Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé, a ordonné une expertise sur la base de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. L'expertise vise à déterminer les causes des désordres affectant un mur de propriété bordant une route départementale et à évaluer les responsabilités potentielles, notamment celle du Département de l'Isère. La commune de Jardin a été mise hors de cause, et la demande d'allocation de frais de procès des requérants a été rejetée.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 novembre 2025, Mme C... B... et M. E... F..., représentés par Me Freire-Marques, demandent au tribunal, sur le fondement des dispositions de l’article R. 532-1 du code de justice administrative :
1°) de désigner un expert chargé de se prononcer, notamment, sur la cause des désordres et dégradations affectant le mur de soutènement de leur propriété sis 75 route de Bérardier à Jardin, bordant la route départementale ;
2°) de mettre à la charge du Département de l’Isère la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
les désordres proviennent des eaux de ruissellement provenant de la voirie ;
plusieurs régimes de responsabilité sont en mesure de permettre l’indemnisation de leurs préjudices ;
cette expertise sera utile soit dans le cadre d’une solution amiable ou dans le cadre d’une procédure aux fins indemnitaire qu’ils sont susceptibles d’engager.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 novembre et le 3 décembre 2025, le Département de l’Ière représenté par Me Pierson demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui donner acte de ses plus vives protestations et réserves concernant la mesure d’expertise sollicitée ;
2°) de compléter la mission selon ses dires ;
3°) de juger les opérations d’expertise communes et opposables à la communauté d’agglomération de Vienne-Condrieu et la commune de Jardin ;
4°) de rejeter les demandes formulées par les requérants au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le mur qualifié de soutènement par les requérants ne serait qu’un mur séparatif et que le plan cadastral suggère que l’ouvrage appartient aux requérants ;
- que le recueil des eaux de ruissellement sur la parcelle des requérants n’est pas conforme aux règles de l’art ;
- la communauté d’agglomération et la commune sont susceptibles d’être intéressées par le présent litige eu égard à leurs compétences en matière d’eau et de gestion des inondations.
Par un mémoire enregistré le 31 décembre 2025, la commune de Jardin représentée par Me Bourillon demande sa mise hors de cause.
Elle soutient qu’elle ne dispose ni de la compétence en matière d’assainissement collectif, ni de la compétence « Gestion des Milieux Aquatiques et Préventions des Inondations », ni de la compétence en matière de maîtrise des eaux pluviales et de ruissellement ou de lutte contre l’érosion des sols, lesquelles relèvent de la compétence exclusive de la communauté d’agglomération Vienne-Condrieu agglomération conformément à ses statuts.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif a désigné Mme Magali Sellès, sur le fondement de l’article R. 621-1-1 du code de justice administrative, comme magistrat chargé des questions d’expertise et du suivi des opérations d’expertise
Considérant ce qui suit :
Aux termes de l’article R. 532-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l’absence d’une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d’expertise ou d’instruction (…) ».
L’utilité d’une mesure d’instruction ou d’expertise qu’il est demandé au juge des référés d’ordonner sur le fondement de l’article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d’une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d’autres moyens et, d’autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l’intérêt que la mesure présente dans la perspective d’un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.
La demande d’expertise présentée par Mme B... et M. F..., aux fins de déterminer, notamment, l’existence et les causes des désordres allégués affectant leur propriété et le mur bordant la voirie départementale et les mesures permettant d’y remédier, présente un caractère utile et entre dans le champ d’application des dispositions précitées. Par suite, il y a lieu d’y faire droit dans les conditions précisées au dispositif de la présente ordonnance.
La commune de Jardin n’étant pas compétente en matière d’assainissement collectif ni en matière de maîtrise des eaux pluviales et de ruissellement, est mise hors de cause.
En application des dispositions de l’article R. 621-13 du code de justice administrative, les frais de l’expertise seront liquidés et taxés par ordonnance laquelle désignera la partie qui les supportera.
Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme B... et M. F... au titre des frais de procès.
ORDONNE :
Article 1er : M. G... A..., domicilié 4 rue du 16 août 1944 38 950 SAINT MARTIN LE VINOUX, est désigné comme expert avec pour mission de :
1°- se rendre sur les lieux et entendre toutes les parties concernées ; prendre connaissance de tous documents utiles et établir tous plans, croquis, schémas ou photographies utiles à la compréhension des faits de la cause ;
2°- recenser toutes dégradations ou désordres constatés affectant la propriété de Mme B... et M. F... et le mur la séparant de la route départementale et, pour chacun d’eux, donner son avis sur la ou les causes ;
3° - dire si le mur fait office de soutènement en tout ou partie de la voirie départementale ;
4°- si les désordres sont dus à plusieurs causes, notamment les travaux d’accès à la propriété effectués, fournir tous éléments permettant d’apprécier dans quelle proportion ils sont imputables à chacune d’elles, et donner son avis sur ce point ;
5°- donner son avis sur l’évolution prévisible des désordres et décrire les travaux de nature à faire cesser les désordres ; en évaluer le coût et en fixer la durée ;
6°- donner son avis sur les préjudices de toute nature causés à Mme B... et M. F... par lesdits désordres et en évaluer le montant ;
7°- de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l’importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;
8°- tenter de parvenir à un accord entre les parties, si possible.
L’expert disposera des pouvoirs d’investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l’accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l’autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l’expert prêtera serment dans les formes prévues à l’article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : L’expertise aura lieu en présence de Mme B... et M. F..., du Département de l’Isère et de la communauté d’agglomération Vienne-Condrieu agglomération.
Article 5 : La commune de Jardin est mise hors de cause.
Article 6 : L’expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme transfert pro dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l’état de ses vacations, frais et débours.
Article 7 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l’article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s’opérer sous forme électronique.
Article 8 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C... B... et M. E... F..., au Département de l’Isère, à la communauté d’agglomération Vienne-Condrieu agglomération, à la commune de Jardin et à l’expert.
Fait à Grenoble, le 1er avril 2026.
La juge des référés,
M. D...
La République mande et ordonne à la préfète de l’Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.