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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2506100

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2506100

vendredi 29 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2506100
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantLABORIE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé, a ordonné une expertise médicale à la demande de Mme B, agent public victime d’un accident de service reconnu imputable. La mesure vise à évaluer l’ensemble de ses préjudices patrimoniaux et personnels, conformément à l’article R. 532-1 du code de justice administrative. Le tribunal rappelle que, même en l’absence de faute de l’administration, un agent peut demander réparation des préjudices non couverts par l’allocation temporaire d’invalidité. Les frais d’expertise seront liquidés ultérieurement, et la demande de frais irrépétibles de Mme B est rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juin 2025, Mme D B, représentée par Me Laborie, demande au juge des référés dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise aux fins de se prononcer sur l'étendue des préjudices qu'elle subit du fait de son accident de service ;

2°) de mettre les frais d'expertise à la charge du département de l'Isère ;

3°) de mettre à la charge du département de l'Isère la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'imputabilité de l'accident de service n'est pas contestée par l'administration ;

- même en l'absence de faute, elle est légitime à solliciter l'indemnisation complémentaire des autres postes de préjudices en lien avec cet accident de service ;

- elle est également susceptible de rechercher la responsabilité pour faute de l'administration, laquelle lui ouvrirait droit à l'indemnisation intégrale de ses préjudices.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juin 2025, le département de l'Isère ne s'oppose pas à la demande d'expertise sous les réserves d'usage et conclut au rejet des demandes présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée. De même, le juge doit se prononcer au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.

3. Alors même qu'un fonctionnaire ou agent public pourrait éventuellement bénéficier d'une allocation temporaire d'invalidité compensant la perte de revenus ou l'incidence professionnelle de son incapacité physique résultant d'un accident de service, ce fonctionnaire ou agent public, qui a subi, du fait de cet accident de service, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, conserve le droit de réclamer à la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice. En conséquence, est susceptible de présenter un caractère utile au sens de l'article R. 532-1 du code de justice administrative une mesure d'expertise contradictoire sollicitée par un fonctionnaire ou un agent public aux fins d'évaluer les préjudices patrimoniaux non professionnels et personnels.

4. A l'appui de sa demande d'expertise, Mme B soutient qu'elle a été victime d'un accident de service le 29 mars 2024, au cours duquel une fenêtre oscillo-battante lui est tombée dessus au niveau du dos la blessant grièvement. Cet accident a été reconnu imputable au service.

5. Il résulte de ce qui précède que la mesure d'expertise sollicitée par Mme B est susceptible de se rattacher à un litige actuel ou éventuel dans la mesure où elle a pour objectif de fixer l'étendue des préjudices patrimoniaux et personnels qu'il subit suite à son accident de service. Dès lors, la demande d'expertise rentre dans le cadre des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative.

6. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, les frais de l'expertise seront liquidés et taxés par ordonnance du président du tribunal qui désignera la partie qui les supportera.

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de Mme B présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Monsieur le docteur C A, domicilié Centre Ostéo-articulaire Cèdres - parc Sud Galaxie-5 rue des Tropiques 38 130 Echirolles est désigné comme expert avec pour mission de :

1° - prendre connaissance des dossiers médicaux et de tous documents concernant Mme B, détenus ou produits par le centre hospitalier de Voiron et examiner l'intéressée ;

2° - décrire les séquelles affectant Mme B en relation directe et certaine avec l'accident de service dont il a été victime le 29 mars 2024, indépendamment de l'existence d'un éventuel état antérieur ;

3° - proposer une date de consolidation de l'état physique de la requérante, et évaluer l'importance et la durée du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances physiques ou mentales endurées, du déficit fonctionnel permanent, du préjudice d'agrément et du préjudice sexuel, ou de tout autre préjudice extrapatrimonial dont celui-ci ferait état ; évaluer le cas échéant le taux d'incapacité permanente partielle, susceptible d'être retenu ;

4° - dans le cas où cet état ne serait pas consolidé, indiquer si des périodes de déficit fonctionnel temporaire partiel peuvent être définies et, si dès à présent, un déficit fonctionnel permanent est prévisible et le quantifier ; indiquer quand un nouvel examen médical pourra fixer la consolidation ;

5°- préciser le montant des dépenses de santé et des frais divers supportés jusqu'à la date de consolidation et évaluer la nature et le montant des dépenses de santé futures, le cas échéant, indiquer quels seront les besoins d'adaptation du logement et du véhicule de Mme B compte tenu de son handicap, dire dans quelle mesure il aura besoin de l'assistance d'une tierce personne ; indiquer dans quelle mesure ces soins sont imputables à son accident de service ; en cas de pluralité de causes, déterminer la part d'imputabilité de chacune ;

6° - évaluer chacun de ces préjudices, avant et après consolidation, en lien avec l'accident de service ;

7° - de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

8° - tenter de parvenir à un accord entre les parties, si possible.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de Mme B, le département de l'Isère et la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme Transfertpro dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B, au département de l'Isère, à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône et à l'expert.

Fait à Grenoble, le 29 août 2025.

Le président,

J-P. WYSS

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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