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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2409950

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2409950

mardi 15 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2409950
TypeDécision
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantZOUAOUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 décembre 2024, Mme E A D, représentée par Me Zouaoui, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le fichier européen.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne tient pas compte de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français ne tient pas compte de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination n'est pas fondée dès lors qu'elle ne constitue pas une menace à l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2025, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Pfauwadel, président, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante paraguayenne née en 1992, est entrée en France le 24 avril 2024. Le 16 novembre 2024, suite à un contrôle d'identité, l'intéressée a été placée en retenue administrative par la direction interdépartementale de la police aux frontières d'Annemasse pour vérifier son droit au séjour et à la circulation sur le territoire français. Par l'arrêté contesté du même jour, le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme C F, sous-préfète de permanence, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par arrêté du préfet de la Haute-Savoie du 29 août 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte, qui manque en fait, doit être écarté.

3. L'arrêté attaqué vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il comporte les considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement et est ainsi suffisamment motivé. Cette motivation révèle également que le préfet de la Haute-Savoie a procédé à un examen particulier de la situation de Mme A D. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle doivent être écartés.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

5. Mme A D, présente en France depuis moins de sept mois à la date de l'arrêté attaqué, n'est pas dépourvue d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine dans lequel elle a vécu l'essentiel de sa vie. De plus, il ressort des pièces du dossier que ses enfants résident en Argentine. Si elle soutient vivre en concubinage avec un ressortissant français, la seule attestation qu'elle produit en ce sens ne suffit pas à établir la stabilité et l'intensité de leur relation, alors qu'eu égard à la date de son entrée en France, cette vie commune présente nécessairement un caractère récent. Enfin, elle ne justifie d'aucune intégration particulière en France. Dans ces circonstances, la décision contestée n'a pas porté au droit de Mme A D au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté.

6. Pour les mêmes motifs, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant contre l'obligation de quitter le territoire français, qui n'a ni pour objet, ni pour effet de renvoyer la requérante dans son pays d'origine.

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

9. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans les cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. La durée de cette interdiction doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

10. En faisant état, dans la décision attaquée, que Mme A D ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'elle n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, mais que sa durée de présence en France est faible et qu'elle ne justifie d'aucune attache familiale ou personnelle en France alors qu'elle dispose d'attaches dans son pays d'origine, le préfet de la Haute-Savoie a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante. Par suite, ce moyen doit être écarté.

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, invoqué à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.

12. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant contre l'interdiction de retour sur le territoire français, qui n'a ni pour objet, ni pour effet de renvoyer la requérante dans son pays d'origine.

13. Enfin, la circonstance que Mme A D ne constituerait pas une menace pour l'ordre public est sans incidence sur la décision fixant le pays de destination.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 16 novembre 2024 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A D, à Me Zouaoui et au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Coutarel, première conseillère,

M. Derollepot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 avril 2025.

Le président rapporteur,

T. Pfauwadel

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

A. Coutarel

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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