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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2600984

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2600984

lundi 16 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2600984
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantCACCIAPAGLIA

Résumé IA

**Sujet principal** : Demande de provision en référé par une assistante maternelle contre le département de l'Isère suite à la rupture de son contrat de travail. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Grenoble (formation de référé). **Solution retenue** : Le juge des référés rejette la demande de provision, estimant que l'existence de l'obligation indemnitaire du département est **sérieusement contestable**. Les difficultés soulevées concernent tant la qualification juridique de la rupture (licenciement fautif ou fin de contrat sans licenciement) que le fondement d'une éventuelle responsabilité sans faute. **Textes appliqués** : L'article R. 541-1 du code de justice administrative (conditions pour accorder une provision) et l'article L. 421-5 du code de l'action sociale et des familles (plafond d'accueil des assistants familiaux).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 30 janvier 2026, Mme A... C... représentée par Me Cacciapaglia demande au juge des référés :

1°) de condamner le département de l’Isère à lui verser, en application de l’article
R. 541-1 du code de justice administrative, une provision d’un montant de 15 630, 99 euros au titre de l’indemnisation des différents préjudices qu’elle a subis consécutivement à la rupture de son contrat de travail ;

2°) de mettre à la charge du département une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la responsabilité pour faute ou sans faute du département est engagée ; qu’elle a bien formé une demande préalable liant le contentieux, et qu’elle a bien droit à une indemnité de licenciement ; que la procédure préalable au licenciement n’a pas été respectée ; que la rupture de la relation de travail lui a causé des préjudices matériels à hauteur de 5 630, 99 euros, un préjudice moral à hauteur de 5 000 euros et un trouble dans les conditions d’existence à hauteur de 5 000 euros ; que dès lors sa demande n’est pas sérieusement contestable.


Par un mémoire enregistré le 9 mars 2026, le département de l’Isère par Me Da Costa conclut au rejet de la requête pour irrecevabilité, et soutient que la requête doit être rejetée au fond, à titre subsidiaire que rien ne justifie les préjudices invoqués.

Il soutient que la requérante est forclose, eu égard à la date de rejet du recours gracieux formé contre le rejet de sa demande indemnitaire ; que dès lors qu’elle avait atteint sa capacité maximum d’accueil d’enfants placés, le département n’a pas commis de faute en ne recourant plus à ses services ; que la responsabilité sans faute n’est étayée par aucun élément ; à titre subsidiaire que les préjudices invoqués ne sont pas démontrés ; que dès lors la demande de la requérante est sérieusement contestable.



Vu les autres pièces du dossier. Vu :
le code de l’action sociale et des familles ;
le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné M. B... pour statuer sur les demandes de référé.



Considérant ce qui suit :

Aux termes de l’article R. 541-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés peut, même en l’absence d’une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l’a saisi lorsque l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable. Il peut, même d’office, subordonner le versement de la provision à la constitution d’une garantie. »

Mme C..., domiciliée à Mimet, dans les Bouches-du-Rhône, a été agréée le 7 mars 2001 par le département des Bouches-du-Rhône comme assistante maternelle pour la garde d’enfants à son domicile. Dans ce cadre, la garde de l’enfant Lydia R. lui a été confiée. Par ordonnance du 11 mars 2009, le juge des enfants du tribunal judiciaire de Marseille s’est dessaisi au profit de son collègue du tribunal judiciaire de Grenoble, à raison du domicile de la mère de Lydia R., qui est toutefois restée placée au domicile de Mme C.... Par courrier du 17 novembre 2011, le département des Bouches-du-Rhône a informé Mme C... du transfert de son contrat au département de l’Isère à compter du 1er décembre 2011. Mme C... a continué d’accueillir Lydia R. jusqu’à la majorité de celle-ci, le 12 août 2023.

Ayant appris que Mme C... accueillait par ailleurs trois enfants à elle confiés par le département des Bouches-du-Rhône, et que de ce fait elle ne disposait plus d’une « capacité d’accueil disponible et mobilisable » pour le département de l’Isère, cette collectivité l’a informé par lettre du 30 novembre 2023 de la fin de son contrat de travail.

Mme C... a demandé au département par lettre du 27 février 2024 à percevoir une indemnité de licenciement, demande rejetée le 14 mars 2024. Après avoir vainement demandé, par son conseil, par une lettre reçue le 8 octobre 2025, à être indemnisée des différents préjudices qu’elle estime avoir subis consécutivement à cette rupture de la relation de travail, elle demande que le département soit condamné à lui verser une provision, au titre de ceux-ci.

Sur la responsabilité pour faute

Aux termes de l’article L 421 -5 du code de l’action sociale et des familles : » L’agrément de l’assistant familial précise le nombre des mineurs qu’il est autorisé à accueillir. Le nombre des mineurs accueillis à titre permanent et de façon continue ne peut être supérieur à trois, y compris les jeunes majeurs de moins de vingt et un ans ».
Il résulte de l’instruction, et n’est d’ailleurs pas contesté, que, au moins en 2023 et 2024, Mme C... accueillait à son domicile trois enfants à elle confiés par le département des

Bouches-du-Rhône. Il résulte de l’article cité au point précédent qu’elle avait ainsi atteint l’effectif maximum qu’elle était susceptible d’accueillir, et ne pouvait donc en accueillir d’autres.

Le département soutient que, informé de cette situation, il n’a pas procédé au licenciement de la requérante mais simplement pris acte du fait que la requérante n’était plus en capacité d’accueillir d’autres enfants placés. Il en déduit qu’il n’a pas procédé à son licenciement, mais pris acte de la fin du contrat de travail.

Le point de savoir si, dans de telles circonstances, la requérante a fait l’objet d’un licenciement constitutif d’une faute du département, ou si la relation de travail a pris fin sans licenciement constitue une difficulté sérieuse.

Sur la responsabilité sans faute

La requérante se fonde également sur la responsabilité sans faute du département de l’Isère. Toutefois, ce moyen, au soutien duquel elle se borne à reproduire l’historique de ses relations avec le département, n’est pas assorti des précisions permettant d’en apprécier le bien- fondé. Si la responsabilité sans faute est d’ordre public, il ne résulte pas de l’instruction que les conditions de sa mise en œuvre soient réunies.

Il résulte des points 5 à 9 que, sans qu’il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, l’existence d’une obligation du département envers la requérante ne présente pas, en l’état de l’instruction, un caractère non sérieusement contestable au sens de l’article R. 541-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :
Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

Ces dispositions font obstacle à ce qu’à ce titre une somme soit mise à la charge du département qui n’est pas dans la présente affaire la partie perdante.



O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... C... et au département de l’Isère.




Fait à Grenoble, le 16 mars 2026.




F. B...

La République mande et ordonne à la préfète de l’Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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