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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2401704

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2401704

lundi 3 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2401704
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSOCIETE NORMAND & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mars 2024, Mme B A, représentée par Me Pichon, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise médicale au contradictoire du centre hospitalier Pierre Oudot, de l'office national d'indemnisation des accident médicaux (ONIAM) et de la société Bayer Healthcare relative aux conditions et conséquences de sa prise en charge au sein du centre hospitalier Pierre Oudot, à compter du 26 septembre 2011 en vue de la pose d'implants contraceptifs Essure et d'évaluer les préjudices qui en ont résulté ;

2°) de dire que l'expert devra déposer un pré-rapport en laissant aux parties un délai raisonnable pour la production de leurs dires écrits auxquels il devra répondre dans son rapport définitif.

Elle soutient qu'à la date du 26 septembre 2011 elle a été admise au centre hospitalier de Bourgoin-Jalllieu pour bénéficier d'une chirurgie permettant la pose d'implants contraceptifs Essure. Elle expose, par ailleurs, qu'à partir de cette prise en charge, elle a subi plusieurs dommages et préjudices corporels. L'expertise est donc utile car elle permettra de constater les dommages corporels dont elle souffre, d'en révéler la causalité pour en obtenir la réparation par la mise en jeu des responsabilités correspondantes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2024, l'ONIAM représenté par Me Fitoussi, demande au juge des référés :

1°) de lui donner acte de ce qu'il émet des protestations et des réserves quant à la mesure sollicitée ;

2°) de désigner un collège d'experts en gynécologie et médecine interne ;

3°) de lui donner acte de ce qu'il ne s'oppose pas à l'expertise sollicitée sous réserve de modifier la mission du collège d'experts selon ses dires ;

4°) de dire qu'un pré-rapport sera déposé afin de permettre aux parties de faire valoir leurs éventuelles observations dans un délai suffisant ;

5°) de rejeter toute autre demande formulée à son encontre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2024, le centre hospitalier Pierre Oudot, représenté par Me Caremoli demande au juge des référés :

1°) de lui donner acte de ce qu'il conteste toute responsabilité qui lui serait imputée ;

2°) de lui donner acte de ce qu'il ne s'oppose pas à l'expertise sollicitée sous réserve de compléter la mission de l'expert en gynécologie selon ses dires ;

3°) de mettre à la charge de la requérante les frais de l'expertise ;

4°) de réserver les dépens de l'instance.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2024, la société Bayer HealthCare Sas, représentée par Me Robert, demande au juge des référés :

1°) de lui donner acte de ses protestations et réserve quant au fond du litige et sur son éventuelle mise en cause ;

2°) désigner deux médecins experts, un en médecine interne et un autre en gynécologie ;

3°) de compléter la mission expertale selon ses dires ;

4°) de mettre les dépens de l'instance à la charge de la requérante.

La requête a été régulièrement communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

3. La demande d'expertise présentée par Mme A, relative aux conditions et conséquences de sa prise en charge au sein du centre hospitalier Pierre Oudot à compter du 26 septembre 2011 aux fins de pose d'implants contraceptifs Essure, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.

4. L'expert est tenu, entre autres, d'informer les parties de ses constatations, de recueillir leurs dires et d'en faire état dans son rapport. S'il lui est loisible de communiquer aux parties un pré-rapport aux fins de recueillir leurs observations, aucune disposition législative ou réglementaire applicable devant le juge administratif ne permet de lui imposer cette formalité.

5. En application des dispositions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative, il appartiendra à l'expert désigné, s'il le juge utile, de demander au président du tribunal l'autorisation de s'adjoindre un sapiteur.

6. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, les frais de l'expertise seront liquidés et taxés par ordonnance, laquelle désignera la partie qui les supportera.

7. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de protestations ou de réserves.

ORDONNE :

Article 1er : Les professeurs René-Charles Rudigoz et Pascal Seve, domiciliés Hôpital de la Croix-Rousse à Lyon, sont désignés comme experts avec pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme A et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge à l'hôpital ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme A, ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) décrire l'état de santé de Mme A et les soins et prescriptions antérieurs à son admission à l'hôpital, ainsi que les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement ;

3°) préciser l'état actuel de Mme A et se prononcer sur l'origine de cet état ; en cas de pluralité de causes, indiquer les conséquences de chacune et, le cas échéant, proposer au tribunal, un partage en termes de pourcentages ; dire en particulier si cet état peut être en lien avec la pose et la présence des implants Essure ;

4°) donner son avis sur la prise en charge de Mme A au centre hospitalier Pierre Oudot, dire si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et données acquises de la science à l'époque des faits, et s'ils étaient pertinents, adaptés à l'état de Mme A et aux symptômes qu'elle présentait, et exécutés conformément aux règles de l'art ;

5°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements dans les actes médicaux, les actes de soins ou dans l'organisation des services ont été commis lors de la prise en charge de Mme A ; le cas échéant, indiquer dans quelle mesure ces manquements ont concouru à la survenance du dommage ou ont fait perdre à Mme A une chance d'éviter la survenue du dommage et, dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue en distinguant le pourcentage imputable aux diverses causes établies ;

6°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir s'il y a eu manquement à l'obligation d'information à l'égard de la requérante ;

7°) donner son avis sur le point de savoir si les dommages corporels constatés ont un rapport avec l'état initial de Mme A, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché au centre hospitalier Pierre Oudot ou à toute autre personne, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

8°) déterminer la date de consolidation de l'état physique de Mme A, l'importance et la durée du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, du préjudice esthétique temporaire, du déficit fonctionnel permanent, du préjudice esthétique permanent ou de tout autre préjudice extrapatrimonial dont celle-ci ferait état ; dire si l'état de Mme A est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution ;

9°) à défaut de consolidation indiquer le délai dans lequel Mme A devra être réexaminée en fonction de l'évolution prévisible de son état de santé et préciser, lorsque cela est possible, les dommages prévisibles pour l'évaluation d'une éventuelle provision ;

10°) préciser le montant des dépenses de santé et des frais divers supportés jusqu'à la date de consolidation et évaluer la nature et le montant des dépenses de santé futures, le cas échéant, indiquer quels seront les besoins d'adaptation du logement et du véhicule de Mme A, dire dans quelle mesure elle aura besoin de l'assistance d'une tierce personne ;

11°) préciser la nature et évaluer l'importance de tout autre préjudice patrimonial ou extrapatrimonial dont la requérante ferait état ; donner toute précision utile permettant au tribunal d'apprécier une éventuelle incidence professionnelle du dommage ; et dire notamment si elle est dans l'impossibilité de se livrer à des activités spécifiques de sports, loisirs ;

12°) évaluer chacun de ces préjudices même en l'absence de lien de causalité, de manquement ou de faute ; pour chacun d'entre eux, distinguer la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

13°) distinguer dans les soins supportés par la caisse primaire d'assurance maladie ceux qui auraient incombé en tout état de cause à celle-ci en raison de l'état antérieur de Mme A ou à toute autre cause, de ceux imputables à l'intervention pratiquée le 26 septembre 2011 ;

14°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

15°) tenter de parvenir à un accord entre les parties, si possible.

Article 2 : Les experts accompliront leur mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Ils ne pourront recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, les experts prêteront serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de Mme A, du centre hospitalier Pierre Oudot, de l'ONIAM, de la société Bayer Healthcare et de la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône.

Article 5 : Les experts déposeront leur rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme Transferpro dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de leurs vacations, frais et débours.

Article 6 : Les experts notifieront leur rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, au centre hospitalier Pierre Oudot, à l'ONIAM, à la société Bayer Healthcare, à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône et aux experts.

Fait à Grenoble, le 3 juin 2024.

Le président,

J-P. WYSS

La République mande et ordonne au ministre chargé de la santé en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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