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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2504980

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2504980

jeudi 31 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2504980
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantHUARD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble a accordé une provision de 3 300 euros à M. B, reconnu prioritaire pour un hébergement d'urgence, en raison de la carence persistante de l'État à lui fournir un logement malgré une décision de la commission de médiation et une précédente injonction. La responsabilité de l'État est engagée sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive ayant causé des troubles dans les conditions d'existence. Le tribunal a également mis à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mai 2025, M. A B, représenté par Me Huard, demande au juge des référés :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une provision de 3 300 euros en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative en réparation du préjudice subi du fait de l'absence d'hébergement dans les délais légaux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en ne lui faisant pas de proposition d'hébergement adaptée à ses besoins ;

- cette carence fautive a causé un préjudice tenant aux conditions d'existence, un préjudice moral et physique, ces préjudices étant continus et évolutifs ;

- sa demande indemnitaire préalable a été implicitement rejetée.

La requête a été régulièrement communiquée à la préfète de l'Isère qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 2408063 du 5 février 2025 ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen, a été reconnu prioritaire en vue d'une offre d'hébergement dans un délai de six semaines à compter de la décision du 18 janvier 2024 de la commission de médiation de l'Isère. Par ordonnance du 4 juin 2024, le tribunal administratif de Grenoble a enjoint à la préfète de l'Isère d'assurer son hébergement avant le 31 juillet 2024. M. B a adressé le 9 août 2024 à la préfète de l'Isère une demande d'indemnisation préalable, reçue le 19 août suivant et implicitement rejetée. M. B s'est vu attribuer une provision de 2 750 euros par une ordonnance du 5 février 2025, depuis, il n'a reçu aucune proposition d'hébergement de la part de la préfète de l'Isère.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la provision :

4. D'une part, aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer seulement que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude, l'octroi d'une telle provision n'étant aucunement subordonnée à l'urgence ou à la nécessité pour le demandeur de l'obtenir.

5. D'autre part, lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être hébergée d'urgence par une décision d'une commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du Code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'État prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de six semaines à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-18 du Code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre d'hébergement.

6. M. B, de nationalité guinéenne, a présenté une demande d'hébergement sur le fondement du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a été reconnu prioritaire et devant être accueilli dans une structure d'hébergement par une décision du 18 janvier 2024 de la commission de médiation de l'Isère. Par une ordonnance du 4 juin 2024, le tribunal administratif de Grenoble a enjoint à la préfète de l'Isère d'assurer son hébergement avant le 31 juillet 2024. Le préfet n'a pas proposé à M. B un hébergement dans le délai de six semaine impartis par le code de la construction et de l'habitation à compter de l'édiction de la décision de la commission de médiation. Par une ordonnance du 5 février 2025, le président du tribunal administratif de Grenoble a condamné l'Etat à verser la somme de 2 750 euros à M. B. Depuis, M. B n'a toujours pas reçu de proposition d'hébergement, cette carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à l'égard de M. B à compter du 29 février 2024.

7. M. B fait valoir qu'il a été contraint de vivre dans des conditions précaires, avec un enfant à qui a été reconnu le statut de réfugié. Eu égard à l'absence d'hébergement, M. B subissait nécessairement des troubles dans ses conditions d'existence. Compte tenu de cette absence d'hébergement, qui perdure du fait de la carence de l'Etat, les troubles de toute nature subis par M. B dans ses conditions d'existence, y compris son préjudice moral, justifient la condamnation de l'Etat à lui verser une provision de 1 000 euros pour la période du 6 février 2025 à la date de la présente ordonnance.

Sur les frais du litige :

8. M. B a été admis à l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, Me Huard, avocat de M. B, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Huard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aie juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Huard de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser à M. B une provision de 1 000 euros.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Huard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Huard, avocat de M. B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Huard et au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 31 juillet 2025.

Le juge des référés,

J. P. WYSS

La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2504980

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