété de l'immeuble Le Sappi n'étant pas partie perdante à l'instance, les conclusions de la SCCV Plaine Saint-Michel et de la commune de Megève ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er :Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête du syndicat de copropriété de l'immeuble Le Sappi tendant à ce que le tribunal enjoigne au maire de la commune de Megève de réaliser une visite du chantier et de dresser un procès-verbal d'infraction au code de l'urbanisme à l'issue de cette visite.

Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête du syndicat de copropriété de l'immeuble Le Sappi est rejeté.

Article 3 :Les conclusions de la SCCV Plaine Saint-Michel et de la commune de Megève tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 :La présente ordonnance sera notifiée au syndicat de copropriété de l'immeuble Le Sappi, à la commune de Megève, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la SCCV Plaine Saint-Michel.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Savoie.

Fait à Grenoble, le 10 avril 2024.

Le juge des référés,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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