jeudi 23 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2401944 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 8 |
| Avocat requérant | PROVOST |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 mars 2024 et le 19 novembre 2024, Mme A G et M. B F, représentés par Me Provost, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de l'Isère a rejeté leur recours préalable et confirmé un indu de revenu de solidarité active de 5 277,96 euros pour la période de mars 2020 à mars 2022 ;
2°) de les décharger de l'obligation de payer cette dette ;
3°) à titre subsidiaire, de leur accorder la remise gracieuse de leur dette ;
4°) à titre infiniment subsidiaire, de prononcer l'échelonnement du paiement de la dette ;
5°) en tout état de cause, d'enjoindre au département de l'Isère et à la caisse d'allocations familiales de l'Isère de restituer les sommes retenues en remboursement de l'indu de revenu de solidarité active dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
6°) de mettre à la charge du département de l'Isère la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
7°) de condamner les tiers aux entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- la décision de notification d'indu est entachée d'incompétence ;
- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation ;
- l'indu n'est pas fondé ;
- eu égard à leur situation, ils peuvent bénéficier d'une remise gracieuse.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2024, le département de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable car les requérants ne justifient pas de l'exercice d'un recours préalable obligatoire en application de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Les requérants ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 mars 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président a désigné M. E pour statuer sur la requête en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions au cours de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience tenue le 27 novembre 2024 :
- le rapport de M. E,
- et les observations de Mme D représentant le département de l'Isère.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G est allocataire du revenu de solidarité active. Suite à un contrôle de sa situation, la caisse d'allocations familiales a considéré qu'elle n'avait pas déclaré sa vie maritale. Par une décision du 8 août 2023, elle lui a notifié un indu de revenu de solidarité active de 5 277,96 euros pour la période de mars 2020 à mars 2022. Mme G a contesté le bien-fondé de cette dette par un recours préalable adressé initialement à la caisse d'allocations familiales et réputé avoir été adressé au département de l'Isère. En l'absence de réponse, le président du conseil départemental de l'Isère est réputé avoir rejeté cette demande.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental ". Aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ".
3. Il résulte des dispositions précitées que la décision prise à la suite du recours préalable exercé en contestation du bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active se substitue à la décision initiale de notification. Par conséquent, les moyens et conclusions de la requête doivent être redirigés vers la décision par laquelle le président du conseil départemental de l'Isère a rejeté leur recours préalable.
4. Aux termes de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé ". Aux termes de l'article L. 114-3 du même code : " Le délai au terme duquel est susceptible d'intervenir une décision implicite de rejet court à compter de la date de réception de la demande par l'administration initialement saisie ".
5. Il résulte de l'instruction que Mme G a contesté la décision de notification l'informant de sa dette de revenu de solidarité active par un recours préalable adressé seulement à la caisse d'allocations familiales de l'Isère et dont celle-ci a accusé réception le 19 août 2022. Par conséquent, en application des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration, le président du conseil départemental de l'Isère est réputé avoir rejeté ce recours par une décision implicite née le 19 octobre 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :
6. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
En ce qui concerne la régularité des décisions :
7. En l'espèce, Mme G conteste la décision implicite née le 19 octobre 2022 par laquelle le président du conseil départemental de l'Isère a implicitement rejeté son recours préalable. Elle ne peut ainsi utilement se prévaloir de l'incompétence de l'auteur de l'acte dès lors que la décision est réputée prise par le président du conseil département et elle ne peut utilement faire valoir que la décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière tirée du défaut de saisine de la commission de recours amiable.
8. Aux termes des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ". Il résulte de ces dispositions qu'une décision implicite de rejet intervenue dans un domaine qui, en cas de décision explicite, aurait dû faire l'objet d'une motivation, n'est pas illégale du seul fait de son absence de motivation. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que Mme G ait demandé que lui soient communiqués les motifs de la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de l'Isère a rejeté son recours préalable et confirmé l'indu litigieux d'allocation de logement familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision est inopérant et doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu :
9. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ".
10. Aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple. ". Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.
11. En l'espèce, M. F et Mme G sont débiteurs d'un indu d'un montant de 14 123,85 euros comportant des indus de revenu de solidarité active d'un montant de 5 277,96 euros du 1er mars 2020 au 3 mars 2022. Pour mettre à la charge des requérants l'ensemble de ces sommes, le département de l'Isère s'est fondé sur la circonstance que Mme G et M. F n'avaient pas déclaré leur situation de concubinage.
12. Les requérants font valoir qu'ils ont effectivement vécu par le passé en concubinage et qu'ils ont donné naissance à un fils, qu'ils se sont toutefois séparés en 2017 et qu'ils n'ont commencé à vivre de nouveau ensemble qu'à compter de 2022.
13. Il résulte de l'instruction que pour retenir l'existence d'une vie martiale entre M. F et Mme G, le département de l'Isère s'est fondé sur le rapport de contrôle, lequel précise que le paiement du contrat d'électricité du logement de l'intéressé est réalisé par Mme Mme G, que l'adresse connue par les services bancaires de Mme G est chez M. F, que l'école de leur enfant n'a connaissance que d'une seule adresse et les deux intéressés réalisent régulièrement des virements sur le compte de l'autre. Les pièces produites par M. F et Mme G ne suffisent pas à établir l'absence de concubinage pendant la période litigieuse. Dès lors c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales a révisé la situation de M. F et Mme G en tenant compte de leurs ressources mutuelles et leur a notifié l'indu de revenu de solidarité active.
Sur la demande de remise gracieuse :
14. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
15. Il résulte des dispositions suscitées, que pour demander une remise de dette, il est nécessaire, préalablement à la saisine du juge administratif, d'exercer un recours auprès du président du conseil départemental afin de demander une remise gracieuse. Toutefois, aucun des éléments produits par les requérants au soutien de leur requête ne permet d'attester de la réalisation d'une telle démarche puisque le document de demande de recours ne coche pas la case de remise de dette. Dès lors, les conclusions tendant à ce que soit accordé une remise de dette au titre du revenu de solidarité active sont irrecevable et doivent être rejetées.
Sur les dépens :
16. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que la requête de Mme G et de M. F doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme G et de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A G, à M. B F, à Me Provost et au département de l'Isère
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2025.
Le vice- président,
M. ELa greffière,
Mme C
La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026