jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2401802 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SELARL ABEILLE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 mars 2024, Mme F B épouse D et Mme E D épouse C, représentées par Me Pinet, demandent au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise médicale au contradictoire du centre hospitalier Drôme Vivarais relative aux conditions de la prise en charge de M. A D à compter du 6 janvier 2022.
Elles soutiennent que :
- un défaut de surveillance et de vigilance a permis à M. D de mettre fin à ses jours lors de son hospitalisation dans un service pourtant spécialisé ;
- l'expertise est utile puisqu'elle permettra d'obtenir le dossier médical complet de M. D et permettra au tribunal de statuer sur le fond ;
- un expert doit trancher la question du risque suicidaire présenté par M. D lors de son hospitalisation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, le centre hospitalier Drôme Vivarais, représenté par Me Zandotti, demande au juge des référés :
1°) de lui donner acte de ce qu'il conteste sa responsabilité ;
2°) de ce qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée et que la mission de l'expert soit complétée selon ses dires ;
3°) de dire que l'expert déposera un pré-rapport afin de susciter les observations des parties dans un délai de 40 jours ;
4°) de mettre les frais de l'expertise à la charge des requérantes.
La requête a été régulièrement communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".
2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.
3. Il résulte de l'instruction que M. A D a été admis à l'hôpital de Romans-sur-Isère le 4 janvier 2022 après une tentative d'homicide sur son épouse ; en raison d'une pathologie de troubles psychiatriques il a été transféré au centre hospitalier Drôme Vivarais le 6 janvier 2022 où il s'est suicidé le 7 janvier.
4. La demande d'expertise présentée par Mmes D et C, relative aux conditions de la prise en charge de M. A D du sein du centre hospitalier Drôme Vivarais à compter du 6 janvier 2022, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.
5. L'expert est tenu, entre autres, d'informer les parties de ses constatations, de recueillir leurs dires et d'en faire état dans son rapport. S'il lui est loisible de communiquer aux parties un pré-rapport aux fins de recueillir leurs observations, aucune disposition législative ou réglementaire applicable devant le juge administratif ne permet de lui imposer cette formalité.
6. En application des dispositions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative, il appartiendra à l'expert désigné, s'il le juge utile, de demander au président du tribunal l'autorisation de s'adjoindre un sapiteur.
7. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, les frais de l'expertise seront liquidés et taxés par ordonnance laquelle désignera la partie qui les supportera.
ORDONNE :
Article 1er : Le docteur G, domicilié 8 rue de Saint-Jean à La Tour-du-Pin (38110), est désigné comme expert avec pour mission de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. A D et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de sa prise en charge à l'hôpital ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. A D ;
2°) décrire l'état de santé de M. A D et les soins et prescriptions antérieurs à son admission à l'hôpital, ainsi que les conditions dans lesquelles il a été pris en charge et soigné dans cet établissement ;
3°) donner son avis sur la prise en charge de M. A D au centre hospitalier Drôme Vivarais, dire si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et données acquises de la science à l'époque des faits, et s'ils étaient pertinents, adaptés à l'état de M. A D et aux symptômes qu'il présentait, et exécutés conformément aux règles de l'art ; donner notamment son avis sur la pertinence des mesures de surveillance prises à son égard ;
4°) distinguer dans les soins supportés par la caisse primaire d'assurance maladie ceux qui auraient incombé en tout état de cause à celle-ci en raison de l'état antérieur de M. A D ou à toute autre cause, de ceux imputables aux soins prodigués entre les 6 et 7 janvier 2022 ;
5°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de Mme F B épouse D, de Mme E D épouse C, du centre hospitalier Drôme Vivarais et de la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme.
Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.
Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F B épouse D, à Mme E D épouse C, au centre hospitalier Drôme Vivarais, à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme et à l'expert.
Fait à Grenoble, le 27 juin 2024.
Le président,
J-P. WYSS
La République mande et ordonne au ministre en charge de la santé en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
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