Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2402292
mercredi 12 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2402292 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 8 |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires, enregistrés le 4 avril 2024, le 22 septembre 2024, le 23 novembre 2024, le 3 décembre 2024, le 13 janvier 2025, le 25 janvier 2025 et le 3 février 2025, Mme B C demande au tribunal d'annuler la décision du 7 février 2024 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Savoie a rejeté sa demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 1 669,21 euros et de lui accorder la remise totale de sa dette.
Elle soutient que :
- l'indu résulte d'une erreur de la caisse d'allocations familiales ;
- elle n'a pas les moyens de rembourser sa dette.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2025, le département de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable car la requérante ne produit pas la décision attaquée ;
- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions au cours de l'audience.
M. A a présenté son rapport au cours de l'audience tenue le 5 février 2025, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture d'instruction a été fixée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C est allocataire du revenu de solidarité active depuis 2019. Par une décision du 23 février 2023, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie lui a notifié un indu de cette prestation d'un montant de 1 669,21 euros. La requérante a sollicité la remise gracieuse de sa dette. Par une décision du 7 février 2024, la président du conseil départemental de la Haute-Savoie a rejeté cette demande.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation ".
3. Le département de la Haute-Savoie expose dans ses écritures que Mme C ne produit pas la décision attaquée. Toutefois, le département a lui-même produit la décision du 7 février 2024 et a ainsi lié le contentieux. Par conséquent, la fin de non-recevoir ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions à fin de remise gracieuse :
4. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé à la prime d'activité ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.
6. Il résulte des éléments versés en défense par le département de la Haute-Savoie que Mme C n'a pas déclaré l'ensemble de ses ressources dans ses déclarations trimestrielles. Ainsi, contrairement à ce qu'elle soutient, l'indu ne provient pas d'une erreur de l'administration dans la prise en compte de ses ressources mais bien d'une information erronée de la part de la requérante. Il résulte des captures d'écrans de rectifications de ressources produites par le département que les fausses déclarations de Mme C se sont étalées entre les mois de mars et novembre 2021. Si le département expose que l'intéressée est de mauvaise foi, il ne produit aucun élément permettant d'établir qu'il aurait informé l'allocataire, avant la communication avec les services fiscaux ayant révélé les informations erronées, qu'elle était tenue de déclarer l'ensemble de ses ressources de sorte que la mauvaise foi de la requérante ne peut être établie.
7. Il résulte de l'instruction que Mme C justifie avoir perçu un salaire net mensuel de 1 688,58 euros et paye un loyer avec charge s'élevant, en décembre 2024, à 711 euros par mois. Ainsi, l'intéressée dispose de 977,58 euros pour assumer le reste de ses charges courantes. Par ailleurs, dans son dernier mémoire, la requérante précise être aujourd'hui au chômage. Toutefois, eu égard au fait que l'allocataire reste tenu de déclarer l'ensemble des informations concernant sa situation et niveau de ses ressources en application de l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles et que Mme C n'a pas régulièrement l'ensemble de ses ressources pendant au moins six mois, il convient de lui accorder à une remise gracieuse limitée à 369,21 euros laissant ainsi à sa charge un résidu de 1 300 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il est accordé à Mme C une remise gracieuse de 369,21 euros.
Article 2 : La surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C et au département de la Haute-Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2025.
Le président,
J.P. ALa greffière,
A. CHEVALIER
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2300029
Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. A... contestant l'arrêté de mise en sécurité urgent pris par le maire de La Motte d'Aveillans le 22 août 2022. Le juge a écarté le moyen d'incompétence, estimant que le transfert de la compétence "politique du logement" à la communauté de communes n'inclut pas la police spéciale de sécurité des immeubles menaçant ruine, qui reste une prérogative du maire. Il a également jugé que le danger imminent était caractérisé par l'état de délabrement de l'immeuble, justifiant les mesures ordonnées sur le fondement des articles L. 511-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation. Enfin, le tribunal a considéré que l'absence de mention du propriétaire mitoyen n'entachait pas la légalité de l'arrêté, la procédure étant dirigée contre le seul propriétaire de l'immeuble dangereux.
23/02/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2207978
Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de la SCI du Four, qui demandait l’annulation de l’arrêté du préfet de l’Isère du 30 juin 2022. Cet arrêté, pris sur le fondement des articles L. 511-1 et suivants du code de la construction et de l’habitation et L. 1331-22 du code de la santé publique, interdisait définitivement l’habitation d’un logement jugé insalubre. Le tribunal a estimé que les non-conformités, notamment l’accès par une dépendance sans ouverture et l’impossibilité de mise en conformité, justifiaient cette mesure. La solution retenue confirme la légalité de l’arrêté préfectoral.
18/02/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2204398
Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. A... contestant l'arrêté du préfet de l'Isère du 15 février 2022, qui imposait des mesures de traitement de l'insalubrité pour un logement à Vienne. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence de l'auteur de l'acte, la sous-préfète bénéficiant d'une délégation de signature régulière. Il a également jugé que l'arrêté était légalement fondé sur les articles L. 1331-22 et L. 1331-23 du code de la santé publique, qui qualifient d'insalubres les pièces à hauteur sous plafond insuffisante, sans que le requérant puisse utilement invoquer le décret du 30 janvier 2002 relatif au logement décent. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation.
18/02/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2403200
Le Tribunal administratif de Grenoble annule les décisions des 23 novembre 2023 et 21 mars 2024 par lesquelles la commission de médiation de la Haute-Savoie a refusé de reconnaître la demande de logement de M. C... comme prioritaire et urgente. Le tribunal retient que le requérant, expulsé et sans logement adapté, conteste l’existence d’une proposition d’hébergement, et que la préfète, n’ayant pas produit de mémoire, est réputée avoir acquiescé aux faits. En application des articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l’habitation, ainsi que de l’article R. 612-6 du code de justice administrative, le tribunal enjoint à la préfète de saisir la commission pour un réexamen dans un délai de deux mois. Les conclusions relatives aux frais de justice sont rejetées.
19/01/2026