Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407951
jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2407951 |
| Type | Décision |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 octobre 2024, M. D A, représenté par Me Lefort, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 28 septembre 2023 par lequel le maire de la commune du Gua a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité pour la construction d'une maison individuelle ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune, à titre principal, de lui délivrer le permis de construire sollicité sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer la demande de permis de construire dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune du Gua la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie ;
- le motif tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme n'est pas fondé ;
- l'arrêté est entaché d'erreur de fait dès lors que la maison projetée n'est pas en zone de risque RT1 ;
- le motif tiré de la méconnaissance de l'article 8.1 du plan local d'urbanisme n'est pas fondé ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé au regard de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ;
- le motif tiré de la méconnaissance de l'article 10 du plan local d'urbanisme n'est pas fondé ;
- l'arrêté est entaché d'un détournement de pouvoir .
Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2024, la commune du Gua conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- il n'existe aucun doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête en annulation enregistrée sous le n°2307037.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 29 octobre 2024 au cours de laquelle ont été entendus :
- le rapport de Mme C ;
- les observations de Me Lefort, pour M. A ;
- et celles de M. B, maire de la commune du Gua.
La clôture de l'instruction a été repoussée au 30 octobre 2024 à 10 heures.
Un mémoire complémentaire a été présenté pour M. A le 30 octobre 2024 et n'a pas été communiqué.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de la délivrance le 1er mars 2021, d'un permis d'aménager pour la création de 6 lots à bâtir sur une parcelle cadastrée section AC n°336, M. A a déposé une première demande de permis de construire une maison individuelle sur le lot n°4, demande qui a été rejetée par arrêté du 4 mai 2023. M. A a déposé un second dossier de demande de permis de construire, demande également rejetée par arrêté du maire de la commune du 28 septembre 2023. Un référé suspension a été enregistré à l'encontre de cet arrêté et a été rejeté par ordonnance du 29 janvier 2024. M. A demande à nouveau au juge des référés de suspendre l'exécution de l'arrêté du 28 septembre 2023 sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. À cette fin, l'urgence s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, en tenant compte, notamment, des conséquences qui seraient susceptibles de résulter, pour les divers intérêts en présence, de la délivrance d'un permis de construire provisoire à l'issue d'un réexamen de la demande ordonné par le juge des référés.
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'arrêté attaqué, M. A se borne à indiquer, d'une part, qu'il a engagé des frais pour la constitution des dossiers de permis sans préciser ni le montant de ces frais ni même l'impact qu'auraient ces frais sur sa situation financière personnelle. Il se prévaut, d'autre part, de la mise en péril de la société A2I, promoteur du projet, dont il est associé mais il ne ressort pas des pièces produites que la situation financière de cette société soit liée exclusivement au refus de permis de construire opposé à M. A alors que l'éventuel retard ou absence de retour sur son investissement personnel initial ou même la perte de celui-ci ne contribuent en aucun cas à la mise en péril de la situation financière propre de M. A, faute de toute démonstration sur ce point. A ce titre, il y a lieu de préciser que la société A2I est une société par actions simplifiées de sorte qu'en l'absence de faute de gestion, les dettes de cette société ne seront pas payées sur le patrimoine personnel du requérant. En outre, l'atteinte à sa réputation ou les difficultés alléguées pour emprunter à l'avenir ne sont établies par aucune pièce du dossier. Ainsi M. A ne fait pas état d'une situation financière personnelle qui rendrait nécessaire la réalisation immédiate de son projet. Enfin, la circonstance que plusieurs refus de permis de construire ont été opposés par la commune dans ce lotissement n'est pas plus de nature à démontrer la situation d'urgence dont il se prévaut. Dans ces conditions, la condition relative à l'urgence, qui doit s'apprécier globalement, n'apparaît pas satisfaite en l'espèce.
5. Il résulte de ce qui précède qu'au moins l'une des deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative n'est pas satisfaite. Dans ces conditions, les conclusions aux fins de suspension doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais de procès.
O R D O N N E :
Article 1er :La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et à la commune du Gua.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
Le juge des référés,
J. C
La greffière,
M. E
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2407951