jeudi 16 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2410201 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SCP FESSLER JORQUERA & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 décembre 2024, la société Terideal-Segex travaux et services, représentée par la SCPA Courteaud-Pellissier, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions des articles L. 551-1 et suivants du code de justice administrative :
1°) d'annuler les décisions du 20 décembre 2024 par lesquelles la commune de Tullins a rejeté l'offre qu'elle a présentée au titre des lots nos 3 et 4 du marché de travaux de requalification urbaine et paysagère de la place du docteur A et des rues adjacentes ;
2°) d'annuler l'ensemble des décisions qui se rapportent à la procédure de passation des lots nos 3 et 4 de ce marché ;
3°) d'ordonner la suspension de la procédure de passation du marché ;
4°) d'enjoindre à la commune de Tullins de reprendre la procédure de passation des lots nos 3 et 4 de ce marché à compter de l'analyse des offres ;
5°) de mettre à la charge de la commune de Tullins la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
La société Terideal-Segex travaux et services soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu'elle a été présentée antérieurement à la signature du contrat et qu'elle dispose d'un intérêt à agir en sa qualité de candidate évincée ;
- les décisions de rejet de ses offres sont insuffisamment motivées ;
- le pouvoir adjudicateur a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne justifiant pas des écarts de notation relatifs au critère " valeur environnementale " alors qu'elle a développé une politique avancée dans le domaine du droit environnemental ;
- les documents de consultation sont imprécis s'agissant du critère environnemental.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2025, la commune de Tullins, représentée par la Scp Fessler-Jorquera et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la société requérante sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
La commune de Tullins fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Triolet, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Ribeaud, greffier d'audience, Mme Triolet a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Delcourt, représentant la société Terideal-Segex travaux et services ;
- les observations de Me Touvier, représentant la commune de Tullins ;
- les observations de M. B, représentant la société Sports et paysages.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Tullins a engagé une procédure adaptée en vue de l'attribution d'un marché en cinq lots ayant pour objet des travaux de requalification urbaine et paysagère de la place du docteur A et des rues adjacentes. La société Terideal-Segex travaux et services a présenté une offre pour le lot n°3 " revêtement pierre " et le lot n°4 " espaces verts ". Par deux courriers du 20 décembre 2024, elle a été informée du rejet de ses offres, toutes deux classées en deuxième position. Par la présente requête, la société Terideal-Segex travaux et services demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, d'annuler la procédure de passation de ces deux lots.
Sur les conclusions tendant à la suspension de la procédure de passation :
2. Aux termes de l'article L. 551-4 du code de justice administrative : " Le contrat ne peut être signé à compter de la saisine du tribunal administratif et jusqu'à la notification au pouvoir adjudicateur de la décision juridictionnelle. ". En application de ces dispositions, la suspension de la signature du contrat résulte désormais de la première communication du recours au pouvoir adjudicateur, par le greffe du tribunal ou par le requérant. En sollicitant la suspension de la procédure de passation du marché litigieux, la société requérante doit être regardée comme sollicitant la suspension de la signature du contrat. Compte tenu de ce qui précède, de telles conclusions sont sans objet.
Sur les autres conclusions présentées au titre de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat. ". L'article L. 551-2 du même code dispose que : " Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations ".
4. Il appartient au juge administratif, saisi en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, de se prononcer sur le respect des obligations de publicité et de mise en concurrence incombant à l'administration. En vertu de cet article, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles qui sont susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient, dès lors, au juge des référés précontractuels de rechercher si l'opérateur économique qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésé ou risquent de le léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant un opérateur économique concurrent.
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2181-1 du code de la commande publique : " Dès qu'il a fait son choix, l'acheteur le communique aux candidats et aux soumissionnaires dont la candidature ou l'offre n'a pas été retenue, dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article R. 2181-1 du même code : " L'acheteur notifie sans délai à chaque candidat ou soumissionnaire concerné sa décision de rejeter sa candidature ou son offre ". Aux termes de l'article R. 2181-2 du code : " Tout candidat ou soumissionnaire dont la candidature ou l'offre a été rejetée peut obtenir les motifs de ce rejet dans un délai de quinze jours à compter de la réception de sa demande à l'acheteur. / Lorsque l'offre de ce soumissionnaire n'était ni inappropriée, ni irrégulière, ni inacceptable, l'acheteur lui communique en outre les caractéristiques et avantages de l'offre retenue ainsi que le nom de l'attributaire du marché. ".
6. L'information sur les motifs du rejet de son offre dont est destinataire l'entreprise en application des dispositions précitées a, notamment, pour objet de permettre à la société non retenue de contester utilement le rejet qui lui est opposé devant le juge du référé précontractuel. Par suite, l'absence de respect de ces dispositions constitue un manquement aux obligations de transparence et de mise en concurrence. Cependant, un tel manquement n'est plus constitué si l'ensemble des informations, mentionnées aux articles du code de la commande publique précités, a été communiqué au candidat évincé à la date à laquelle le juge des référés statue, et si le délai qui s'est écoulé entre cette communication et la date à laquelle le juge des référés statue a été suffisant pour permettre à ce candidat de contester utilement son éviction.
7. Par courriers du 20 décembre 2024, la commune de Tullins a informé la société Terideal-Segex du rejet de ses offres. Ces courriers indiquaient, pour chaque critère, les notes attribuées aux offres de la société requérante ainsi que son classement au terme de l'analyse des offres. Ils précisaient également le nom des sociétés attributaires, les notes obtenues par celles-ci pour chaque critère ainsi que le montant de leur offre. Ils mentionnaient enfin qu'un délai minimum de cinq jours serait respecté entre leur envoi et la signature du marché. Par ailleurs, en cours d'instance, par des courriers des 8 et 10 janvier 2025, la société Terideal-Segex a reçu communication des notes et des éléments d'appréciations portés sur ses offres et celles des attributaires pour chacun des critères et sous-critères. Ces éléments ont mis la société requérante en mesure de contester utilement son éviction. Dans ces conditions, les dispositions précitées du code de la commande publique n'ont pas été méconnues.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2152-7 du code de la commande publique : " Le marché est attribué au soumissionnaire ou, le cas échéant, aux soumissionnaires qui ont présenté l'offre économiquement la plus avantageuse sur la base du critère du prix ou du coût. L'offre économiquement la plus avantageuse peut également être déterminée sur le fondement d'une pluralité de critères non discriminatoires et liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution, parmi lesquels figure le critère du prix ou du coût et un ou plusieurs autres critères comprenant des aspects qualitatifs, environnementaux ou sociaux. Les modalités d'application du présent alinéa sont prévues par voie réglementaire. () ". Aux termes de l'article L.2152-8 du même code : " Les critères d'attribution n'ont pas pour effet de conférer une liberté de choix illimitée à l'acheteur et garantissent la possibilité d'une véritable concurrence. Ils sont rendus publics dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. ". L'article R. 2152-11 du code dispose : " Les critères d'attribution ainsi que les modalités de leur mise en œuvre sont indiqués dans les documents de la consultation ".
9. Pour assurer le respect des principes de liberté d'accès à la commande publique, d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, l'information appropriée des candidats sur les critères d'attribution d'un marché public est nécessaire dès l'engagement de la procédure d'attribution, dans l'avis d'appel public à concurrence ou le cahier des charges tenu à la disposition des candidats. Dans le cas où le pouvoir adjudicateur souhaite retenir d'autres critères que celui du prix, l'information appropriée des candidats doit alors porter également sur les conditions de mise en œuvre de ces critères. Il appartient au pouvoir adjudicateur d'indiquer les critères d'attribution du marché et les conditions de leur mise en œuvre selon les modalités appropriées à l'objet, aux caractéristiques et au montant du marché concerné.
10. Il résulte du règlement de la consultation que les critères d'appréciation des offres relatives aux lots nos 3 et 4 du marché litigieux étaient le prix des prestations, la valeur technique et la performance environnementale. Selon l'article 15 de ce règlement, la performance environnementale, notée sur 5 points, était appréciée, pour les deux lots en cause, " au regard de la pertinence des procédés d'exécution et des mesures proposées en matière de réduction des nuisances et de protection de l'environnement concernant : / - la diminution des nuisances des travaux pour les riverains (bruits, poussières, vibrations). / - la destination des déblais et /ou déchets issus du chantier, les mesures de tri sélectif, l'impact écologique des travaux (rejets atmosphériques, motorisation des engins) ". Ce critère a donc été défini avec suffisamment de précision.
11. En dernier lieu, il n'appartient pas au juge du référé précontractuel, qui doit seulement se prononcer sur le respect, par le pouvoir adjudicateur, des obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation d'un contrat, de se prononcer sur l'appréciation portée sur la valeur d'une offre ou les mérites respectifs des différentes offres. Il lui appartient, en revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le pouvoir adjudicateur n'a pas dénaturé le contenu d'une offre en en méconnaissant ou en en altérant manifestement les termes et procédé ainsi à la sélection de l'attributaire du contrat en méconnaissance du principe fondamental d'égalité de traitement des candidats.
12. En se bornant à faire valoir les mérites de son offre eu égard à la politique qu'elle mène dans le domaine environnemental, la société Terideal-Segex n'apporte pas d'élément de nature à établir l'existence d'une dénaturation de son offre. Par ailleurs, les lots n°3 et n°4 ayant des objets différents, la circonstance que les notes attribuées à la société requérante pour le critère " performance environnementale " sont différentes pour les deux lots, à savoir 2/5 pour le premier et 3/5 pour le second, alors qu'elle a déposé des mémoires techniques identiques sur ce point, ne démontre pas davantage que le contenu de ses offres aurait été dénaturé. Il résulte, au contraire, de l'instruction que la différence relevée porte notamment sur la prise en compte du traitement des terrassements au pied des arbres conservés, sans lien avec le lot n°3 mais valorisée au titre du lot n°4. Le moyen doit, par suite, être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation et en injonction de la requête de la société Terideal-Segex doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
14. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société Terideal-Segex travaux et services doivent dès lors être rejetées.
15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner la société Terideal-Segex travaux et services à verser à la commune de Tullins une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Terideal-Segex travaux et services est rejetée.
Article 2 : La société Terideal-Segex travaux et services versera à la commune de Tullins, la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Terideal-Segex travaux et services, à la commune de Tullins, à la société Sports et paysages et à la société Guintoli.
Fait à Grenoble, le 16 janvier 2025.
La juge des référés,
A. Triolet
Le greffier,
S. Ribeaud
La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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01/06/2026