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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2403600

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2403600

lundi 23 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2403600
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationJuge unique 1
Avocat requérantPORET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a condamné l'État à verser une indemnité à Mme D..., reconnue prioritaire pour un hébergement d'urgence par la commission de médiation le 6 décembre 2023. L'administration n'ayant proposé aucune offre adaptée avant le 24 juin 2024, sa carence fautive a engagé sa responsabilité pour la période du 17 janvier au 24 juin 2024, sur le fondement des articles L. 441-2-3 et R. 441-18 du code de la construction et de l'habitation. Le tribunal a ainsi réparé les troubles dans les conditions d'existence subis par la requérante durant cette période.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête, enregistrée le 27 mai 2024, Mme B... D..., représentée par Me Poret, demande au tribunal :


1°) de condamner l’Etat de lui verser la somme provisionnelle totale de 2 300 euros en réparation des préjudices subis du fait de l’absence d’hébergement dans les délais légaux, ainsi que les intérêts de droit, somme qui sera réévaluée au jour de l’audience ;



2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


Elle soutient que :

- l’Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en ne lui faisant pas de proposition d’hébergement dans le délai imparti ;

- cette carence fautive a causé un préjudice tenant aux conditions d’existence et un préjudice moral, ces préjudices étant continus et évolutifs ;
- sa demande indemnitaire préalable a été implicitement rejetée.


Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 décembre 2025 et le 20 janvier 2026, la préfète de l’Isère conclut au rejet de la requête.


Elle soutient que :

- Mme D... s’est vue notifier une obligation de quitter le territoire français en juillet 2024 et ne justifie pas de circonstances exceptionnelles ;

- elle est hébergée depuis le 24 juin 2024 ;

- son préjudice a été réparé pour la période du 17 janvier 2024 au 21 août 2024.

Mme D... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 22 mai 2024.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- l’ordonnance n° 2403603 du 21 août 2024 ;
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Après avoir entendus au cours de l’audience :
– le rapport de M. A...,
– et les observations de Me Poret, représentant Mme D... et de Mme C..., représentant la préfète de l’Isère.

La clôture d’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 6 décembre 2023, la commission de médiation de l’Isère a reconnu le caractère prioritaire et urgent de la demande d’hébergement de Mme D.... Le préfet de l’Isère avait alors jusqu’au 17 janvier 2024 pour lui faire une offre d’hébergement adaptée à ses besoins et capacités. Estimant que cette obligation n’a pas été honorée, la requérante a adressé une demande indemnitaire préalable à la préfète de l’Isère qui en a accusé réception le 25 mars 2024 et qu’elle a implicitement rejetée. Par une ordonnance du 21 août 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble a condamné l’Etat à verser à Mme D... une provision de 1 000 euros.


Sur les conclusions indemnitaires :

2. Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être accueillie dans une structure d’hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale par une commission de médiation, en application des dispositions du III ou du IV de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l’égard du demandeur au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. La période de responsabilité de l’Etat court à compter de l'expiration du délai de six semaines que l'article R. 441-18 du même code impartit au préfet, à compter de la décision de la commission de médiation, pour proposer un accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, ce délai étant porté à trois mois si la décision de la commission spécifie que l’accueil ne peut être proposé que dans un logement de transition ou dans un logement-foyer. Les troubles dans les conditions d’existence doivent être appréciés en tenant notamment compte des conditions d’hébergement ou de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’Etat.

3. Aux termes de l’article R. 441-18 du code de la construction et de l’habitation : « Lorsqu'elle est saisie au titre du III de l'article L. 441-2-3, la commission rend sa décision dans un délai qui ne peut dépasser six semaines. Le préfet propose, dans un délai de six semaines au plus à compter de la décision de la commission, une place dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement dans un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale aux personnes désignées par la commission de médiation en application du III ou du IV de l'article L. 441-2-3. (…) ».

4. En l’espèce, il n’est pas contredit par les pièces versées à l’instruction que Mme D... n’a reçu aucune offre d’hébergement adaptée à ses besoins avant le 24 juin 2024, date à laquelle elle a intégré un hébergement d’urgence situé à Bourgoin-Jallieu où elle se trouve toujours. Ainsi, l’administration, en ne proposant pas de solution d’hébergement adaptée aux besoins du demandeur dont le dossier a été reconnu prioritaire et urgent a commis une faute de nature à engager sa responsabilité seulement pour la période du 17 janvier 2024 au 24 juin 2024. Dans les circonstances de l’espèce, il sera fait une juste appréciation des préjudices de Mme D... en condamnant l’Etat à lui verser la somme de 1 000 euros tous intérêts confondus pour cette période de laquelle il convient de déduire la provision déjà versée.

Sur les frais liés au litige :

5. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme D... au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.



D E C I D E :

Article 1er : L’Etat est condamné à verser à M. D... la somme de 1 000 euros tous intérêts compris, de laquelle il convient de déduire la provision déjà versée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.



Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... D..., à Me Poret et au ministre de la ville et du logement.

Copie en sera adressée à la préfète de l’Isère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2026.


Le président,





J-P. A...
La greffière,





A. ZANON




La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.












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