Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2408843

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2408843
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantGAYET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, saisi par le préfet de l'Isère d’une demande de liquidation d’astreinte, a refusé de liquider l’astreinte de 500 euros par mois prononcée le 25 septembre 2024 à l’encontre de l’État pour défaut de logement de Mme B. Le tribunal a estimé que l’administration avait proposé à l’intéressée un logement de 66 m² pour quatre personnes, conforme aux normes réglementaires (34 m²), et que son refus pour inadaptation n’était pas légitime. En conséquence, il a jugé qu’il n’y avait pas lieu de liquider l’astreinte, en application des articles L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation et R. 778-8 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2406060 du 25 septembre 2024, statuant sur la requête de Mme A B, le tribunal a enjoint au préfet de l'Isère d'assurer son logement avant le 30 novembre 2024, sous une astreinte de 500 euros par mois de retard destinée au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement.

Par une requête enregistrée le 13 novembre 2024, le préfet de l'Isère demande au tribunal de procéder à la liquidation de l'astreinte décidée par cette ordonnance.

Il soutient que Mme B a été positionnée par les services de l'Etat en décembre 2023 sur un logement de type T3 situé à Sassenage qu'elle a refusé au motif qu'il était inadapté à sa composition familiale. La taille réglementaire d'un logement pour quatre personnes est de 34m² et le logement proposé avait une surface de 66 m² ; le refus de proposition motivé par la taille du logement n'était donc pas légitime. Un autre logement de type T4 situé à Grenoble lui a été proposé le 10 septembre 2024 qu'elle a refusé au motif de sa situation géographique. Le préfet n'est pas tenu par les souhaits géographiques du demandeur.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation,

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. En vertu des dispositions du premier alinéa du I de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, un demandeur qui a été reconnu par une commission de médiation comme prioritaire et comme devant être hébergé en urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement. Le sixième alinéa du I du même article prévoit que la juridiction administrative peut assortir son injonction d'une astreinte. Aux termes de l'article R. 778-8 du code de justice administrative : " Lorsque le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cet effet constate, d'office ou sur la saisine du requérant, que l'injonction prononcée n'a pas été exécutée, il procède à la liquidation de l'astreinte en faveur du fonds prévu à l'article L. 300-2 du code de la construction et de l'habitation / Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cet effet peut statuer par ordonnance, dans les conditions prévues par le chapitre II du titre IV du livre VII du présent code, après avoir invité les parties à présenter leurs observations sur les modalités de l'exécution de l'injonction prononcée. / Il liquide l'astreinte en tenant compte de la période pendant laquelle, postérieurement à l'expiration du délai imparti par le jugement, l'injonction est demeurée inexécutée par le fait de l'administration. Il peut, eu égard aux circonstances de l'espèce, modérer le montant dû par l'Etat voire, à titre exceptionnel, déclarer qu'il n'y a pas lieu de liquider l'astreinte. ".

2. Par une ordonnance n° 2406060 du 25 septembre 2024, statuant sur la requête de Mme B, le tribunal a enjoint au préfet de l'Isère d'assurer son logement avant le 30 novembre 2024, sous une astreinte de 500 euros par mois de retard destinée au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement.

3. Il résulte de l'instruction que l'intéressée s'est vue proposer, en décembre 2023, un premier logement de type T3 situé à Sassenage qu'elle a refusé au motif qu'il était inadapté à sa composition familiale. Il résulte pourtant de l'instruction que le logement en question avait une surface habitable de 66 m² alors que la surface réglementaire d'un logement pour quatre personnes est de 34 m². Le logement n'était donc pas inadapté même s'il n'avait que deux chambres. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de liquider l'astreinte due par l'Etat.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de liquider l'astreinte prononcée par l'ordonnance n° 2406060 du 25 septembre 2024.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la ministre du logement et de la rénovation urbaine et à Mme A B.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 9 décembre 2024.

Le président du tribunal,

J.P. WYSS

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.