Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406598

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406598
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantACLH AVOCAT - ME CHIFFERT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé, a ordonné une expertise médicale à la demande de M. B, qui a subi des complications après une opération pour une fracture du fémur en mars 2022 au centre hospitalier intercommunal du Pays du Mont-Blanc. La juridiction a jugé la mesure utile sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, afin d'évaluer les conditions de sa prise en charge et les éventuels manquements. Deux experts, un orthopédiste et un ophtalmologiste, ont été désignés pour examiner les soins prodigués, déterminer les causes des séquelles (notamment une rétinopathie bilatérale), et préciser les liens de causalité avec d'éventuelles fautes. Les frais d'expertise seront taxés ultérieurement par le président du tribunal.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 septembre 2024, M. C B, représenté par Me Gsell, demande au juge des référés :

1°) de désigner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, un expert médecin aux fins de se prononcer sur les conditions de sa prise en charge au centre hospitalier intercommunal du Pays du Mont-Blanc à Sallanches à compter du 13 mars 2022 ;

2°) de condamner le centre hospitalier intercommunal du Pays du Mont-Blanc aux entiers frais et dépens.

Il soutient que l'expertise présente un caractère utile dès lors qu'elle permettra de se prononcer sur les conditions de sa prise en charge à l'hôpital, sur l'utilité, la nécessité et la diligence des soins et diagnostics pratiqués et d'évaluer l'ensemble de ses préjudices.

Par un mémoire enregistré le 13 septembre 2024, la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2024, le centre hospitalier intercommunal du Pays du Mont-Blanc, représenté par Me Chiffert, demande au juge des référés :

1°) de prendre acte qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée sous les plus expresses réserves quant à sa responsabilité et sous réserve de compléter la mission de l'expert selon ses dires ;

2°) de désigner un collège d'expert composé d'un orthopédiste et d'un ophtalmologiste pour la conduite des opérations de l'expertise ;

3°) de réserver les dépens.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

3. Il résulte de l'instruction que M. B a été admis à l'hôpital de Sallanches le 13 mars 2022 à la suite d'une chute. Lors de sa prise en charge il a été diagnostiqué une fracture diaphysaire du fémur droit et a été opéré d'une ostéosynthèse par clou gamma le 15 mars 2022. A la suite de cette intervention il a présenté de nombreuses complications et séquelles dont une rétinopathie de Puryscher bilatérale consécutive à une embolie graisseuse survenue le 16 mars 2022.

4. La demande d'expertise présentée par M. B relative aux conditions de sa prise en charge au sein du centre hospitalier intercommunal du Pays du Mont-Blanc, à compter du 13 mars 2022, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.

5. Les frais d'expertise seront taxés et liquidés par le président du tribunal conformément à l'article R. 621-11 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Le docteur E A, domicilié Hôpital Hautepierre à Strasbourg et le docteur F D, domicilié 35 avenue de Nancy à Metz (57000), sont désignés comme experts avec pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. B et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de sa prise en charge à l'hôpital de Sallanches ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. B, ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) décrire l'état de santé de M. B ainsi que les conditions dans lesquelles il a été prise en charge et soigné au centre hospitalier de Sallanches ;

3°) préciser l'état actuel de M. B et se prononcer sur l'origine de cet état ; en cas de pluralité de causes, indiquer les conséquences de chacune et, le cas échéant, proposer au tribunal, un partage en termes de pourcentages ;

4°) donner son avis sur la prise en charge de M. B à l'hôpital de Sallanches, dire si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et données acquises de la science à l'époque des faits, et s'ils étaient pertinents, adaptés à son état et aux symptômes qu'il présentait, et exécutés conformément aux règles de l'art ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier et l'utilité des gestes opératoires pratiqués ;

5°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements dans les actes médicaux, les actes de soins ou dans l'organisation des services ont été commis lors de la prise en charge de M. B; le cas échéant, indiquer dans quelle mesure ces manquements ont concouru à la survenance du dommage ou ont fait perdre à M. B une chance d'éviter la survenue du dommage et, dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue en distinguant le pourcentage imputable aux diverses causes établies ;

6°) déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché au centre hospitalier intercommunal du Pays du Mont-Blanc, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec toute autre cause extérieure, notamment les autres établissements hospitaliers fréquentés par M. B ;

7°) déterminer la date de consolidation de l'état physique de M. B, l'importance et la durée du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, du préjudice esthétique temporaire, du déficit fonctionnel permanent, du préjudice esthétique permanent ou de tout autre préjudice extrapatrimonial dont celle-ci ferait état ; dire si l'état de M. B est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution ;

8°) à défaut de consolidation indiquer le délai dans lequel M. B devra être réexaminé en fonction de l'évolution prévisible de son état de santé et préciser, lorsque cela est possible, les dommages prévisibles pour l'évaluation d'une éventuelle provision ;

9°) préciser le montant des dépenses de santé et des frais divers supportés jusqu'à la date de consolidation et évaluer la nature et le montant des dépenses de santé futures, le cas échéant, indiquer quels seront les besoins d'adaptation du logement et du véhicule de M. B, dire dans quelle mesure il aura besoin de l'assistance d'une tierce personne ;

10°) préciser la nature et évaluer l'importance de tout autre préjudice patrimonial ou extrapatrimonial dont le requérant ferait état ; donner toute précision utile permettant au tribunal d'apprécier une éventuelle incidence professionnelle du dommage ; et dire notamment s'il est dans l'impossibilité de se livrer à des activités spécifiques de sports, loisirs ;

11°) évaluer chacun de ces préjudices même en l'absence de lien de causalité, de manquement ou de faute ; pour chacun d'entre eux, distinguer la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ;

12°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

Article 2 : Les experts accompliront leur mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Ils ne pourront recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, les experts prêteront serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de M. B, de la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin, de la société ACM Iard et du centre hospitalier intercommunal du Pays du Mont-Blanc.

Article 5 : Les experts déposeront leur rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : Les experts notifieront leur rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, à la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin, à la société ACM Iard, au centre hospitalier intercommunal du Pays du Mont-Blanc et aux experts.

Fait à Grenoble, le 30 janvier 2025.

Le président,

J-P. WYSS

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.