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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1800702

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1800702

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1800702
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantLEHEMBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces complémentaires et deux mémoires respectivement enregistrés les 22 et 30 janvier 2018 et les 11 mars et 12 juin 2020, Mme B C, représentée en dernier lieu par Me Catry, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 10 août 2017 par laquelle le directeur de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " Les Résidences du Val d'Oudon " a retiré sa décision du 29 juin 2016 en tant qu'elle lui octroie une rémunération à plein traitement du 13 septembre 2016 au 12 juin 2017 inclus ;

2°) de la décharger du remboursement du trop-perçu pour la période du 13 septembre 2016 au 31 juillet 2017 d'un montant de 13 086,98 euros ;

3°) de condamner l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes à lui verser la somme totale de 15 086,98 euros en réparation des préjudices financier et moral qu'elle a subis ;

4°) d'assortir l'ensemble des créances des intérêts au taux légal à compter du 3 octobre 2017 ;

5°) de mettre à la charge de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " Les Résidences du Val d'Oudon " la somme de 2 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est illégale en ce qu'elle procède, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration, au retrait d'une décision individuelle créatrice de droits plus de quatre mois après l'édiction de cette dernière ;

- en adoptant la décision du 29 juin 2016 lui accordant indument un plein traitement, en maintenant ce versement indu et en tardant à réclamer les sommes trop perçues, l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes a commis une erreur à l'origine d'un préjudice moral et d'un préjudice financier qui doivent être indemnisés respectivement à hauteur de 13 086,98 euros et de 2 000 euros.

Par deux mémoires enregistrés le 12 mars 2018 et le 31 mars 2020, l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " Résidences du Val D'Oudon ", représenté par Me Deniau, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de Mme C la somme de 1 500 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la condamner aux entiers dépens.

Il soutient que :

- les conclusions à fin d'annulation sont irrecevables dès lors, d'une part, qu'elles sont dirigées contre une décision qui n'existe plus, la décision n°2016-118 du 29 juin 2016 ayant été retirée, d'autre part qu'elles ne portent pas sur un acte qui fait grief, la décision retirée ayant été pleinement exécutée et, enfin, que Mme C ne dispose pas d'un intérêt suffisamment direct et certain en ce qu'il reste libre d'émettre un titre exécutoire afin d'obtenir le remboursement des sommes indument versées ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de demande indemnitaire préalable ;

- la décision du 29 juin 2016 constitue une mesure purement comptable de liquidation d'une créance et n'a pas le caractère d'une décision créatrice de droits ; il pouvait donc légalement la retirer en adoptant la décision attaquée du 10 août 2017 ;

- la décision de reversement de l'indu ne pourra qu'être maintenue dès lors qu'en application des dispositions de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000, une somme indument versée par une personne publique à l'un de ses agents peut être répétée dans un délai de deux ans ; en tout état de cause, la décision portant remboursement de l'indu de rémunération est celle du 31 août 2017, dont l'annulation n'est pas demandée par la requérante ;

- il n'existe pas de lien de causalité entre la décision attaquée et les préjudices invoqués dès lors que la décision de réclamation de l'indu est la décision du 31 août 2017 ; en outre, Mme C ne démontre l'existence d'aucun préjudice certain ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre l'administration et le public ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de Mme Dubus, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, est employée au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) " Les Résidences du Val d'Oudon ", à Segré-en-Anjou-Bleu (Maine-et-Loire), en qualité de cadre de santé. Elle a été placée en congé de longue maladie à compter du 13 septembre 2013 puis en congé de longue durée, par plusieurs décisions successives, du 13 septembre 2014 au 12 juin 2016. Par décision du 29 juin 2016, le directeur de l'EHPAD a placé Mme C en congé de longue durée du 13 juin 2016 au 12 juin 2017 et lui a octroyé, au cours de cette période, une rémunération à plein traitement. Par décision du 10 août 2017, le directeur de l'EHPAD a retiré cette précédente décision, a placé Mme C en congé de longue durée du 13 juin 2016 au 12 juin 2017 et lui a octroyé, du 13 juin 2016 au 12 septembre 2016, une rémunération à plein traitement et du 13 septembre 2016 au 12 juin 2017, une rémunération à demi-traitement. Enfin, par décision du 31 août 2017, il a informé Mme C qu'elle avait été rémunérée à tort à plein traitement du 13 septembre 2016 au 31 juillet 2017 et lui a réclamé la répétition de ce trop perçu.

2. Par un courrier du 2 octobre 2017, Mme C a formé un recours gracieux à l'encontre de la décision du 10 août 2017, que le directeur de l'EHPAD " Les Résidences du Val d'Oudon " a expressément rejeté par décision du 23 novembre 2017. Par la présente requête Mme C demande l'annulation de la décision du 10 août 2017, la décharge du remboursement des sommes indument perçues et l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la carence de l'administration.

Sur les fins de non-recevoir opposées par l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " Les Résidences du Val d'Oudon " :

3. En premier lieu, l'EHPAD ne peut utilement soutenir que les conclusions à fin d'annulation sont irrecevables en ce qu'elles sont dirigées contre une décision qui n'existe plus dès lors que Mme C demande l'annulation de la décision du 10 août 2017 en tant qu'elle retire la décision du 29 juin 2016 et non l'annulation de cette dernière décision. Par suite, la fin de non-recevoir ne peut être accueillie.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, dans sa rédaction issue de l'article 94 de la loi du 28 décembre 2011 portant loi de finances rectificative pour 2011 : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. / ()".

5. Eu égard à la possibilité donnée, par les dispositions précitées, à l'administration de demander le remboursement des sommes qui seront versées en application de la décision illégalement retirée, l'annulation par le juge du retrait de la décision illégale attribuant un avantage financier à l'agent au motif qu'il est intervenu postérieurement à l'expiration du délai de retrait n'implique pas nécessairement qu'il soit enjoint à l'administration de verser les sommes correspondantes à l'agent si elles ne l'ont pas été, en tout ou partie, avant qu'intervienne le retrait. De même, l'administration n'est pas tenue de verser les sommes dues en application d'une décision illégale attribuant un avantage financier qu'elle ne peut plus retirer dès lors qu'elle pourrait les répéter dès leur versement en application des dispositions de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000. Toutefois, si le maintien d'un avantage financier indu est imputable, au moins partiellement, à la carence de l'administration, la faute ainsi commise lui interdira de procéder légalement à sa répétition intégrale. Il s'en suit que Mme C justifie d'un intérêt pour agir contre la décision du 10 août 2017 dès lors que cette dernière permet à l'administration de procéder à la répétition de l'intégralité du trop-perçu de traitement et dès lors que l'annulation de cette décision ferait nécessairement renaître la décision du 29 juin 2016 pouvant permettre à Mme C de solliciter une réduction du montant de cette répétition. Il s'en suit également que la décision du 10 août 2017 fait grief à la requérante. Par suite, les fins de non-recevoir opposées par l'EHPAD doivent être écartées.

6. En troisième et dernier lieu, il est constant que Mme C a adressé à l'EHPAD " Les Résidences du Val d'Oudon ", en cours d'instance, par courrier du 11 mars 2020, réceptionné le 12 mars suivant, une demande préalable tendant à l'indemnisation de ses préjudices liés au versement indu d'un plein traitement, en application de la décision du 29 juin 2016, et au temps mis par l'administration pour réclamer le remboursement de ce trop perçu. En l'absence de réponse à cette demande, une décision implicite de rejet est née deux mois plus tard. Il en résulte qu'à la date du présent jugement, l'intervention de cette décision implicite a régularisé la requête du demandeur en liant le contentieux. Par suite, il y a lieu d'écarter la fin de non-recevoir opposée par l'EHPAD.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. D'une part, aux termes des dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit () A un congé de longue durée, en cas de tuberculose, maladie mentale, affection cancéreuse, poliomyélite ou déficit immunitaire grave et acquis, de trois ans à plein traitement et de deux ans à demi-traitement. Le fonctionnaire conserve ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. / Sauf dans le cas où le fonctionnaire ne peut être placé en congé de longue maladie, le congé ne peut être attribué qu'à l'issue de la période rémunérée à plein traitement d'un congé de longue maladie. Cette période est réputée être une période du congé de longue durée accordé pour la même affection. () ". D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. ".

8. Par ailleurs, une décision administrative explicite accordant un avantage financier crée des droits au profit de son bénéficiaire alors même que l'administration avait l'obligation de refuser cet avantage. En revanche, n'ont pas cet effet les mesures qui se bornent à procéder à la liquidation de la créance née d'une décision prise antérieurement.

9. Il résulte de l'instruction, et plus particulièrement des termes mêmes de la décision du 29 juin 2016, qui a explicitement accordé à Mme C le bénéfice d'une rémunération à plein traitement du 13 juin 2016 au 12 juin 2017, que cette décision a créé des droits au profit de la requérante et ne constitue pas une simple erreur de liquidation. Par ailleurs, s'il n'est pas contesté que la décision du 29 juin 2016 est illégale en ce qu'elle octroie à Mme C une rémunération à plein traitement au-delà des trois ans prévus par les dispositions précitées de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986, il est constant que la décision attaquée du 10 août 2017 a procédé à son retrait, en tant qu'elle accordait à Mme C une rémunération à plein traitement du 13 septembre 2016 au 12 juin 2017, plus de quatre mois suivant son édiction.

10. Il résulte de ce qui précède que la décision du 10 août 2017 doit être annulée en tant qu'elle accorde à Mme C une rémunération à demi-traitement du 13 septembre 2016 au 12 juin 2017 inclus.

Sur les conclusions à fin de décharge :

11. Comme cela a été dit au point 5 du présent jugement, les dispositions précitées de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 donnent la possibilité à l'administration de demander le remboursement des sommes qui ont été indument versées en exécution de la décision du 29 juin 2016. Il s'ensuit que la requérante n'est pas fondée à demander à être déchargée du remboursement du trop-perçu de rémunération, dont l'administration lui a, au demeurant, demandé le versement aux termes de la décision susmentionnée, et non attaquée, du 31 août 2017.

Sur les conclusions indemnitaires :

12. En premier lieu, comme cela a été dit au point 9 ci-dessus, la décision du 29 juin 2016 méconnait les dispositions précitées de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 en ce qu'elle a octroyé à Mme C une rémunération à plein traitement au-delà des trois ans prévus par ces dispositions. Par ailleurs, la perception prolongée et indue par Mme C d'un plein traitement est imputable à la carence de l'administration, qui a poursuivi à tort le versement de ce traitement à compter du 13 septembre 2016 et a mis près d'un an à s'apercevoir de son erreur. Compte tenu de la durée pendant laquelle cette carence s'est prolongée, il sera fait une juste appréciation du préjudice financier de Mme C, qui doit faire face à une dette importante, en l'évaluant à la somme de 5 000 euros.

13. En second lieu, si Mme C sollicite également l'indemnisation de son préjudice moral, elle ne l'établit pas en se bornant à soutenir qu'elle appréhende le moment où l'administration émettra un ordre de reversement à son encontre. Par suite, il n'y pas lieu de faire droit à sa demande d'indemnisation au titre de ce chef de préjudice.

14. Il résulte de ce qui précède que l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " Les Résidences du Val d'Oudon " doit être condamné à verser à Mme C la somme totale de 5 000 euros.

Sur les intérêts :

15. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.

16. Dès lors, il y a lieu de faire droit aux conclusions de Mme C tendant à ce que la somme qui lui est allouée au point 14 du présent jugement porte intérêt au taux légal à compter du 22 janvier 2018, date d'enregistrement de sa requête.

Sur les conclusions relatives aux dépens :

17. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de Mme C présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

18. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de Mme C présentées sur ce fondement. Il n'y a pas non plus lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à celles de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " Les Résidences du Val d'Oudon " présentées sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 10 août 2017 est annulée en tant qu'elle accorde à Mme C une rémunération à demi-traitement du 13 septembre 2016 au 12 juin 2017 inclus.

Article 2 : L'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " Les Résidences du Val d'Oudon " est condamné à verser à Mme C la somme de 5 000 euros. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 22 janvier 2018.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " Les Résidences du Val d'Oudon " tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " Les Résidences du Val d'Oudon ".

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Beria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2022.

La rapporteure,

A. BAUFUME

La présidente,

M. D

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention

en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis

en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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