lundi 14 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2502677 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Avocat requérant | MIRAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 mars 2025, M. B D, représenté par Me Miran, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 16 janvier 2025 par laquelle la commission de médiation de l'Isère a déclaré sans objet sa demande d'hébergement, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre à la commission de médiation de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande d'hébergement, sous astreinte de cent euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la commission de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation le 26 septembre 2024 et que le président du tribunal administratif a enjoint au préfet d'assurer son hébergement avant le 31 mars 2025 ; il ne dispose d'aucun hébergement et le motif de la décision est erroné ;
- il fait valoir des moyens sérieux à l'encontre de la décision attaquée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé, la décision étant dépourvue d'objet.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 11 mars 2025 sous le numéro 2502679 par laquelle M. D demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Chevalier, greffier d'audience, M. A a lu son rapport et entendu les observations de Me Miran, avocat de M. D, et de Mme C, représentant la préfète de l'Isère.
Mme C indique que le recours gracieux de M. D a été fait contre une décision implicite de rejet alors que la décision expresse faisant droit à sa demande était en cours de notification.
Considérant ce qui suit :
1. M D a été reconnu prioritaire par la commission de médiation le 26 septembre 2024 et le président du tribunal administratif a enjoint au préfet le 23 décembre 2024 d'assurer son hébergement avant le 31 mars 2025. Toutefois, par décision du 16 janvier 2025, la commission a rejeté le recours gracieux au motif que M D bénéficiait d'un hébergement. M. D demande la suspension de cette décision.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
3. Comme il a été dit, M D a été reconnu prioritaire par la commission de médiation le 26 septembre 2024 et le président du tribunal administratif a enjoint au préfet d'assurer son hébergement avant le 31 mars 2025. Il ne résulte pas de l'instruction que les motifs ayant conduit la commission de médiation de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande d'hébergement auraient changés. Par ailleurs, le requérant fait valoir sans être contredit qu'il est toujours dépourvu d'hébergement. Dans ces conditions, la condition d'urgence est remplie.
4. Par ailleurs, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la commission de médiation a entaché sa décision d'une erreur de fait est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
5. Dès lors, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 16 janvier 2025 de la commission de médiation de l'Isère.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. L'exécution de la présente ordonnance n'implique aucune mesure particulière de la part de l'administration, M. D demeurant titulaire des droits engendrés pour lui par la décision du 26 septembre 2024 et l'ordonnance du 23 décembre 2024.
Sur les frais de l'instance :
7. M. D a été admis à l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, Me Miran, avocat de M. D, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Miran renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Miran de la somme de 900 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. D par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à M. D.
O R D O N N E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision de la commission de médiation de l'Isère en date du 16 janvier 2025 est suspendue.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. D à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Miran renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Miran, avocat de M. D, une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. D par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à M. D.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D, à Me Miran et au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 14 avril 2025.
Le président,
J.P. A
La greffière,
A. CHEVALIER
La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.