vendredi 27 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2409789 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | MATHIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 décembre 2024, M. C A, représenté par Me Mathis, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour dans un délai de quarante-huit heures à compter de la réception de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 en cas d'admission à l'aide juridictionnelle totale ou à lui-même dans le cas contraire.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 décembre 2024, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".
2. Saisi sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles, ne se heurtent à aucune contestation sérieuse et ne fassent obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
3. M. A, ressortissant kosovare, a obtenu le 16 novembre 2023 une carte de séjour temporaire pour raison de santé valable jusqu'au 15 novembre 2024. Le 23 août 2024, il en a demandé le renouvellement par l'intermédiaire du téléservice ANEF et s'est vu délivrer une attestation de dépôt. Il faut valoir qu'à l'expiration de son titre de séjour, aucune attestation de prolongation d'instruction n'a été mise à sa disposition.
4. D'une part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-15-1 du même code : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois () ".
6. En premier lieu, dès lors que M. A, qui a bénéficié d'une carte de séjour jusqu'au 15 novembre 2024, est désormais en situation irrégulière alors qu'il a sollicité, dans le délai imparti, le renouvellement de son titre de séjour, la condition d'urgence est remplie.
7. En second lieu, la préfète de l'Isère fait valoir en défense que la demande de M. A est toujours à l'instruction mais que la plateforme ANEF ne permet pas, matériellement, de délivrer une attestation de prolongation d'instruction à un étranger qui demande un titre de séjour pour raison de santé, tant que le collègue de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas rendu son avis.
8. Toutefois, il n'est pas contesté que M. A a produit, à l'appui de sa demande présentée sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, toutes les pièces exigées par l'annexe 10 du même code. Il n'est pas soutenu ni même allégué par la préfète de l'Isère que l'absence dans le dossier de l'intéressé de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui soit imputable. Par suite, la demande de titre de séjour déposée par le requérant doit être regardée comme étant complète pour l'application de l'article R. 431-15-1 de ce code. Si la préfète de l'Isère invoque une difficulté d'ordre matériel rendant impossible, selon elle, la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction, M. A ne saurait pour autant être maintenu en situation irrégulière en raison d'un retard dans l'instruction de sa demande qui n'est pas de son fait. Dès lors, la mesure qu'il sollicite de la part du juge des référés présente un caractère utile et ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. La circonstance que la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction serait impossible ne constitue pas non plus une contestation sérieuse dès lors que l'obstacle invoqué est strictement matériel et, au besoin, peut être surmonté par la remise à l'intéressé d'un document équivalent telle qu'une autorisation provisoire de séjour.
9. Dans ces circonstances, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Isère de délivrer à M. A, dans un délai de dix jours, soit une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour, soit à défaut une autorisation provisoire de séjour lui ouvrant les mêmes droits et de même durée. Il n'y a pas lieu, en l'état de l'instruction, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
10. Compte tenu de l'urgence qu'il y a à statuer sur le recours de M. A, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
11. M. A étant admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Mathis, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Mathis de la somme de 600 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros sera versée à ce dernier.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Isère de délivrer à M. A, dans un délai de dix jours suivant la notification de la présente ordonnance, une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour lui ouvrant les mêmes droits et de même durée.
Article 3 : L'Etat versera à Me Mathis, avocate de M. A, une somme de 600 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros sera versée à ce dernier.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Me Mathis et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera délivrée à la préfète de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 27 décembre 2024.
Le juge des référés,
V. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.