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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2512467

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2512467

jeudi 18 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2512467
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantVILLARD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé provision, a partiellement fait droit à la demande de M. A..., reconnu prioritaire pour un hébergement d'urgence. Il a jugé que la carence de l'État à lui proposer un hébergement dans le délai légal de six semaines constituait une faute engageant sa responsabilité. La provision a été accordée pour la période du 7 novembre 2024 au 5 novembre 2025, date à laquelle la famille a été hébergée de manière pérenne. Cette décision s'appuie sur les dispositions du code de la construction et de l'habitation et sur l'article R. 541-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 novembre 2025, M. B... A... , représenté par Me Villard, demande au juge des référés :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

2°) de condamner l’Etat à lui verser une provision sur la somme de 27 375 euros en réparation du préjudice subi du fait de l’absence d’hébergement dans les délais légaux ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat, la somme de 1 296 euros au profit de son conseil en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- l’Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en ne lui faisant pas de proposition d’hébergement adaptée à ses besoins ;
- cette carence fautive a causé un préjudice tenant aux conditions d’existence et un préjudice moral, préjudices étant évolutifs.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 décembre 2025, la préfète de l’Isère conclut au rejet de la requête.

Elle indique que la famille est hébergée de manière pérenne depuis le 5 novembre 2025 sur le dispositif Bel’Alp géré par l’association Entraide Pierre Valdo.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant algérien, a été reconnu prioritaire en vue d’une offre d’hébergement dans le délai de six semaines à compter de la décision du 26 septembre 2024 de la commission de médiation de l’Isère. Par ordonnance du 8 avril 2025, le tribunal administratif de Grenoble a enjoint à la préfète de l’Isère d’assurer son hébergement avant le 31 mai 2025 sous astreinte de 500 euros par mois de retard. M. A... a adressé le 29 juillet 2025 à la préfète de l’Isère une demande indemnitaire, reçue le 1er août suivant et implicitement rejetée.

Sur l’aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ». En raison de l’urgence, il y a lieu d’admettre, à titre provisoire, M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur la provision :

3. D’une part, aux termes de l’article R. 541-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés peut, même en l’absence d’une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l’a saisi lorsque l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable. Il peut, même d’office, subordonner le versement de la provision à la constitution d’une garantie. ». Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s’assurer seulement que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l’existence avec un degré suffisant de certitude, l’octroi d’une telle provision n’étant aucunement subordonnée à l’urgence ou à la nécessité pour le demandeur de l’obtenir.
4. D’autre part, lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être hébergée d’urgence par une décision d’une commission de médiation en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du Code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l’égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l’État prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’État, qui court à compter de l’expiration du délai de six semaines à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l’article R. 441-18 du Code de la construction et de l’habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre d’hébergement.
5. M. A... a été reconnu prioritaire en vue d’une offre d’hébergement dans le délai de six semaines à compter de la décision du 26 septembre 2024 de la commission de médiation de l’Isère. Par ordonnance du 8 avril 2025, le tribunal administratif de Grenoble a enjoint à la préfète de l’Isère d’assurer son hébergement avant le 31 mai 2025 sous astreinte de 500 euros par mois de retard. La préfète n’a pas proposé à M. A... un hébergement dans le délai de six semaines imparti par le code de la construction et de l’habitation à compter de l’édiction de la décision de la commission de médiation. Cette carence est constitutive d’une faute de nature à engager la responsabilité de l’Etat à l’égard de M. A... à compter du 7 novembre 2024. Toutefois, la préfète indique que la famille est hébergée de manière pérenne depuis le 5 novembre 2025 sur le dispositif Bel’Alp géré par l’association Entraide Pierre Valdo. Par suite, la créance de M. A... n’est certaine que pour la période du 7 novembre 2024 au 5 novembre 2025. Compte tenu des difficultés attenant à son hébergement pendant cette période, les troubles de toute nature subis par M. A... dans ses conditions d’existence, y compris son préjudice moral, et compte tenu de la circonstance qu’il ne justifie ni même n’allègue se trouver en situation régulière en France, justifient la condamnation de l’Etat à lui verser la provision de 5 000 euros.
Sur les frais du litige :
7. M. A... a été admis à l’aide juridictionnelle provisoire. Par suite, Me Villard, avocat de M. A..., peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Villard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat et sous réserve que l’admission définitive de M. A... à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Villard de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A....

O R D O N N E :


Article 1er : M. A... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L’Etat est condamné à verser à M. A... une provision de 5 000 euros.

Article 3 : Sous réserve de l’admission définitive de M. A... à l’aide juridictionnelle et sous réserve que Me Villard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, ce dernier versera à Me Villard, avocat de M. A..., une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A....

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A..., à Me Villard et au ministre de la ville et du logement.
Copie en sera adressée à préfète de l’Isère.


Fait à Grenoble, le 18 décembre 2025.


Le juge des référés,



J. P. WYSS


La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.













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