Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2603892
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2603892 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CANS |
Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 9 avril 2026 sous le n°2603892 et un mémoire enregistré le 16 juin 2026, M. C... B..., représenté par Me Cans, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 12 septembre 2025 par lequel la préfète de l’Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire pendant la durée de trois ans et a désigné le pays de destination de cette mesure d’éloignement ;
2°) d’enjoindre à la préfète de l’Isère, sur le fondement de l’article L.911-1 du code de justice administrative, de lui délivrer un certificat de résidence algérien « vie privée et familiale », dans un délai d’un mois à compter du prononcé du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter du prononcé du jugement et de lui délivrer, dans l’attente de la décision, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement sur le fondement de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête n’est pas tardive ;
- le refus de titre de séjour est entaché d’incompétence ;
- en estimant qu’il représentait une menace pour l'ordre public, la préfète de l’Isère a commis une erreur d’appréciation ;
- ce refus méconnait les stipulations de l’article 6-1) de l’accord franco-algérien ;
- il méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnait l’article 3-1 de la convention Internationale relative aux droits de l’Enfant ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- l’obligation de quitter le territoire français est entachée d’incompétence ;
- elle méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l’article 3-1 de la convention Internationale relative aux droits de l’Enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle est dépourvue base légale ;
- l’interdiction de retour sur le territoire français est entachée d’incompétence ;
- elle n’était pas nécessaire ;
- elle méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme ;
- elle méconnait l’article 3-1 de la convention Internationale relative aux droits de l’Enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle est dépourvue base légale.
Par un mémoire enregistré le 26 mai 2026, la préfète de l’Isère conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est tardive ;
- les moyens ne sont pas fondés.
M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 2 février 2026.
II. Par une requête enregistrée le 9 avril 2026 sous le n°2603893 et un mémoire enregistré le 16 juin 2026, Mme A... E... épouse B..., représentée par Me Cans, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 12 septembre 2025 par lequel la préfète de l’Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire pendant la durée de deux ans et a désigné le pays de destination de cette mesure d’éloignement ;
2°) d’enjoindre à la préfète de l’Isère, sur le fondement de l’article L.911-1 du code de justice administrative, de lui délivrer un certificat de résidence algérien « vie privée et familiale », dans un délai d’un mois à compter du prononcé du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter du prononcé du jugement et de lui délivrer, dans l’attente de la décision, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement sur le fondement de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête n’est pas tardive ;
- le refus de titre de séjour est entaché d’incompétence ;
- il est entaché d’un défaut d’examen de sa situation dès lors que le préfet de l’Isère n’a pas procédé à l’examen de sa demande de titre de séjour sur le fondement de l’article 6-1) de l’accord franco-algérien ;
- ce refus méconnait les stipulations de l’article 6-5 de l’accord franco-algérien ;
- il méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- l’obligation de quitter le territoire français est entachée d’incompétence ;
- son droit d’être entendue est méconnu ;
- à défaut de vérifier son droit au séjour au regard de de l’article 6-1 de l’accord franco-algérien, elle méconnait l’article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle remplit les conditions pour bénéficier de plein droit d’un certificat de résidence au titre de l’article 6-1) de l’accord franco-algérien, si bien que l’administration ne pouvait légalement prononcer une obligation de quitter le territoire français à son encontre ;
- elle méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l’article 3-1 de la convention Internationale relative aux droits de l’Enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle est dépourvue base légale ;
- l’interdiction de retour sur le territoire français est entachée d’incompétence ;
- elle n’était pas nécessaire ;
- elle méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme ;
- elle méconnait l’article 3-1 de la convention Internationale relative aux droits de l’Enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle est dépourvue base légale.
Par un mémoire enregistré le 26 mai 2026, la préfète de l’Isère conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est tardive ;
- les moyens ne sont pas fondés.
Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 8 avril 2026.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
-le rapport de M. Ban, rapporteur,
- les observations de Me Cans, représentant M. et Mme B....
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., ressortissant algérien né en décembre 1978, soutient être entré en France en 2001. En 2011, il a épousé une compatriote née le 22 juillet 1991 qui l’a rejoint en France en 2014 accompagnée de leur fille née en 2012. Des obligations de quitter le territoire ont été prises à l’encontre de M. B... les 2 mai 2016, 14 avril 2018, 26 juin 2018 et 9 janvier 2021 qu’il n’a pas exécutées. De son côté, Mme B... a fait l'objet de mesures d’éloignement les 2 mai 2016 et 26 juin 2018 assorties d’interdiction de retour sur le territoire français. Le 14 mars 2023, ils ont chacun sollicité un titre de séjour au titre de leur vie privée et familiale en France. Par leur requête, ils demandent l’annulation des arrêtés du 12 septembre 2025 par lesquels la préfète de l’Isère a rejeté leur demande de titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire et a désigné le pays de destination de ces mesures d’éloignement.
2. Les requêtes de M. et Mme B... présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la légalité des arrêtés attaqués :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, les arrêtés attaqués ont été signés par M. Laurent Simplicien, secrétaire général de la préfecture de l’Isère, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté du 25 novembre 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour. Par suite, les moyens tirés de l’incompétence du signataire doivent être écartés.
4. En deuxième lieu, en l’absence de texte en disposant autrement, il est loisible à un étranger de demander simultanément ou successivement des titres de séjour relevant de différentes catégories, dont le mode de dépôt de demande diffère. Aucun principe n’impose, en l’absence de texte, à l’étranger de présenter une demande unique, ni au préfet de statuer par une seule décision sur des demandes de titre déposées simultanément ou successivement par un même demandeur.
5. Il ressort des pièces du dossier que, par courriel du 14 mai 2025, Mme B..., avec l’aide de son conseil, a demandé un rendez-vous afin de renouveler son récépissé et de compléter sa demande de titre de séjour sur le fondement de l’article 6-1) de l’accord franco-algérien. Elle a obtenu par courrier du 27 août 2025 un rendez-vous le 9 septembre 2025 au cours duquel les services de la préfecture ont refusé d’enregistrer sa demande de titre de séjour au titre de sa résidence habituelle en France depuis plus de dix ans. En application de ce qui a été dit au point précédent, la préfète n’avait pas l’obligation, par l’arrêté du 12 septembre 2025, de se prononcer explicitement sur cette nouvelle demande qui avait déjà fait l’objet d’une décision. Il s’ensuit que la requérante ne peut pas utilement soutenir que la décision en litige est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle au motif qu’elle ne statuerait pas sur sa demande fondée sur l’article 6-1) de l’accord franco-algérien.
6. En troisième lieu, aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : « Le certificat de résidence d'un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ».
7. Les périodes durant lesquelles un ressortissant algérien fait l’objet d’une interdiction de retour sur le territoire français assortissant une obligation de quitter le territoire, alors même qu’il a continué à séjourner sur le territoire national sans respecter cette interdiction, ne peuvent être prises en compte pour l’appréciation de la durée de résidence mentionnée au 1 de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968. En l’espèce, les mesures d’éloignement prises à l’encontre de M. B... les 14 avril 2018, 26 juin 2018 et 9 janvier 2021 étaient assorties d’une interdiction de retour d’une durée d’un an pour la première et de deux ans pour les deux dernières. Dès lors, il ne saurait prétendre justifier de dix années consécutives de présence en France depuis 2015. Par suite, le moyen soulevé seulement par M. B... tiré de ce que le refus de titre de séjour méconnaîtrait les stipulations précitées doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ». Aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : « (…) Le certificat de résidence d’un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit (…) 5) au ressortissant algérien, qui n’entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d’autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ».
9. M. B... soutient qu’il réside en France depuis 2001 et son épouse fait valoir qu’elle est arrivée en France en 2014 accompagnée de sa fille et que leurs deux autres enfants sont nés en France en 2015 et 2017 et y sont scolarisés. Toutefois, ils se maintiennent irrégulièrement en France en dépit des mesures d’éloignement prises à leur encontre et, dès lors que tous les membres de la famille ont la même nationalité, la cellule familiale peut se reconstituer en Algérie, pays dans lequel vivent les parents et le frère de M. B... ainsi que les parents, les deux sœurs et le frère de son épouse. A la date des décisions attaquées, ils ne justifient pas disposer d’une insertion professionnelle en produisant une promesse d’embauche au bénéfice de M. B... et un contrat de travail signé par son épouse prenant effet au 2 avril 2026. Eu égard à la durée de leur présence en France, ils ne justifient pas davantage d’une insertion particulière dans la société française particulièrement en ce qui concerne M. B... qui est défavorablement connu des forces de l’ordre pour de fausses déclarations auprès d’organismes sociaux et qui, en outre, a fait l’objet d’un rappel à la loi pour des faits d’usurpation d’identité. Dès lors, les décisions leur refusant la délivrance d’un certificat de résidence n’ont pas porté une atteinte disproportionnée à leur droit de mener une vie privée et familiale normale et ne méconnaissent donc pas les stipulations précitées. Ces décisions de refus de titre de séjour ne sont pas davantage entachées d’une erreur manifeste dans l’appréciation de leurs conséquences sur leur situation personnelle.
10. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs tenant aux possibilités pour M. et Mme B... de reconstruire leur cellule familiale en Algérie avec leurs enfants qui pourront y poursuivre leur scolarité, les décisions attaquées n’ont pas méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par l’article 3-1 de la convention relative aux droits de l’enfant.
11. En sixième lieu, pour estimer que M. B... représente une menace à l’ordre public, la décision lui refusant un titre de séjour mentionne qu’il est défavorablement connu des services de police pour avoir été interpellé à trois reprises, entre 2013 et 2015, pour infraction aux prestations sociales et recel et qu’en outre il a fait l’objet rappel à la loi le 25 mars 2015 pour des faits d'usurpation d'identité. Pour répréhensibles que soient ces faits, ils n'ont donné lieu à aucune condamnation. En l’absence de récidive, leur ancienneté s’oppose à ce que le maintien en France de l'intéressé soit regardé, à la date du 12 septembre 2025, comme représentant le caractère d'une menace pour l'ordre public. Il suit de là que la préfète de l’Isère a commis une erreur d’appréciation en considérant qu’il constituait une menace à l’ordre public. Toutefois, il résulte de l’instruction qu’elle aurait pris la même décision si elle ne s’était fondée que sur la circonstance que M. B... ne réunissait pas les conditions pour se voir délivrer le certificat de résidence algérien qu’il a demandé sur le fondement des stipulations de l’article 6.1 de l’accord franco-algérien.
En ce qui concerne les obligations de quitter le territoire français :
12. Ainsi qu’il a été dit au point 5, Mme B... a indiqué à l’administration, en cours d’instruction de sa demande initiale de titre de séjour, qu’elle souhaiterait déposer une demande de titre de séjour sur le fondement des stipulations de l’article 6.1 de l’accord franco-algérien. Elle a été ainsi mise à même de présenter des observations le 9 septembre 2025 à l’occasion de la demande de renouvellement de son récépissé. Dans ces conditions, et compte tenu du principe énoncé au point 4, le fait que l’administration n’ait pas instruit sa demande présentée sur ce nouveau fondement avant de prendre une décision d’éloignement à son encontre n’est pas de nature à avoir privé Mme B... de son droit d’être entendu.
13. Il résulte du présent jugement et notamment des points 9, 10 et 13 que Mme B... ne remplit pas les conditions pour se voir attribuer de plein droit un titre de séjour. Aussi, dans ces conditions, elle n’est pas fondée à soutenir que l’obligation de quitter le territoire français a été édictée sans vérification de son droit au séjour en méconnaissance de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
14. Mme B... a fait l'objet de mesures d’éloignement le 2 mai 2016 et le 26 juin 2018 assorties interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d’un an. Dès lors, et eu égard à ce qui a été dit au point 7, elle ne saurait prétendre justifier de dix années consécutives de présence en France depuis 2015. Par suite, le moyen soulevé par Mme B... tiré de ce qu’elle remplit les conditions pour bénéficier de plein droit d’un certificat de résidence au titre de l’article 6-1) de l’accord franco-algérien et que l’administration ne pouvait légalement prononcer une obligation de quitter le territoire français à son encontre doit être écarté.
15. Pour les motifs exposés au titre de l’examen de la légalité des refus de titre de séjour, les moyens soulevés par les requérants tirés de l’incompétence de l’auteur des décisions attaquées, de l’illégalité des refus de titre de séjour soulevée par voie d’exception, de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, de la méconnaissance de l’article 3-1 de la convention Internationale relative aux droits de l’Enfant doivent être écartés. Ces décisions ne sont pas non plus entachées d’une erreur manifeste d’appréciation de leur situation personnelle.
En ce qui concerne les interdictions de retour sur le territoire français :
16. En vertu de l’arrêté du 25 novembre 2024 mentionné au point 3, M. D... était compétent pour signer les décisions attaquées.
17. Pour les motifs qui ont été précédemment exposés, les moyens tirés de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français soulevée par voie d’exception, de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, de la méconnaissance de l’article 3-1 de la convention Internationale relative aux droits de l’Enfant doivent être écartés. Ces décisions ne sont pas davantage entachées d’une erreur manifeste d’appréciation de la situation personnelle de M. et Mme B....
18. Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : «« Lorsqu’aucun délai de départ volontaire n’a été accordé à l’étranger, l’autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l’autorité administrative n’édicte pas d’interdiction de retour » (…) ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612‑8 (…) ».
19. Eu égard aux multiples mesures d’éloignement dont ils ont fait l’objet et à leur situation personnelle en France telle que rappelée au point 9, M. et Mme B... ne justifient pas de circonstances humanitaires qui auraient pu seules justifier que l’administration n’édicte pas à leur encontre d’interdictions de retour. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que ces mesures d’interdiction n’étaient pas nécessaires. Pour ces mêmes raisons, alors que les requérants pourront poursuivre leur vie familiale en Algérie avec leurs enfants, la préfète de l’Isère a pu fixer à trois ans pour M. B... et à 2 ans pour Mme B... la durée de leurs interdictions de territoire sans méconnaître les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
20. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des requêtes, que les conclusions d’annulation présentées par M. et Mme B... doivent être rejetées
Sur les conclusions à fin d’injonction :
21. Le présent jugement rejette les conclusions à fin d’annulation de M. et Mme B... et n’appelle, dès lors, aucune mesure d’exécution. Leurs conclusions à fin d’injonction et d’astreinte doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais non compris dans les dépens :
22. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante, les sommes demandées au profit de Me Cans en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. et Mme B... sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B..., à Mme A... F... B..., à Me Cans et à la préfète de l’Isère.
Délibéré après l'audience du 16 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
M. Bertrand Savouré, président,
M. Jean-Louis Ban, premier conseiller,
Mme Clémence Paillet-Augey, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
Le rapporteur,
J-L. BAN
Le président,
B. SAVOURÉ
La greffière,
K. VALLIN
La République mande et ordonne à la préfète de l’Isère au ministre de l’intérieur en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
I. Par une requête enregistrée le 9 avril 2026 sous le n°2603892 et un mémoire enregistré le 16 juin 2026, M. C... B..., représenté par Me Cans, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 12 septembre 2025 par lequel la préfète de l’Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire pendant la durée de trois ans et a désigné le pays de destination de cette mesure d’éloignement ;
2°) d’enjoindre à la préfète de l’Isère, sur le fondement de l’article L.911-1 du code de justice administrative, de lui délivrer un certificat de résidence algérien « vie privée et familiale », dans un délai d’un mois à compter du prononcé du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter du prononcé du jugement et de lui délivrer, dans l’attente de la décision, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement sur le fondement de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête n’est pas tardive ;
- le refus de titre de séjour est entaché d’incompétence ;
- en estimant qu’il représentait une menace pour l'ordre public, la préfète de l’Isère a commis une erreur d’appréciation ;
- ce refus méconnait les stipulations de l’article 6-1) de l’accord franco-algérien ;
- il méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnait l’article 3-1 de la convention Internationale relative aux droits de l’Enfant ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- l’obligation de quitter le territoire français est entachée d’incompétence ;
- elle méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l’article 3-1 de la convention Internationale relative aux droits de l’Enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle est dépourvue base légale ;
- l’interdiction de retour sur le territoire français est entachée d’incompétence ;
- elle n’était pas nécessaire ;
- elle méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme ;
- elle méconnait l’article 3-1 de la convention Internationale relative aux droits de l’Enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle est dépourvue base légale.
Par un mémoire enregistré le 26 mai 2026, la préfète de l’Isère conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est tardive ;
- les moyens ne sont pas fondés.
M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 2 février 2026.
II. Par une requête enregistrée le 9 avril 2026 sous le n°2603893 et un mémoire enregistré le 16 juin 2026, Mme A... E... épouse B..., représentée par Me Cans, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 12 septembre 2025 par lequel la préfète de l’Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire pendant la durée de deux ans et a désigné le pays de destination de cette mesure d’éloignement ;
2°) d’enjoindre à la préfète de l’Isère, sur le fondement de l’article L.911-1 du code de justice administrative, de lui délivrer un certificat de résidence algérien « vie privée et familiale », dans un délai d’un mois à compter du prononcé du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter du prononcé du jugement et de lui délivrer, dans l’attente de la décision, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement sur le fondement de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête n’est pas tardive ;
- le refus de titre de séjour est entaché d’incompétence ;
- il est entaché d’un défaut d’examen de sa situation dès lors que le préfet de l’Isère n’a pas procédé à l’examen de sa demande de titre de séjour sur le fondement de l’article 6-1) de l’accord franco-algérien ;
- ce refus méconnait les stipulations de l’article 6-5 de l’accord franco-algérien ;
- il méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- l’obligation de quitter le territoire français est entachée d’incompétence ;
- son droit d’être entendue est méconnu ;
- à défaut de vérifier son droit au séjour au regard de de l’article 6-1 de l’accord franco-algérien, elle méconnait l’article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle remplit les conditions pour bénéficier de plein droit d’un certificat de résidence au titre de l’article 6-1) de l’accord franco-algérien, si bien que l’administration ne pouvait légalement prononcer une obligation de quitter le territoire français à son encontre ;
- elle méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l’article 3-1 de la convention Internationale relative aux droits de l’Enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle est dépourvue base légale ;
- l’interdiction de retour sur le territoire français est entachée d’incompétence ;
- elle n’était pas nécessaire ;
- elle méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme ;
- elle méconnait l’article 3-1 de la convention Internationale relative aux droits de l’Enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle est dépourvue base légale.
Par un mémoire enregistré le 26 mai 2026, la préfète de l’Isère conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est tardive ;
- les moyens ne sont pas fondés.
Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 8 avril 2026.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
-le rapport de M. Ban, rapporteur,
- les observations de Me Cans, représentant M. et Mme B....
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., ressortissant algérien né en décembre 1978, soutient être entré en France en 2001. En 2011, il a épousé une compatriote née le 22 juillet 1991 qui l’a rejoint en France en 2014 accompagnée de leur fille née en 2012. Des obligations de quitter le territoire ont été prises à l’encontre de M. B... les 2 mai 2016, 14 avril 2018, 26 juin 2018 et 9 janvier 2021 qu’il n’a pas exécutées. De son côté, Mme B... a fait l'objet de mesures d’éloignement les 2 mai 2016 et 26 juin 2018 assorties d’interdiction de retour sur le territoire français. Le 14 mars 2023, ils ont chacun sollicité un titre de séjour au titre de leur vie privée et familiale en France. Par leur requête, ils demandent l’annulation des arrêtés du 12 septembre 2025 par lesquels la préfète de l’Isère a rejeté leur demande de titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire et a désigné le pays de destination de ces mesures d’éloignement.
2. Les requêtes de M. et Mme B... présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la légalité des arrêtés attaqués :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, les arrêtés attaqués ont été signés par M. Laurent Simplicien, secrétaire général de la préfecture de l’Isère, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté du 25 novembre 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour. Par suite, les moyens tirés de l’incompétence du signataire doivent être écartés.
4. En deuxième lieu, en l’absence de texte en disposant autrement, il est loisible à un étranger de demander simultanément ou successivement des titres de séjour relevant de différentes catégories, dont le mode de dépôt de demande diffère. Aucun principe n’impose, en l’absence de texte, à l’étranger de présenter une demande unique, ni au préfet de statuer par une seule décision sur des demandes de titre déposées simultanément ou successivement par un même demandeur.
5. Il ressort des pièces du dossier que, par courriel du 14 mai 2025, Mme B..., avec l’aide de son conseil, a demandé un rendez-vous afin de renouveler son récépissé et de compléter sa demande de titre de séjour sur le fondement de l’article 6-1) de l’accord franco-algérien. Elle a obtenu par courrier du 27 août 2025 un rendez-vous le 9 septembre 2025 au cours duquel les services de la préfecture ont refusé d’enregistrer sa demande de titre de séjour au titre de sa résidence habituelle en France depuis plus de dix ans. En application de ce qui a été dit au point précédent, la préfète n’avait pas l’obligation, par l’arrêté du 12 septembre 2025, de se prononcer explicitement sur cette nouvelle demande qui avait déjà fait l’objet d’une décision. Il s’ensuit que la requérante ne peut pas utilement soutenir que la décision en litige est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle au motif qu’elle ne statuerait pas sur sa demande fondée sur l’article 6-1) de l’accord franco-algérien.
6. En troisième lieu, aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : « Le certificat de résidence d'un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ».
7. Les périodes durant lesquelles un ressortissant algérien fait l’objet d’une interdiction de retour sur le territoire français assortissant une obligation de quitter le territoire, alors même qu’il a continué à séjourner sur le territoire national sans respecter cette interdiction, ne peuvent être prises en compte pour l’appréciation de la durée de résidence mentionnée au 1 de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968. En l’espèce, les mesures d’éloignement prises à l’encontre de M. B... les 14 avril 2018, 26 juin 2018 et 9 janvier 2021 étaient assorties d’une interdiction de retour d’une durée d’un an pour la première et de deux ans pour les deux dernières. Dès lors, il ne saurait prétendre justifier de dix années consécutives de présence en France depuis 2015. Par suite, le moyen soulevé seulement par M. B... tiré de ce que le refus de titre de séjour méconnaîtrait les stipulations précitées doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ». Aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : « (…) Le certificat de résidence d’un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit (…) 5) au ressortissant algérien, qui n’entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d’autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ».
9. M. B... soutient qu’il réside en France depuis 2001 et son épouse fait valoir qu’elle est arrivée en France en 2014 accompagnée de sa fille et que leurs deux autres enfants sont nés en France en 2015 et 2017 et y sont scolarisés. Toutefois, ils se maintiennent irrégulièrement en France en dépit des mesures d’éloignement prises à leur encontre et, dès lors que tous les membres de la famille ont la même nationalité, la cellule familiale peut se reconstituer en Algérie, pays dans lequel vivent les parents et le frère de M. B... ainsi que les parents, les deux sœurs et le frère de son épouse. A la date des décisions attaquées, ils ne justifient pas disposer d’une insertion professionnelle en produisant une promesse d’embauche au bénéfice de M. B... et un contrat de travail signé par son épouse prenant effet au 2 avril 2026. Eu égard à la durée de leur présence en France, ils ne justifient pas davantage d’une insertion particulière dans la société française particulièrement en ce qui concerne M. B... qui est défavorablement connu des forces de l’ordre pour de fausses déclarations auprès d’organismes sociaux et qui, en outre, a fait l’objet d’un rappel à la loi pour des faits d’usurpation d’identité. Dès lors, les décisions leur refusant la délivrance d’un certificat de résidence n’ont pas porté une atteinte disproportionnée à leur droit de mener une vie privée et familiale normale et ne méconnaissent donc pas les stipulations précitées. Ces décisions de refus de titre de séjour ne sont pas davantage entachées d’une erreur manifeste dans l’appréciation de leurs conséquences sur leur situation personnelle.
10. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs tenant aux possibilités pour M. et Mme B... de reconstruire leur cellule familiale en Algérie avec leurs enfants qui pourront y poursuivre leur scolarité, les décisions attaquées n’ont pas méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par l’article 3-1 de la convention relative aux droits de l’enfant.
11. En sixième lieu, pour estimer que M. B... représente une menace à l’ordre public, la décision lui refusant un titre de séjour mentionne qu’il est défavorablement connu des services de police pour avoir été interpellé à trois reprises, entre 2013 et 2015, pour infraction aux prestations sociales et recel et qu’en outre il a fait l’objet rappel à la loi le 25 mars 2015 pour des faits d'usurpation d'identité. Pour répréhensibles que soient ces faits, ils n'ont donné lieu à aucune condamnation. En l’absence de récidive, leur ancienneté s’oppose à ce que le maintien en France de l'intéressé soit regardé, à la date du 12 septembre 2025, comme représentant le caractère d'une menace pour l'ordre public. Il suit de là que la préfète de l’Isère a commis une erreur d’appréciation en considérant qu’il constituait une menace à l’ordre public. Toutefois, il résulte de l’instruction qu’elle aurait pris la même décision si elle ne s’était fondée que sur la circonstance que M. B... ne réunissait pas les conditions pour se voir délivrer le certificat de résidence algérien qu’il a demandé sur le fondement des stipulations de l’article 6.1 de l’accord franco-algérien.
En ce qui concerne les obligations de quitter le territoire français :
12. Ainsi qu’il a été dit au point 5, Mme B... a indiqué à l’administration, en cours d’instruction de sa demande initiale de titre de séjour, qu’elle souhaiterait déposer une demande de titre de séjour sur le fondement des stipulations de l’article 6.1 de l’accord franco-algérien. Elle a été ainsi mise à même de présenter des observations le 9 septembre 2025 à l’occasion de la demande de renouvellement de son récépissé. Dans ces conditions, et compte tenu du principe énoncé au point 4, le fait que l’administration n’ait pas instruit sa demande présentée sur ce nouveau fondement avant de prendre une décision d’éloignement à son encontre n’est pas de nature à avoir privé Mme B... de son droit d’être entendu.
13. Il résulte du présent jugement et notamment des points 9, 10 et 13 que Mme B... ne remplit pas les conditions pour se voir attribuer de plein droit un titre de séjour. Aussi, dans ces conditions, elle n’est pas fondée à soutenir que l’obligation de quitter le territoire français a été édictée sans vérification de son droit au séjour en méconnaissance de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
14. Mme B... a fait l'objet de mesures d’éloignement le 2 mai 2016 et le 26 juin 2018 assorties interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d’un an. Dès lors, et eu égard à ce qui a été dit au point 7, elle ne saurait prétendre justifier de dix années consécutives de présence en France depuis 2015. Par suite, le moyen soulevé par Mme B... tiré de ce qu’elle remplit les conditions pour bénéficier de plein droit d’un certificat de résidence au titre de l’article 6-1) de l’accord franco-algérien et que l’administration ne pouvait légalement prononcer une obligation de quitter le territoire français à son encontre doit être écarté.
15. Pour les motifs exposés au titre de l’examen de la légalité des refus de titre de séjour, les moyens soulevés par les requérants tirés de l’incompétence de l’auteur des décisions attaquées, de l’illégalité des refus de titre de séjour soulevée par voie d’exception, de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, de la méconnaissance de l’article 3-1 de la convention Internationale relative aux droits de l’Enfant doivent être écartés. Ces décisions ne sont pas non plus entachées d’une erreur manifeste d’appréciation de leur situation personnelle.
En ce qui concerne les interdictions de retour sur le territoire français :
16. En vertu de l’arrêté du 25 novembre 2024 mentionné au point 3, M. D... était compétent pour signer les décisions attaquées.
17. Pour les motifs qui ont été précédemment exposés, les moyens tirés de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français soulevée par voie d’exception, de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, de la méconnaissance de l’article 3-1 de la convention Internationale relative aux droits de l’Enfant doivent être écartés. Ces décisions ne sont pas davantage entachées d’une erreur manifeste d’appréciation de la situation personnelle de M. et Mme B....
18. Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : «« Lorsqu’aucun délai de départ volontaire n’a été accordé à l’étranger, l’autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l’autorité administrative n’édicte pas d’interdiction de retour » (…) ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612‑8 (…) ».
19. Eu égard aux multiples mesures d’éloignement dont ils ont fait l’objet et à leur situation personnelle en France telle que rappelée au point 9, M. et Mme B... ne justifient pas de circonstances humanitaires qui auraient pu seules justifier que l’administration n’édicte pas à leur encontre d’interdictions de retour. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que ces mesures d’interdiction n’étaient pas nécessaires. Pour ces mêmes raisons, alors que les requérants pourront poursuivre leur vie familiale en Algérie avec leurs enfants, la préfète de l’Isère a pu fixer à trois ans pour M. B... et à 2 ans pour Mme B... la durée de leurs interdictions de territoire sans méconnaître les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
20. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des requêtes, que les conclusions d’annulation présentées par M. et Mme B... doivent être rejetées
Sur les conclusions à fin d’injonction :
21. Le présent jugement rejette les conclusions à fin d’annulation de M. et Mme B... et n’appelle, dès lors, aucune mesure d’exécution. Leurs conclusions à fin d’injonction et d’astreinte doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais non compris dans les dépens :
22. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante, les sommes demandées au profit de Me Cans en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. et Mme B... sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B..., à Mme A... F... B..., à Me Cans et à la préfète de l’Isère.
Délibéré après l'audience du 16 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
M. Bertrand Savouré, président,
M. Jean-Louis Ban, premier conseiller,
Mme Clémence Paillet-Augey, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
Le rapporteur,
J-L. BAN
Le président,
B. SAVOURÉ
La greffière,
K. VALLIN
La République mande et ordonne à la préfète de l’Isère au ministre de l’intérieur en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
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