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Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2609488

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2609488
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantASTERIO - CABINET D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 septembre 2026 et le 23 septembre 2026, la société anonyme Société Française de Radiotélépone SFR, représentée par Me Bidault, demande au juge des référés :

1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 23 avril 2026 par laquelle le maire de Chamonix-Mont-Blanc s’est opposé à la déclaration préalable portant sur l’installation d’une antenne de radio-téléphonie mobile sur les parcelles cadastrées section C n°s 642, 643 et 644, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d’enjoindre au maire de Chamonix-Mont-Blanc de lui délivrer la décision de non-opposition à la déclaration préalable dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Chamonix-Mont-Blanc une somme de 4 000 euros en application de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative.

- conformément à l’article L. 600-3-1 du code de l’urbanisme, la condition d’urgence est présumée remplie ; en outre, l’implantation d’une antenne relais répond à un intérêt public de couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile, elle est destinée à remplir les obligations imposées par l’ARCEP dans une commune qui ne dispose pas d’une couverture suffisante sur la totalité de son territoire ;
- le maire a fait une inexacte application de l’article N 11 du règlement du PLU et de l’article R. 111-27 du code de l’urbanisme dès lors qu’il ne démontre pas la qualité du site naturel ou urbain sur lequel est prévue l’implantation du pylône ni de son impact sur le site ; en outre, l’environnement du terrain d’assiette du projet ne présente pas un intérêt ou un caractère particulier et le pylône n’aura pas d’impact sur l’intérêt des lieux avoisinants ;
- la décision comporte une motivation insuffisante.


Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2026, la commune de Chamonix-Mont-Blanc, représentée par la SELARL Asterio, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société SFR une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

• la société SFR ne justifie pas d’une situation d’urgence dès lors qu’une première opposition à déclaration préalable est devenue définitive et qu’elle a attendu 14 mois pour déposer une nouvelle demande et qu’elle a également attendu 3 mois après sa requête au fond pour introduire un référé ; en outre, la couverture du réseau en très haut débit est suffisante dans la zone couverte par le projet litigieux ;
• aucun des moyens n’est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 12 juin 2026 sous le numéro 2606369 par laquelle la société SFR demande l’annulation de la décision attaquée.

Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A... pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Au cours de l’audience publique tenue en présence de M. Palmer, greffier d’audience, M. A... a lu son rapport et entendu :

• Me Machet, représentant la société SFR, et Me Teston, représentant la commune de Chamonix-Mont-Blanc.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ». Aux termes du premier alinéa de l’article R. 522-1 dudit code : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire. ».

2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 600-3-1 du code de l’urbanisme : « Lorsqu’un recours formé contre une décision d’opposition à déclaration préalable ou de refus de permis de construire, d’aménager ou de démolir est assorti d’un référé introduit sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d’urgence est présumée satisfaite ». L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’une décision administrative lorsque l’exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. La condition d’urgence est en principe satisfaite, ainsi que le prévoit les dispositions de l’article
L. 600-3-1 du code de l’urbanisme, lorsque le pétitionnaire forme un recours contre un refus d’une autorisation d’urbanisme.

3. En l’espèce, les circonstances alléguées par la commune de Chamonix-Mont-Blanc selon lesquelles une première opposition à une déclaration préalable de la société SFR sur un projet d’antenne de radiotéléphonie sur la même parcelle est devenue définitive et qu’elle a attendu 14 mois pour déposer une nouvelle demande et qu’elle a également attendu 3 mois après sa requête au fond pour introduire un référé ne sont pas de nature à renverser la présomption d’urgence instaurée par les dispositions précitées de l’article L. 600-3-1 du code de l’urbanisme dès lors notamment que la société SFR a présenté un projet différent dans sa seconde déclaration préalable. En outre, la présomption d’urgence n’est pas davantage renversée par la circonstance non établie que la couverture du réseau serait suffisante.

4. En deuxième lieu, en l’état de l’instruction, le moyen tiré de ce que le maire a fait une inexacte application de l’article R. 111-27 du code de l’urbanisme est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté attaqué du 23 avril 2026 par lequel le maire de Chamonix-Mont-Blanc s’est opposé à la déclaration préalable de la société SFR portant sur l’installation d’un pylône de relais de radiotéléphonie mobile. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’ordonner la suspension de l’exécution de cet arrêté jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité.

5. Pour l’application de l’article L. 600-4-1 du code de l’urbanisme, l’autre moyen de la requête n’est pas, en l’état de l’instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté attaqué.

Sur les conclusions aux fins d’injonction sous astreinte :

6. Les motifs de la présente ordonnance impliquent que la commune de Chamonix-Mont-Blanc procède au réexamen de la déclaration préalable déposée par la société SFR dans le délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais du procès :

7. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

8. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société SFR, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la commune de Chamonix-Mont-Blanc au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la commune de Chamonix-Mont-Blanc, une somme de 1 500 euros à verser à la société SFR en application desdites dispositions.



O R D O N N E :

Article 1er : L’exécution de l’arrêté attaqué du 23 avril 2026 par lequel le maire de Chamonix-Mont-Blanc s’est opposé à la déclaration préalable de la société SFR portant sur l’installation d’un pylône de relais de radiotéléphonie mobile est suspendue jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Chamonix-Mont-Blanc de réexaminer la déclaration préalable déposée par la société SFR dans le délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance

Article 3 : La commune de Chamonix-Mont-Blanc versera à la société SFR, une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société SFR et à la commune de Chamonix-Mont-Blanc.


Fait à Grenoble, le 1er octobre 2026.


Le juge des référés,




D. A...



La République mande et ordonne à la préfète de la Haute-Savoie en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.