Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2408317

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2408317
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantGHANASSIA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé provision sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, a partiellement fait droit à la demande de Mme B, ressortissante nigériane. Il a jugé que l'administration avait commis une faute en ne lui délivrant pas un récépissé de demande de titre de séjour entre le 4 avril et le 14 juin 2024, en raison d'une insuffisance de rendez-vous. Cette carence a été considérée comme une obligation non sérieusement contestable, ouvrant droit à une provision de 200 euros pour les préjudices subis. La demande a été rejetée pour le surplus, notamment concernant la période antérieure liée à la présentation d'un faux passeport.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 octobre 2024, Mme A C B , représentée par Me Ghanassia, demande au juge des référés :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une provision de 29 100 euros en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- elle est dans l'attente du renouvellement de sa carte de séjour depuis 15 mois ;

- le refus implicite de renouvellement de sa carte de séjour né le 20 novembre 2023 est illégal ;

- le refus du 12 février 2024 de lui remettre un récépissé est illégal ; ce récépissé ne lui a été délivré que le 14 juin 2024 ;

- ces diverses illégalités sont constitutives de fautes de l'administration et ont généré un préjudice tant matériel que moral ;

- sa demande indemnitaire du 24 juillet 2024, reçue le 29 juillet suivant en préfecture, a été implicitement rejetée.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 novembre 2024, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- Mme B a bénéficié de plusieurs récépissés ;

- le 12 février 2024, elle a présenté un faux passeport nigérian et ce n'est que le 4 avril 2024 qu'elle a présenté un certificat de nationalité délivré par son ambassade ;

- elle n'a jamais contesté le refus implicite de rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

- les préjudices allégués sont sans lien avec de prétendues illégalités fautives ; ils ne sont pas justifiés ;

- la demande de titre de Mme B a été rejetée le 28 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante nigériane, bénéficie depuis 2014 de titres de séjour qui lui ont été délivrés en raison de son état de santé. A l'occasion de la procédure de renouvellement de son dernier titre de séjour qui expirait le 14 juillet 2023, un récépissé de demande de titre de séjour valable six mois à compter du 20 juillet 2023, soit jusqu'au 19 février 2024, lui a été délivré. Suite à la décision du 6 juin 2024 du juge du référé-liberté, un nouveau récépissé lui a été délivré le 14 juin 2024 et sa demande de titre de séjour a finalement été rejetée le 28 octobre 2024.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande tendant à l'octroi d'une provision :

3. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'exécution de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à établir l'existence d'une créance avec un degré suffisant de certitude. Le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.

4. Il résulte de l'instruction que Mme B a présenté le 20 juillet 2023 une demande de renouvellement de son titre de séjour et a été mise en possession d'un récépissé de demande valable du 20 juillet 2023 au 19 février 2024. Il n'est pas contesté qu'elle s'est présentée en préfecture courant février 2024 avec un faux passeport nigérian, son dossier ne pouvant alors être regardé comme complet. Il résulte également de l'instruction que ce n'est que le 4 avril 2024 qu'elle s'est munie d'une attestation de nationalité délivrée par son ambassade mais que, comme l'a d'ailleurs retenu le juge des référés, en dépit de ses tentatives réitérées à plusieurs reprises, il ne lui a pas été possible d'obtenir de rendez-vous afin de renouveler son récépissé de demande de titre de séjour, en raison de l'insuffisance manifeste de rendez-vous disponibles. Par suite, le seul préjudice suffisamment certain pour donner droit à provision s'étend du 4 avril 2024 au 14 juin 2024, date à laquelle Mme B a été mise en possession d'un récépissé de demande de titre. Il sera fait une juste appréciation des préjudices de toute nature subis par Mme B du fait de la faute de l'administration en condamnant l'Etat à lui verser à ce titre une provision de 200 euros.

Sur les frais liés au litige :

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de Mme B présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser à Mme B une provision d'un montant de 200 euros, tous intérêts compris.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Ghanassia et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 12 décembre 2024.

Le juge des référés,

J. P. WYSS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.