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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2407043

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407043

lundi 23 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407043
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationJuge unique 1
Avocat requérantSARL NOVAS AVOCATS

Résumé IA

Responsabilité de l'État pour carence fautive dans l'exécution d'une décision de la commission de médiation (hébergement d'urgence). Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en plein contentieux, a condamné l'État à verser 6 000 euros à M. B... pour les troubles dans ses conditions d'existence subis du 1er mars 2024 au 14 mars 2025, période durant laquelle aucune offre d'hébergement ne lui a été faite malgré la décision prioritaire et urgente du 18 janvier 2024. La solution retient que la carence de l'État engage sa responsabilité sur le fondement des articles L. 441-2-3 et R. 441-18 du code de la construction et de l'habitation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 septembre 2024 et le 4 décembre 2025, M. C... B..., représenté par Me Combes, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :


1°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 12 803 euros en réparation des préjudices subis ;



2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros au profit de son conseil en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administratif et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


Il soutient que :

- l’Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en ne lui faisant pas de proposition d’hébergement dans le délai imparti ;

- cette carence fautive a causé un préjudice tenant aux conditions d’existence et un préjudice moral, ces préjudices étant continus et évolutifs.


Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2025, la préfète de l’Isère conclut au rejet de la requête.


Elle soutient que M. B... est hébergé depuis le 14 mars 2025 dans un hébergement d’urgence pérenne.

M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 3 février 2025.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- l’ordonnance n° 2407023 du 13 décembre 2024 ;
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Après avoir entendus au cours de l’audience :
– le rapport de M. A...,
– et les observations de Mme D..., représentant la préfète de l’Isère.

La clôture d’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 18 janvier 2024, la commission de médiation de l’Isère a reconnu le caractère prioritaire et urgent de la demande d’hébergement de M. B.... Le préfet de l’Isère avait alors jusqu’au 29 février 2024 pour lui faire une offre d’hébergement adapté à ses besoins et capacités. Estimant que cette obligation n’a pas été honorée, le requérant a adressé une demande indemnitaire préalable au préfet de l’Isère qui en accusé réception le 12 septembre 2024 et qui l’a implicitement rejetée. Par une ordonnance n°2407023 du 13 décembre 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble a condamné l’Etat à verser à M. B... une provision de 2 000 euros.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être accueillie dans une structure d’hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale par une commission de médiation, en application des dispositions du III ou du IV de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l’égard du demandeur au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. La période de responsabilité de l’Etat court à compter de l'expiration du délai de six semaines que l'article R. 441-18 du même code impartit au préfet, à compter de la décision de la commission de médiation, pour proposer un accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, ce délai étant porté à trois mois si la décision de la commission spécifie que l’accueil ne peut être proposé que dans un logement de transition ou dans un logement-foyer. Les troubles dans les conditions d’existence doivent être appréciés en tenant notamment compte des conditions d’hébergement ou de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’Etat.

3. Aux termes de l’article R. 441-18 du code de la construction et de l’habitation : « Lorsqu'elle est saisie au titre du III de l'article L. 441-2-3, la commission rend sa décision dans un délai qui ne peut dépasser six semaines. Le préfet propose, dans un délai de six semaines au plus à compter de la décision de la commission, une place dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement dans un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale aux personnes désignées par la commission de médiation en application du III ou du IV de l'article L. 441-2-3. (…) ».

4. En l’espèce, il résulte de l’instruction et il n’est au demeurant pas contesté que M. B... bénéficie d’un hébergement pérenne depuis le 14 mars 2025. Ainsi, l’administration, en ne proposant pas de solution d’hébergement adaptée aux besoins du demandeur dont le dossier a été reconnu prioritaire et urgent a commis une faute de nature à engager sa responsabilité pour la période du 1er mars 2024 au 14 mars 2025. Dans les circonstances de l’espèce, il sera fait une juste appréciation des préjudices de M. B... en condamnant l’Etat à lui verser la somme de 6 000 euros tous intérêts confondus pour la période considérée de laquelle il convient de déduire la provision déjà versée.


Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Combes, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Combes de la somme de 1 000 euros en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


D E C I D E :

Article 1er : L’Etat est condamné à verser à M. B... la somme de 6 000 euros tous intérêts compris, sous déduction de la provision déjà versée.

Article 2 : L’Etat versera à Me Combes une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Combes renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.



Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B..., à Me Combes et au ministre de la ville et du logement.

Copie en sera adressée à la préfète de l’Isère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2026.


Le président,





J-P. A...
La greffière,





A. ZANON




La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.









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